Le gouvernement obtient la confiance après les excuses de Theo Francken

La Chambre vote la confiance au gouvernement Michel, Theo Francken présente ses excuses
5 images
La Chambre vote la confiance au gouvernement Michel, Theo Francken présente ses excuses - © Belga

La Chambre a accordé jeudi soir la confiance au gouvernement Michel au terme de 30 heures de débats houleux par 84 voix contre 58, majorité contre opposition. Une déclaration du secrétaire d'Etat Theo Francken (N-VA), a inauguré la séance de questions-réponses de jeudi. Il a présenté de brèves excuses qui ne contentent pas le PS qui continue à réclamer sa démission.

"Il y a eu ces derniers jours beaucoup d'agitation au sujet d'un certain nombre de déclarations de ma part dans le passé. Je suis conscient du fait que j'ai heurté certaines personnes. Je m'en excuse et je vous garantis que je serai un secrétaire d'Etat travaillant dans l'intérêt de tous les habitants de ce pays, et avec un profond respect pour tous", a déclaré le secrétaire d’État à la reprise des débats devant l'assemblée. Pas un mot sur sa présence à l'anniversaire de Bob Maes.

Theo Francken était au centre d'une mini-tempête politique suite à sa présence à une cérémonie pour les 90 ans de cet ancien sénateur Volksunie condamné pour faits de collaboration mais aussi à cause de ses déclarations sur Facebook concernant la valeur ajoutée des immigrés marocains, algériens et congolais.

Regardez son intervention dans l'extrait suivant:

C'est le Premier ministre Charles Michel qui a exigé et imposé un texte d'excuses au secrétaire d’État.

Pas suffisant pour le PS

La ministre de l'Energie Marie-Christine Marghem (MR) pense que ces excuses suffisent et préfère juger son nouveau collègue sur ses actes. Le sp.a juge aussi l'incident clos, a dit Johan Vande Lanotte.

Par contre pour le PS, cela ne suffit pas. Theo Francken doit démissionner : Julie Fernandez a estimé que ces excuses montraient la faiblesse du Premier ministre Charles Michel. "Ce n'est pas rien. Nous n'avons pas demandé des excuses mais une démission. C'est trop simple de parler 20 secondes et de se dire qu'on oublie tout. Nous estimions que vous deviez démissionner", a-t-elle lancé, avant de conclure par le slogan républicain espagnol : "¡No pasarán!"

Le cdH regrette aussi cette décision du Premier ministre Charles Michel.

Si seuls les socialistes ont continué à exiger la démission du secrétaire d'Etat, Ecolo, cdH et sp.a ne sont pas montré rassurés, plusieurs élus d'origine étrangère disant au secrétaire d'Etat Francken leur "fierté d'être belges", une nationalité que ce dernier avait dit "haïr". Ils ont également rappelé les nombreuses plus-values des immigrations congolaises, marocaines, algériennes et autres que le secrétaire d'Etat avait remises en cause.

"Vos déclarations sont racistes et discriminantes", a asséné à Theo Francken Fatma Pehlivan (sp.a), s'étonnant que Najma Lanjri (CD&V) et Zuhal Demir (N-VA), sur les bancs de la majorité aient plu oublier la plus-value économique des migrants venus dans les années '60.

Erigeant un "cordon sanitaire" autour de Theo Franncken, Zakia Khattabi (Ecolo) s'est adressée au Premier ministre Charles Michel qui avait évoqué, dans sa condamnation de la collaboration, le sort de son grand-père mort au sortir de la guerre. Elle a elle-même rendu hommage à ses propres grands-parents et à toute la diaspora qui a contribué au développement de la Belgique. Ahmed Laaouej (PS) s'est joint à cet instant de solennité pour rappeler le rôle des tirailleurs marocains, algériens et africains qui ont freiné l'offensive allemande en mai 1940 à Gembloux, ainsi que celui de nombreux mineurs morts de maladie. "N'est-ce pas là une plus-value?", a-t-il lancé à Theo Francken.

