Le jour de deuil national, "un rassemblement collectif et symbolique"

Les dramatiques événements qui ont touché notre pays ces 14 et 15 juillet ont fortement touché les Belges, qu’ils soient directement concernés par les inondations ou simplement témoins. Ce mardi 20 juillet, décrété jour de deuil national, voit la mise en place de nombreuses cérémonies en hommages aux victimes. C’est le dixième jour de deuil national officiellement décrété dans notre pays.

La dernière fois, c’était après les attentats du 22 mars, en 2016. Mais quel est l’intérêt de ces journées dédiées au deuil national ? Quelles sont les incidences psychologiques sur les victimes et la population ? Bernard Rimé, professeur émérite de psychologie à l’UCLouvain et spécialiste des émotions collectives, est revenu sur les effets de cette journée sur les ondes de La Première.

Ce deuil national va tenir lieu de rassemblement moral

Cette journée a avant tout une fonction utile pour fédérer les Belges comme le relate le psychologue : "ce deuil national va tenir lieu de rassemblement moral, d’une certaine manière. Normalement, quand un événement se produit, les gens ont tendance à se rassembler, et donc à former un groupe, une manifestation. Il faut marquer le coup d’une manière puissante. C’est à ça que sert le deuil national. C’est un rassemblement collectif."

Un rassemblement qui permet d’ailleurs aux victimes de mieux percevoir le soulèvement collectif : "À partir du moment où toute la société manifeste, qu’elle se met au diapason, qu’elle se met de plain-pied avec ce que ces personnes ont vécu, on recrée un univers extraordinaire qui entoure ces personnes et qui leur permet de mieux réaliser la part symbolique de ce qu’elles ont traversé."

L’aide aux victimes, une réaction émotionnelle mais qui ne dure pas

D’après Bernard Rimé, la prise de conscience d’événements dramatiques comme ceux qui sont survenus en Wallonie est l’un des facteurs poussant les actes d’aides de la population : "On observe toujours des mouvements extrêmement puissants de solidarité dans les situations de catastrophes. Quand on voit les images que nous avons vues, quand on lit les nouvelles que nous lisons, il est impossible, pour un être humain normalement constitué, de ne pas avoir une réaction émotionnelle qui est de l’ordre de ce que les personnes ressentent quand elles ont été directement victimes. Ce ressenti nous met de plain-pied avec eux. Et à partir de ce moment-là, il n’y a plus d’autre solution que d’avoir le sentiment 'si j’étais à leur place, j’aimerais qu’on m’aide'".


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Mais ces aides ne durent malheureusement qu’un temps, un effet inhérent à notre société : "Après un délai de six à huit semaines, on observe un retour à la vie ordinaire. C’est assez logique parce que notre organisation sociale est organisée pour dénier notre faiblesse, notre fragilité, notre précarité et notre mortalité. Si on veut lutter contre ce déni et apporter une aide pérenne aux gens, il n’y a pas d’autres solutions que de créer des instances qui sont là pour aider les gens de manière permanente. Il faudrait, pour bien faire, créer des structures qui permettent à ces gens d’être aidés d’une manière convenable. C’est indispensable. On a besoin de ça sur le très long terme et également d’un appui continu pour les formalités administratives, pour les aides financières, les aides économiques. Un appui continu est indispensable."

Expliquer le drame aux enfants et montrer le positif

Au vu des images parfois difficiles sur les réseaux sociaux ou relayées par les médias, Bernard Rimé rappelle l’importance d’une bonne communication avec les enfants, qui doivent être entourés dans des moments difficiles comme ceux-ci : "Il est clair que ce qui se passe est réellement effrayant et que pour un enfant, ce spectacle a une portée psychologique incontestable. Il faut donc leur expliquer ce qui se passe, leur expliquer la solidarité, mettre en évidence les aspects positifs de la chose, montrer comment les êtres humains sont capables de s’entraider, pour qu’ils sachent que dans ces circonstances-là, on n’est pas seul, on n’est pas abandonné. Ça fait partie de la vie et ça fait partie de notre socialisation, de notre éducation, d’être confrontés à cette finitude qui se manifeste régulièrement."

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