Le gouvernement wallon présente un budget austère mais "soutenable"

Maxime Prévot: un budget "de sincérité, responsabilité et de crédibilité"
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Maxime Prévot: un budget "de sincérité, responsabilité et de crédibilité" - © BRUNO FAHY - BELGA

Après avoir terminé les derniers ajustements ce jeudi matin, les ministres wallons ont présenté leur budget 2015 à Namur. Un exercice difficile car il fallait réaliser une économie de plus d'un milliard d'euros, un effort qui sera réparti sur 3 ans pour renouer avec l'équilibre en 2018. En 2015, 650 millions d'économie sont programmées, par un report de certains investissements et des économies de fonctionnement, mais sans nouvelles taxes : une austérité certaine, mais qui ne devrait pas toucher les citoyens et les entreprises, assurent les ministre PS et cdH.

Ce rendez-vous, fixé le surlendemain de l'annonce d'un accord au fédéral, tend à confirmer ce que les observateurs ne cessent de répéter et que les ministres régionaux ne cessent de nier : le gouvernement wallon a beaucoup observé les négociateurs de la rue de la Loi, les a laissé sortir du bois, et leur rythme de travail était un signe : pas de véritable conclave, mais une succession de réunions, avec des pauses.

Les ministres ont présenté ce jeudi matin leurs mesures d'économies imposées à tous les secteurs ou presque. Un plan de rigueur étalé sur plusieurs années mais dont les effets les plus négatifs sont prévus dès 2015 mais qui - peut-être, espère le gouvernement wallon - seront un peu noyées dans le vacarme politique de cette semaine.

Petite pique destinée sans doute aux négociateurs de la suédoise au fédéral, Paul Magnette, ministre-président (PS), insiste : son gouvernement a pu donner l'impression de prendre son temps, mais il n'a pas voulu négocier de nuit et surtout vérifier les chiffres, pour être sûr de ne pas avoir de petites approximations après coup.

Le gros de l'effort est immédiat : le budget de cette année a été ajusté. Le budget 2015 aussi a été rétréci, d'une part par un lissage, un report des investissements notamment sur le secteur du tourisme, des crèches, des maisons de repos ou des zonings, et de l'autres par une réduction des dépenses de fonctionnement.

Pour Maxime Prévot, vice-président du gouvernement wallon (cdH), c'est un budget "de sincérité, responsabilité et de crédibilité" qui ne se fait pas sur le dos des citoyens, mais en réduisant la voilure des dépenses publiques : pas de larmes, pas de sang, mais on n' attend pas non plus de "bonnes" nouvelles (NDLR : les guillemets sont du ministre).

"Sagesse budgétaire"

Le déficit de la Wallonie, qui s'élève précisément à 1,087 milliards d'euros est dû, explique Paul Magnette, à des facteurs externes : il y a eu moins de de croissance, donc moins de recettes (-1%). En outre, il a fallu supporter la requalification de certains investissements par l’Europe et 329 millions d’efforts dans le cadre de l’assainissement des finances publiques belges.

Le gouvernement a opté pour un retour progressif à l’équilibre en 2018 afin d'éviter l’austérité et de casser la machine économique, c'est ce que le ministre-président wallon qualifie de "sagesse budgétaire".

Cela signifie qu'il n'y aura pas de nouvelles taxes. La coalition emmenée par Paul Magnette fait "le pari du pouvoir d’achat et de la dynamique que nous avons relancée en Wallonie".

Pour cela, le ministre-président assure qu'on ne touchera pas au cofinancement wallon des fonds européens Feder ni aux plans Marshall de redéploiement de l’économie : ils seront "sanctuarisés". Le gouvernement wallon parie sur le long terme, en maintenant les investissements, même s'ils sont reportés.

Commentant les mesures qui ont filtré de l'accord au fédéral, Paul Magnette juge qu'il ne s'agit "pas de bonne nouvelles pour les entités fédérées". Un saut d'index ne bénéficierait que pour quelques millions d'euros au budget de la Région wallonne, la taxation des intercommunales constituerait une perte sèche pour les communes, une hausse des accises de 10 centimes d'euros augmenterait de 3 millions d'euros le coût des carburants pour les TEC et les mesures réduisant les prépensions et augmentant l'âge de la pension accroîtraient la masse salariale de la Fonction publique et des OIP, selon le gouvernement wallon.

"Il faut attendre les mesures exactes pour en évaluer l'impact, mais nous avons le sentiment qu'il s'agit plus de mauvaises nouvelles que de bonnes pour l'Entité II" (régions, communautés et pouvoirs locaux, ndlr), a commenté Paul Magnette.

Bref, il y a plus de mauvaises nouvelles que de bonnes dans l’accord de la suédoise : "Un saut d’index ne peut être social, il est par définition antisocial".

Le ministre du Budget, Christophe Lacroix, n'a pas exclu l'idée que la somme économisée sur la Fonction publique du fait du saut d'index soit redistribuée aux fonctionnaires via une amélioration qualitative.

