Le gouvernement fédéral vit-il ses dernières heures?

Le gouvernement fédéral vit-il ses dernières heures ?
Le gouvernement fédéral vit-il ses dernières heures ? - © THIERRY ROGE - BELGAIMAGE

La crise que traverse le gouvernement de Charles Michel est probablement l’une des plus sérieuses. Parce que la crise aborde un des thèmes les plus sensibles de la politique fédérale, la migration. Parce que la N-VA a reçu un avertissement sévère lors des élections communales : l’extrême-droite retrouve des couleurs en Flandre.

Parce que le Premier ministre a fait savoir qu’il ne transigerait pas, et que les nationalistes estiment qu’ils ont peu à perdre à débrancher la prise. La raison de cette crise, c'est le pacte mondial pour la migration de l'ONU qui vise à mettre en avant les bonnes pratiques pour gérer les migrations.

Le gouvernement Michel est en crise, tout comme la N-VA. C’est un moment de vérité pour les nationalistes, qui oscillent (vacillent ?) entre deux scénarios. Quels sont ces scénarios envisageables ?

La fin de la "suédoise"

Le 10 décembre prochain, lors du sommet des Nations Unies de Marrakech, le gouvernement décide d’envoyer une délégation officielle du gouvernement pour avaliser le Pacte. Les nationalistes s’y opposent et quittent le gouvernement. Charles Michel doit alors se rendre au Palais royal pour acter la fin de la majorité " suédoise " actuelle.

Même si la N-VA claque la porte (ce qu’elle semble, à bonnes sources, prête à faire), cela ne veut pas forcément dire la chute du gouvernement actuel. Car les libéraux flamands, l’Open VLD, et le CD&V ont déjà marqué leur soutien au Pacte de la migration et ils ont souligné, publiquement, la position du Premier ministre.

Un gouvernement minoritaire, avec éventuellement un appui de la N-VA sur certaines réformes, pourrait, avec l’aval du roi, gouverner jusqu’aux prochaines élections. Nous voterons de toute façon le 26 mai prochain, la date a été dictée par le scrutin européen.  Des élections anticipées semblent inimaginables. L’éclatement de la coalition, beaucoup moins.

Un arrangement, à la "Ceta"

En jargon technique, on appelle cela "une explication de vote". En gros, il s’agit d’une motivation politique qu’on adosse à un texte international ratifié.

Serait-ce envisageable d’ajouter au Pacte de la Migration de l’ONU, une note explicative justifiant la position " plus détaillée politiquement " de la Belgique ? C’est encore le scénario privilégié par l’entourage du Premier ministre à cette heure. Surtout si d’autres pays européens, comme les Pays-Bas, émettent des réserves. Objectif : éviter que l’une ou l’autre position ne perde la face, mais s’assurer que la Belgique ne brade pas ses engagements vis-à-vis de l’ONU.

Le parallélisme avec la saga du CETA revient avec insistance, notamment dans les rangs libéraux. Deux sagas, et deux combats à haute valeur politique. Malgré la position de Paul Magnette, à l’époque ministre-président wallon, l’accord du CETA a finalement été adopté et signé par la Belgique. On précisera toutefois que cette comparaison a ses limites ; le traité du CETA devait être ratifié par tous les parlements du pays, et il a un caractère contraignant, ce que n'a pas le Pacte de la migration.

Pour l'heure, la N-VA estime que ce texte n’est pas "amendable" en l’état. A prendre, ou surtout à laisser. Différents points essentiels lui posent problème. Une "explication de vote" n’y changera rien.

La balle est dans le camp de la N-VA

Que choisiront les nationalistes ? Entre la ligne dure des proches de Theo Francken, et les pragmatiques dans les rangs de Bart De Wever, la N-VA est en plein doute. La coalition suédoise dépendra de leur attitude. Le Premier ministre a mis en garde ses partenaires. Lui, campera sur ses positions.

Clé de l info: les tensions gouvernementales autour du pacte sur les migrations

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