La vie de Tihange 1 serait prolongée de 10 ans

Le gouvernement envisage de prolonger l'exploitation de Tihange 1 de 10 ans
Le gouvernement envisage de prolonger l'exploitation de Tihange 1 de 10 ans - © Belga

Le secrétaire d'Etat à l'Energie Melchior Wathelet présente ce mercredi à ses collègues du gouvernement son "plan pour la sécurité d'approvisionnement en électricité" de la Belgique. Selon nos informations, ce plan entend notamment confirmer la sortie de la Belgique du nucléaire mais avec un calendrier remanié par rapport à la loi de 2003. Ainsi à l'horizon 2016, seuls Doel 1 et 2 fermeraient, tandis que Tihange 1 serait prolongée jusqu'en avril 2025. Mais le "plan Wathelet" ce n'est pas que cela.

Le volet le plus emblématique du plan, c'est la volonté de confirmer la sortie du nucléaire. Histoire de mettre fin à l'incertitude qui fait hésiter les investisseurs dans les autres sources d'énergie.

La loi de 2003 sera remaniée, supprimé l'article 9 qui permettait de déroger à la sortie sur simple arrêté royal; la nouvelle loi inclura le nouveau calendrier de fermetures de chaque centrale: Doel 1 et 2 en avril 2016 au lieu de 2015; les autres ne fermeraient que progressivement 2022, 2023, Tihange 1 la dernière au 1er avril 2025.

Restera à négocier avec les exploitants de centrales les futurs prix de l'électricité, comprenant coûts de production, mais aussi de "rajeunissement" des centrales.

La rente nucléaire, réduite au gré des fermetures, sera toujours là pour aider au développement d'énergies alternatives. Car pour faire face à ces fermetures, faire face à une éventuelle menace sur la sécurité d'approvisionnement en énergie, il faudra garantir d'autres sources d'énergie.

Le plan Wathelet vise à doter le pays d'un mécanisme légal interdisant à tout producteur de fermer ses centrales électriques, si cela met en danger l'approvisionnement du pays : obligation d'information préalable, maintien en activité à disposition du marché belge jusqu'à une vente, réquisition, tout serait possible.

Enfin le plan vise à lancer des appels d'offres accélérés, notamment en nouvelles centrales gaz, avec mécanismes de soutien aux investisseurs et un prix plancher de rentabilité qui serait garanti par l'Etat. Voilà le menu du cocktail énergétique imaginé par Melchior Wathelet, restera à voir ce qu'en penseront ses collègues ce mercredi.

Syndicats : fermer Doel 1 et 2 coûterait au moins 1500 emplois

Une fermeture de Doel 1 et 2 coûterait au moins 1500 emplois, selon le front commun syndical qui se réfère à une récente étude sur l'emploi dans le secteur par Forum nucléaire. Les syndicats estiment que la proposition de Melchior Wathelet est "un mauvais compris" car la Belgique devrait importer de l'électricité et donc, exporter des emplois.

"Le secteur nucléaire emploie directement 2000 personnes et 10 000 indirectement. Si on fermait Doel 1 et 2 en 2016, comme le prévoit M. Wathelet dans sa proposition, au moins 1500 emplois disparaîtraient", explique Philippe Hendryckx, de la Confédération nationale des cadres.

Il explique aussi que la fermeture annoncée des centrales nucléaires s'est déjà accompagné des fermetures de centrales comme celles de Ruien ou des Awirs. "Les centrales à gaz ne sont pas rentables et là aussi, des emplois sont menacés."

Le syndicat s'oppose à l'abandon du nucléaire. "Nous aurons des problèmes d'approvisionnement et devrons importer de l'énergie. Les rejets de CO2 posent aussi problème. Si on ferme Doel 1 et 2, 5 millions de tonnes de CO2 ne seront pas économisées", explique encore le responsable syndical.

Greenpeace : "à l'encontre de la loi sur la sortie du nucléaire"

La proposition de reporter la fermeture de Tihange I à 2025 et celles de Doel I et II à 2016, est "totalement inacceptable", selon Greenpeace. "Cela va à l'encontre de l'esprit de la loi sur la sortie du nucléaire et de l'accord de gouvernement", a indiqué Elio Glorieux de l'organisation environnementale.

Elio Glorieux s'est dit "extrêmement déçu" de ces plans. "J'espère que l'Open Vld et le sp.a tiendront tête demain et que ce 'compromis à la Belge' ne sera pas accepté."

Selon le spécialiste en énergie nucléaire chez Greenpeace Belgique, "vous pouvez reporter la sortie uniquement en cas de problèmes d'approvisionnement", selon la clause de sauvegarde pour la sécurité d'approvisionnement, explique-t-il. "Dix années supplémentaires n'aideront en rien".

Par ailleurs, Greenpeace souligne que le plan d'équipement ne laisse aucune place à de nouveaux acteurs. Selon l'ONG, la perte de 900 MW de production, soit 7,5% du marché, avec Doel I et II, est trop faible pour que de nouvelles centrales fonctionnant au gaz concurrencent l'électricité issue de l'énergie nucléaire.

Avec la prolongation de Tihange, les centrales fonctionnant au gaz auront également moins d'heures de roulement, selon Elio Glorieux. La prolongation de la durée de vie de Tihange I sera finalement payée par le citoyen, explique-t-il encore.

Fabien Van Eeckhaut et Belga

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