Le CD&V Eric Van Rompuy met en garde sur les ondes de la VRT : il ne faut pas que de tels incidents se reproduisent. Groen promet de rester vigilant quant aux faits et gestes de Theo Francken sur le plan de l'objectivité et des droits de l'homme.

Après cette brève allocution, la discussion a repris sur le chapitre "Justice et sécurité" du programme gouvernemental, discussion perturbée après quelques minutes : des militants anti-nucléaires ont déroulé un calicot dans les tribunes, avant que le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) n'expose sa politique dans un ambiance beaucoup plus calme que lors de la première séance.

Dans son intervention sur la Justice, le député Philippe Goffin (MR) a même osé une boutade: "En tant qu'ancien DJ, je demande au président le changement de sono de la Chambre", a-t-il déclaré, en ajoutant: "Nos oreilles ont souffert" ses dernières 48 heures.

Accès et financement de la justice: "Trouver un équilibre"

Députés de la majorité et de l'opposition se sont donc succédé devant la tribune. Si les premiers se sont félicité des points évoqués dans l'accord de gouvernement, les questions des seconds ont porté sur l'accès et le financement de la justice.

Ainsi, Christian Brotcorne (cdH) a regretté l'approche "managériale" souhaitée par le nouveau gouvernement.

Plusieurs ont relevé le budget en enveloppe fermée de l'aide juridique. "Nous avons le sentiment d'un définancement général de la justice", a pour sa part estimé la députée Zakia Khattabi, chef de groupe Ecolo.

Pour Raoul Hedebouw (PTB), le programme gouvernemental prévoit "une justice à deux vitesses, une justice de classe".

Le nouveau ministre de la Justice, Koen Geens, a voulu rassurer. Il a parlé à plusieurs reprises d'équilibre dans sa réponse aux diverses questions.

Équilibre entre indépendance et responsabilité, car il faudra, selon lui "un contrôle limité" dans le cadre de contrats de gestion avec l'administration, par exemple.

Équilibre également entre le "droit au droit, et l'instrumentalisation de la justice". "Les décisions indépendantes des magistrats", engendrent une inconnue au niveau des factures de la Justice, a-t-il dit. Pour le ministre, "il faudra dans ce cadre en venir à un système où il y a un minimum de budgétisation possible". Éviter l'instrumentalisation, c'est par exemple travailler sur les coûts des droits de greffe, dit-il. "Il faut donc réfléchir, ensemble avec les assureurs, à chercher des formules pour faciliter l’accès à la justice".

"Vous le concevez le concevez comme une assurance obligatoire ?", demande Laurette Onkelinx (PS). "Une obligation irait trop loin. Il faut trouver un juste équilibre", a-t-il encore répété.

Intérieur: simplifier et clarifier

La discussion sur les chapitres liés à la police et la sécurité a vu s'affronter majorité et opposition sur le thème du financement de la police et de sa formation. Le PS par la voix du député-bourgmestre de Liège Willy De Meyer a demandé des clarifications sur ce qui sera prévu pour répondre aux revendications des policiers, qui, dit-il, seront bel et bien sur le terrain, dans la rue, mais pour manifester.

Le ministre de l’intérieur Jan Jambon (N-VA) a défendu son projet de simplification du système de rémunération de policiers.

L'idée de réduire la présence des agents de la police des chemins de fer à Bruxelles, lancée par le N-VA Koenraad Degroote, bourgmestre de Dentergem, a été battue en brèche par Karine Lalieux (PS) qui lui a rappelé que s'il y a beaucoup de policiers dans les gares de la capitale, c'est pour assurer la sécurité des navetteurs, venus de Flandre et de Wallonie.

Autre passe d'armes entre le bourgmestre Open VLD de Courtrai Vincent Van Quickenborne et Ahmed Laaouej du PS sur le saut d'index et son impact sur les finances communales : le premier soutenant qu'il était bénéfique, l'autre ne voyant que ses conséquences négatives pour les communes.

