Le juge Karel Van Cauwenberghe: l'expérience d'un week-end en taule

Etre enfermé dans une cellule est vraiment la seule manière de savoir exactement ce qui se passe en prison, reconnaît le juge d’instruction d’Anvers. "Une fois dans la cellule, s’impose le sentiment de privation de liberté. Or, c’est à moi qui prend cette décision à l’égard d’individus. C’est une expérience inoubliable."

A propos du "luxe" dont jouiraient les détenus, Karel Van Cauwenberghe le réduit à la télévision, au téléphone, ainsi qu'à l’accès à quelques sites internet pour chercher du travail ou contacter un avocat. "Le plus grand luxe que l’on possède, c’est la liberté, et sa privation vous met dans la totale dépendance de l’extérieur, du gardien."

Privé de promenade

Le magistrat à ressenti ce sentiment de dépendance aux moments les plus inattendus: "Samedi, j’étais prêt pour la promenade, mais c’est à ce moment précis qu’on est venu me chercher pour rencontrer mon avocat. Je n’ai donc pas eu l’occasion de respirer un peu d’air frais. En prison, on dépend totalement des autres."

Pour cette expérience de deux jours derrière les barreaux, Chaque faux prisonnier a reçu un rôle. Et déjà transparaissent les injustices ressenties: "Certains ont dû travailler en cuisine, ce qui est plus agréable car la journée débute à 9 heures et les heures passent plus vite. Moi, je devais distribuer le café matin, midi et soir, ce qui ne permettait pas vraiment de créer des contacts. C’est trop court."

La prison ne se révèle même pas propice à la lecture: "Je pensais avoir le temps de lire dans la tranquillité, mais ce n’est pas le cas, je n’ai pas trouvé la liberté d’esprit nécessaire."

Dysfonctionnement techniques

L’expérience du week-end carcéral a permis de mettre le doigt sur des dysfonctionnements principalement techniques: "Dans la nouvelle prison, tout est automatisé et informatisé jusqu’à l’ouverture des portes. Cela a provoqué pas mal de problèmes. Nous avons été bloqués pour les repas de midi à cause de portes qui refusaient de s’ouvrir. "Il reste deux semaines aux service de maintenance pour tout arranger avant l’arrivée des véritables détenus.

Un autre regard sur la préventive

Pour le juge d’instruction qui assure toujours réfléchir énormément avant de priver une personne de sa liberté, cette expérience va encore approfondir sa réflexion. "J’ai vécu une perquisition dans ma cellule, et j’ai eu peur. Or dans le cadre de mes fonctions, j’ordonne aussi des perquisitions. Je sais maintenant que c’est une intrusion très difficile à vivre. Des gardiens regardaient mes biens privés."

Une expérience pour tous les magistrats.

Karel Van Cauwenberghe en est persuadé, une telle expérience d’incarcération volontaire serait utile à tous les magistrats, même s’il craint la difficulté technique à la généraliser: "Etre incarcéré, cela fait réfléchir un magistrat" D’autant qu’à la Prison d’Anvers, il faut ajouter les problème de vétusté du bâtiment et de surpopulation carcérale avec 3 détenus par cellule.

La prison peut-être réinsérer ? Il ne fait aucun doute au président des juges d'instruction que beaucoup de choses sont organisées pour aider les détenus à sortir dans de meilleures conditions grâce à des formations. Mais qu’il il reste beaucoup à faire. "Quand on mange seul dans sa cellule, on a peu de contact social, il faut améliorer cela. On n'apprend pas aux détenus à entretenir des relations sociales. Ils n’ont plus ni amis ni famille."

Pour le magistrat, il demeure que les prisons ont encore un sens pour une partie des détenus. "Mais nous avons des projets de maisons de 16 détenus comme cela existe à l’étranger." Un système selon lui plus efficace et offrant davantage d’efficacité.

Les peines alternatives, comme des peines de travail, demeurent une piste pour apprendre à structurer une journée, mais le bracelet électronique n’atteint son but que s’il existe un accompagnement pour aider le détenu à trouver du travail et à occuper son temps libre.

Jean-Claude Verset

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