Par contre, il y aura quelques efforts d'économie. Pour résorber le déficit de 1,087 milliard et revenir à l’équilibre en 2018, Christophe Lacroix, ministre du Budget et de la Fonction publique (PS) veut "un rythme d'assainissement soutenable pour les entreprises et les citoyens"

Excluant toute taxe nouvelle, il prévoit encore 450 millions de déficit en 2015, soit 0,1% PIB. Il restera alors 650 millions d'euros d’économies à faire : 340 millions par le "lissage" des financements (un report d’investissement, pas un abandon) et 310 millions sur les dépenses de fonctionnement.

Les efforts seront donc répartis sur 3 ans de cette façon :

  • Fonction publique : un ou deux remplacements sur 5 départs, sans impacter le service public et dans la concertation sociale
  • Réduction des budgets d’étude, de missions à l’étranger, de communication, des transferts aux provinces, des subventions décrétales (facultatives, comme le soutien à l’animation locale par exemple) ou encore certaines primes à l'énergie et au logement, entre autres
  • Des réductions de primes et de subventions à la rénovation ou à l'énergie, une diminution de leur volume global mais pas de leur montant, "indolore" dit Paul Magnette, qui annonce plus de prêts à zéro pourcent

Parmi les politiques préservées :

  • Plan Marshall
  • AWIPH (Agence wallonne pour l'intégration des personnes handicapées)
  • SRWT-TEC
  • APE (Aide à la promotion de l'emploi)
  • Pôles de compétitivité
  • Pouvoirs locaux
  • Allocations familiales (suite à leur transfert du fédéral)
  • Indemnisations aux victimes des catastrophes
  • Soutien au bien-être animal

Enfin, un Comité de monitoring verra le jour pour tenir le cap budgétaire, c'est un nouvel outil contre les requalifications, garant de rigueur de travail et de méthode.

"Musculation" pour le MR

Le député wallon Hervé Jamar (MR) a demandé jeudi, à l'issue de la présentation du budget régional 2015, que la Région wallonne et le Fédéral entrent dans une "zone de convergence et de concertation" plutôt que de se livrer à une musculation dont le citoyen ne tire pas bénéfice.

"Le citoyen attend autre chose que de s'entendre dire d'un niveau de pouvoir qu'il est meilleur que l'autre", a commenté M. Jamar.

Il juge que le gouvernement wallon a temporisé l'annonce de ses mesures budgétaires sur celle des mesures budgétaires fédérales, dans une sorte "d'exercice de communication où chacun regarde l'autre".

Selon le niveau de pouvoir que l'on défend, on parlera de "rigueur responsable" ou d'"austérité", mais au final, "ces termes sont synonymes", aux yeux du député d'opposition, qui en appelle dès lors à la "responsabilisation du monde politique".

Les reports d'investissements décidés par le gouvernement PS-cdH restent selon lui un constat d'échec, et ont un impact négatif sur les entreprises. Aucun plan de désendettement n'est encore prévu pour une dette wallonne dont le montant s'élève à près de 19 milliards d'euros, et le déficit est maintenu à 450 millions d'euros, relève-t-il encore.

S'il dit attendre le détails des mesures budgétaires, il note déjà que le gouvernement ne peut se prévaloir de préserver les pouvoirs locaux s'il réduit les points APE (aide à la promotion de l'emploi). Il relativise aussi l'effort de réduction des dépenses publiques, qui s'élève à un peu plus de 200 millions d'euros.

"Le choix de l'austérité"

En choisissant d'accomplir sur la seule année 2015 quelque 60% de l'effort pour revenir à l'équilibre budgétaire en 2018, le gouvernement wallon a fait le choix de l'austérité, a estimé jeudi Ecolo. Le PTB le rejoint.

Les Verts pointent du doigt les réductions des subventions ou la limitation de la valeur des points APE, "sanglantes" pour le non-marchand et le tissu associatif et "très dommageables" pour l'emploi, en ce compris au niveau des pouvoirs locaux.

Les reports d'investissements "correspondent paradoxalement aux besoins les plus criants pour notre société" (crèches, maisons de repos, création de logements publics), selon Ecolo. Le parti déplore aussi la réduction des primes énergies, un choix "particulièrement interpellant" pour le portefeuille des ménages et l'emploi dans le secteur de la construction et l'environnement.

Ecolo déplore qu'aucune contribution n'est demandée aux plus nantis, "par exemple au 1% des plus riches".

Le PTB relève pour sa part que le gouvernement n'est pas parvenu à garantir que les tarifs des TEC n'augmenteront pas. Il n’épargne pas les coupes qui se répercuteront sur l'emploi, notamment sur l'associatif. Le parti radical dénonce lui aussi les investissements reportés sur les places de crèche, les lits en maison de repos et qualifie à son tour la politique du gouvernement wallon d'austérité.

@jfherbecq avec Carl Defoy et Belga

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