L'asile et Theo Francken au centre des débats

Le chapitre consacré à la politique d'asile n'a guère favorisé le retour à la sérénité des débats, vu "l'affaire" Francken sur laquelle sont revenus de nombreux orateurs.

Alors que le chef de groupe MR Denis Ducarme avait loué la volonté du gouvernement d'opter pour une "maîtrise de la migration", "humaine et ferme", dans la foulée du gouvernement précédent, la cheffe de groupe PS Laurette Onkelinx s'est montrée dubitative, certainement avec "un raciste à la tête du département".

Une sortie qui a fait réagir la députée N-VA d'origine kurde Zuhal Demir : elle n'accepte pas ce qualificatif de "raciste" ni pour le secrétaire d'Etat à l'Asile, ni pour son parti : "Ce n’est pas vrai, sinon je n'en ferai pas partie".

Sa collègue Sarah Smeyers (N-VA) a défendu la nouvelle politique migratoire, plus économique, plus moderne et plus "efficace" en matière de rapatriement.

Theo Francken a regretté la lecture "sélective" de l'accord faite par l'opposition. Il s'est étonné du peu de cas fait autour de l'amélioration des procédures et des charges administratives, l'attention portée aux victimes de trafics et aux mineurs non accompagnés. Il y a effectivement une "tendance à caricaturer", a regretté Denis Ducarme.

"Je peux entendre partiellement les excuses", avait dit préalablement Monica De Coninck (sp.a) mais votre politique souffre d'un problème de formulation présentant trop souvent les étrangers comme des fraudeurs, des gens à rapatrier, des sans-papiers criminels, des gens dont il faut vérifier le patrimoine".

Francis Delpérée en a profité pour rappeler : "Qui a dit que la N-VA présentait "des relents racistes" après moi? C'est le Premier ministre. Je suis d'accord avec lui".

Denis Ducarme (MR) a répliqué aux interpellations de Julie Fernandez (PS) sur cette politique : " Nous ne voulons pas empêcher l'immigration, mais la gérer. Nous l'avons déjà fait avec le PS sous DiRupo"

Pour le PTB, Raouol Hedebouw a aussi dénoncé la possibilité d’enfermer à nouveau des enfants alors que la Belgique a été condamnée sur ce point, notamment par l'Europe.

Majorité contre opposition

Le vote de confiance est intervenu peu avant minuit sans surprise, majorité contre opposition (Aldo Carcaci du Parti Populaire s'abstenant), une opposition où les socialistes ont redit tout le mal qu'ils pensaient du programme gouvernemental.

Le PS parle d'une politique injuste, manquant de sérieux, qui met en danger le modèle belge. Elio Di Rupo accuse également Charles Michel d'avoir présenté comme nouvelles des mesures décidées par l'ancien gouvernement.

Parmi les économies prévues par le gouvernement, on note une diminution des moyens alloués à la SNCB, plus de 2 milliards d'euros en moins sur cinq ans. Des investissements seront suspendus, mais selon les syndicats, l'emploi sera aussi touché. Ils participeront donc à la grève nationale du 15 décembre, et même peut-être avant. De grosses perturbations sur le rail sont donc prévues pour la fin de l'année. La CGSP cheminots a décidé de participer à toutes les actions prévues par le front commun syndical, pour la manifestation nationale du 6 novembre, les grèves tournantes par province, et, la grève nationale du 15 décembre. "Aucun train ne roulera ce jour-là", dit la CGSP. Le syndicat socialistes veut dénoncer la volonté du gouvernement d'imposer à la SNCB et Infrabel plus de 2 milliards d'euros d'économies en 5 ans.

On a aussi assisté à de longues discussions sur le survol de Bruxelles, avec passe d'armes entre l'ancienne et la nouvelle ministre en charge, ainsi qu'à un échange d'idées majorité-opposition sur la politique internationale et de défense.

RTBF

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK