Roger Lallemand, coauteur de la loi dépénalisant partiellement l'avortement, est décédé

Roger Lallemand, coauteur de la loi dépénalisant partiellement l'avortement, est décédé
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Roger Lallemand, coauteur de la loi dépénalisant partiellement l'avortement, est décédé - © Belga

Le ministre d'Etat Roger Lallemand (PS) est décédé dans la nuit de mercredi à jeudi à l'âge de 84 ans. 

Avec la sénatrice libérale flamande Lucienne Herman-Michielsens, il avait été le coauteur de la loi qui a dépénalisé partiellement l'interruption volontaire de grossesse en 1990, une loi adoptée en dépit de forts clivages entre les mondes laïque et chrétien et qui ira jusqu'à susciter une crise politique majeure au sommet de l'Etat.

Conseiller communal à Ixelles durant 25 ans, Roger Lallemand a été brièvement président du Sénat en 1988, assemblée dans laquelle il a siégé durant vingt ans, jusqu'en 1999. Il a présidé la Fondation du Judaïsme de Belgique, été administrateur de la Ligue des droits de l'Homme et de l'ULB.

Homme engagé

Ami de Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, il a notamment défendu, comme avocat, Régis Debray, détenu en Bolivie pour avoir soutenu Che Guevara en 1967. Il a également été l'avocat de Willy Peers, figure du monde médical à la pointe du combat pour l'avortement en Belgique.

Le sénateur a été à l'initiative d'autres propositions qui ont fait évoluer les causes éthiques, notamment celles qui, portées par ses successeurs à la Haute assemblée, ont permis dépénaliser partiellement l'euthanasie. Dans un communiqué, la présidente de l'association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD) Jacqueline Herremans s'est souvenue qu'"avec intelligence, avec courage, avec humanisme, Roger Lallemand, après avoir mené la bataille pour l'interruption volontaire de grossesse, a proposé les principes fondateurs d'une législation de dépénalisation de l'euthanasie". Elle a souligné qu'"en libre-exaministe, il n'imposait pas son point de vue: il savait écouter, il savait dialoguer, il amenait son interlocuteur à cheminer avec lui, de question en réponse, pour en arriver à démontrer l'inanité du racisme, la nécessité de l'humanisme."

Conseiller communal à Ixelles durant 25 ans, Roger Lallemand a été brièvement président du Sénat en 1988, assemblée dans laquelle il a siégé durant vingt ans, jusqu'en 1999. Il a présidé la Fondation du Judaïsme de Belgique, été administrateur de la Ligue des droits de l'Homme et de l'ULB.

Sur Twitter, le président du PS Elio Di Rupo a salué la mémoire d'un "camarade d'exception", une "personnalité hors norme qui fit faire des bonds de géants à notre pays dans tous les domaines éthiques".

Les réactions ont rapidement afflué à l'annonce de son décès. DéFI a salué sa mémoire ainsi que le vice-premier ministre MR et ministre des Affaires étrangères Didier Reynders qui a évoqué "une figure marquante, une référence".

Pour le socialiste Charles Picqué, "c'est un homme d'une qualité exceptionnelle qui disparaît. Quand quiconque doutait de ce que la politique pouvait apporter à la société, il suffisait d'écouter Roger Lallemand qui, pétri de culture et riche de ses convictions, pouvait élever le débat jusqu'à ce qu'on retrouve enthousiasme et vigueur dans notre engagement politique. Ce qu'il laissera c'est la noblesse de cœur, le goût des idées et la force de convaincre qui font et encouragent la vocation politique."

Le premier ministre Charles Michel a également présenté ses condoléances à la famille à l'annonce du décès de Roger Lallemand, une personnalité qu'il a bien connue à l'occasion d'un stage dans son cabinet d'avocats. "Il m'a profondément marqué par sa vivacité d'esprit, son engagement humaniste total et une force de conviction qu'il plaçait dans chacun de ses dossiers. J'ai beaucoup appris à ses côtés", s'est souvenu Charles Michel. Le chef du gouvernement a également salué l'action politique de Roger Lallemand. "Son nom restera gravé dans l'histoire politique de notre pays. Nous lui devons la loi dépénalisant partiellement l'avortement. Une loi pour laquelle, fidèle à sa méthode, il a transcendé les divergences politiques" a-t-il souligné, rappelant "un combat politique qu'il avait engagé après avoir défendu un médecin ayant fait avorter une jeune fille déficiente mentale".

La ministre des Droits des femmes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, Isabelle Simonis, salue pour sa part "le combat de ce grand homme engagé pour les droits des femmes".

Personnalité d'exception, il avait été fait commandeur de l'ordre de la légion d'honneur par le président français François Mitterrand. Ombre au tableau, en 2013, le journal L'Echo révélait que le ministre d'Etat, retiré depuis longtemps de la vie publique, était client de la banque HSBC en Suisse, une institution qui a aidé des milliers de Belges à cacher leurs avoirs au fisc belge.

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