Le gouvernement minoritaire survivra-t-il à cette semaine mouvementée?

Les semaines se suivent et se ressemblent pour Charles Michel. Depuis le début du mois, le Premier ministre doit s'assurer dès le lundi que son gouvernement tienne le coup jusqu'au dimanche. Chaque semaine, il joue la survie de l'exécutif. Un gouvernement désormais minoritaire, car sur le chemin de Marrakech il a perdu le parti le plus important de la coalition : la N-VA. Cette semaine ne devrait pas faire exception. Charles Michel devra traverser un nouveau parcours d'obstacles avec une équipe affaiblie. 


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Vers un vote de confiance mardi? 

Mercredi dernier, le 12 décembre, le Parlement a sommé Charles Michel de demander la confiance à la Chambre des Représentants. Une motion d'ordre a été votée en ce sens par la plupart des partis d'opposition. Le texte du PS cosigné par le sp.a, Défi, le cdH et Ecolo-Groen a reçu le soutien de la N-VA. Ces partis partent du principe que le gouvernement remanié est bien un nouveau gouvernement, qui entend teinter la feuille de route suédoise de nouveaux accents. Selon leur lecture, il serait donc logique que le Premier ministre vienne présenter ce programme aux députés et qu'il ose solliciter le vote de confiance. 

Cette motion est embarrassante pour le Premier ministre. La pression politique est très forte. Mais le texte n'est pas contraignant. Charles Michel viendra donc s'expliquer au parlement ce mardi. Il peut cependant encore décider de ne pas se soumettre à ce vote de confiance. Cette piste est d'ailleurs privilégiée au sein du gouvernement remanié. Mathématiquement, sans la N-VA, cette coalition ne fait plus le poids. "Michel II" ne représente que 52 sièges sur 150 à la Chambre.

Ce week-end, le Premier ministre a poursuivi des consultations entamées pendant la semaine à la recherche de soutien(s) extérieur(s). Mais l'opposition ne semble pas pressée de tendre la main à ce gouvernement à la dérive. Demander la confiance au parlement dans ce contexte serait donc particulièrement téméraire.  

La menace d'une motion de méfiance

Si le gouvernement devait refuser de se soumettre à un vote de confiance, certains ont déjà brandi la menace d'une motion de méfiance. Le sp.a a fait savoir, dès mardi, qu'il envisage sérieusement cette possibilité. Si cette arme nucléaire parlementaire est dégainée, il faudrait toutefois que 76 députés minimum appuient sur le bouton pour provoquer la chute du gouvernement minoritaire. 

Pour résumer la situation, il y a donc au moins 6 scénarios probables:

  • le Premier ministre accepte de demander la confiance et l'obtient : Michel II est sauvé.
  • le Premier ministre demande la confiance du parlement et ne l'obtient pas :  Michel II chute. 
  • le Premier ne demande pas la confiance et l'opposition ne provoque pas de vote de méfiance :  Michel II est sauvé. 
  • l'opposition provoque le vote de méfiance mais ne recueille pas 76 voix :  Michel II est sauvé. 
  • l'opposition provoque le vote de méfiance et recueille 76 voix ou plus :  Michel II chute. 
  • face à la pression politique, le Premier ministre n'attend pas que le Parlement s'exprime et présente la démission de son équipe au Roi :  Michel II chute.

En se fiant à ses 6 scénarios qui ne sont que les variantes prévisibles d'une scène politique belge connue pour sa créativité et ses rebondissements infinis, le gouvernement a donc autant de chances de tomber que de poursuivre sa route jusqu'aux élections du 26 mai 2019. 

En cas de chute: affaires courantes ou élections anticipées?

Mais à en croire les déclarations des derniers jours, les partis semblent plutôt se préparer au scénario d'une chute du gouvernement minoritaire. Chacun s'attache en tout cas à préparer "l'après" et surtout à renvoyer la responsabilité de l'échec dans l'autre camp. Si le gouvernement tombe, cela peut se traduire par des élections, 40 jours après la dissolution des chambres, ou par des affaires courantes jusqu'aux élections prévues au mois de mai. Et les partis se positionnent désormais par rapport à ces deux fins possibles. 

Sur le plateau de la VRT, dimanche, même un membre du gouvernement se résignait à la probabilité d'une chute. "Je pense qu'il n'est pas exclu que le gouvernement soit en affaires courantes", admet Pieter De Crem lorsqu'il répond à la question de savoir si le gouvernement sera toujours debout à la fin de la semaine. Le nouveau ministre de l'Intérieur décrit en tout cas le travail du gouvernement remanié comme "une conférence diplomatique permanente jusqu'en mai", si l'exécutif survit. 

Il faut dire que la N-VA a donné le ton du week-end en se déclarant favorable à des élections anticipées si le gouvernement tombe. A travers plusieurs interviews, Jan Jambon pose les conditions élevées de la N-VA au gouvernement pour obtenir la confiance des nationalistes, tout en déclarant que le parti prépare déjà la campagne. Bart De Wever, lui, s'est montré plus explicite encore à la VRT. "Un gouvernement en affaires courantes, un gouvernement minoritaire sans la confiance du parlement, ce n'est pas une option politique. Ce n'est pas démocratique. Il faut m'expliquer comment nous n'allons pas vers de nouvelles élections."

Réunis samedi en conseil des ministres restreint, les vice-premiers ministres n'ont pas tardé à lancer la réplique à cette sortie médiatique bien orchestrée. Face à la possibilité d'élections anticipées, ils se posent en garants de la stabilité. "Si on va vers des élections anticipées, on sait très bien qu'on est parti pour de longs mois sans capacité de trancher", justifie Didier Reynders. Alexander De Croo, Open-VLD fait peser de son côté la responsabilité de ces éventuelles élections sur les épaules de la N-VA. "Si la N-VA ne parvient pas à finir avec nous ce qu'on avait commencé ensemble, c'est leur choix d'organiser des élections." Pour le vice-Premier ministre CD&V, "c'est une responsabilité très lourde".  

Au sein du gouvernement, on tente également d'orienter la culpabilité vers le PS en dénonçant un "axe PS-N-VA". Plusieurs membres du gouvernement ont en tout cas dénoncé une alliance entre les nationalistes flamands et les socialistes francophones pour précipiter le pays dans le chaos.

Mais le PS a terminé le week-end en se défendant de toute volonté d'aller aux urnes précipitamment. "Le PS ne prendra pas l'initiative pour précipiter des élections anticipées", affirme Elio Di Rupo. Le président du PS en a profité pour renvoyer une nouvelle fois la balle au Premier ministre. "La situation politique chaotique est de la pleine et entière responsabilité du MR et de la N-VA. La crise vient d'eux et exclusivement d'eux."

 Le PS précise qu'il ne craint pas les élections si elles devaient arriver par la faute "de l'attitude du Premier ministre, et donc du MR". Le PS ne déposera pas de motion de méfiance si le Premier ministre ne demande pas la confiance au Parlement. En revanche, si un parti dépose une telle motion, Elio Di Rupo ne fait aucun doute sur la nature du vote du PS : les socialistes n'épargneront pas Michel II. 

Journal télévisé 16/12/2018

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