Le fact checking en 7 points du débat explosif avec le leader de Schild en Vrienden à la VRT

Le fact checking en 7 points du débat explosif avec le leader de Schild en Vrienden à la VRT
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Le fact checking en 7 points du débat explosif avec le leader de Schild en Vrienden à la VRT - © Tous droits réservés

Mercredi après-midi, Dries Van Langenhove, leader du mouvement flamingant Schild en Vrienden, a annoncé qu’il allait se présenter comme tête de liste à la Chambre pour le Vlaams Belang dans la province du Brabant flamand. L’étudiant en droit de 25 ans à l'UGent ans était ensuite l’invité de Terzake, émission politique de la VRT. Durant l’interview musclée d’une dizaine de minutes, les mots "mensonges" et "fake news" ont volé à plusieurs reprises. Fact-checking en sept temps.

Inculpé ou pas ?

Un reportage de la chaîne flamande VRT diffusé en septembre révélait que le mouvement conservateur de droite "Schild & Vrienden" (Bouclier et Amis) n'avait rien de modéré dans les faits. Des groupes de conversation en ligne ont fait la part belle à des commentaires racistes, sexistes et antisémites.

À la suite de la diffusion du reportage télévisé, le parquet de Flandre orientale a démarré une enquête et un juge d’instruction a été désigné. Pendant l’interview sur Terzake, Dries Van Langenhove a répété qu’il n’était pas inculpé dans le cadre de cette enquête: "Si j’étais inculpé, je le saurais."

Pourtant, la porte-parole du parquet, An Schoonjans, a indiqué à la VRT: "Dans le cadre de cette enquête, des perquisitions ont eu lieu, notamment chez monsieur Van Langenhove en tant qu’inculpé."

Le parquet confirme ce jeudi qu’une action publique est engagée à l’encontre du leader de Schild en Vrienden.

Lors du débat sur la VRT, Kathleen Cools, journaliste à Terzake, a indiqué que l’étudiant faisait l’objet d’une "inculpation implicite". Le parquet confirme aussi que c’est le cas. En d’autres termes, cela équivaut à une "inculpation formelle" de la part du juge d’instruction. Dans cette situation, le suspect a des droits supplémentaires qu’un suspect normal n’a pas. Dries Van Langenhove en a d’ailleurs déjà profité et a déposé une demande formelle d'accès au dossier répressif au juge d'instruction, qui l'a rejetée. 

Pour sa part, l’avocat du suspect explique cet après-midi à Het Laatste Nieuws que son client n’est formellement pas encore inculpé puisqu’il n’a ni reçu de lettre dans ce sens ni été informé personnellement de la situation.

Membre du Vlaams Belang ou indépendant?

Depuis ses débuts, le leader ne cesse de clamer sa révulsion envers le système de particratie en Belgique. Dans une vidéo publiée mercredi sur sa page Facebook, il explique que sa présence sur la liste Vlaams Belang ne va rien changer à son rejet de la particratie: "La particratie est un système pourri."

Sur le plateau de Terzake, il assure qu’il reste cohérent: "Ce que j’ai décidé aujourd’hui reste en ligne avec ce que j’ai annoncé depuis des mois et des années. Aujourd’hui, je ne suis pas entré dans le système de particratie. Je vais rester un activiste indépendant. Ce que je vais faire et dire pendant des actions en rue et sur les réseaux sociaux, je pourrai le faire au Parlement fédéral, si je reçois la confiance des citoyens du Brabant flamand."

Il n’a pas de carte de parti du Vlaams Belang et n’est donc officiellement pas membre du parti d’extrême droite. Néanmoins, pour s’inscrire et être la tête d’une liste, il faut en théorie partager un minimum de valeurs avec le parti en question.

Profiteur ou pas ?

Dries van Langehove dit se présenter au Parlement fédéral, car c’est l’endroit "où ça fait le plus mal aux 'particrates'". Selon lui, "les politiciens attachés à un parti ou une grande partie d’entre eux ont trahi les Flamands."

Le leader de Schild en Vrienden a souvent manifesté son rejet de la particratie, notamment car les politiciens s’en mettent plein les poches. En néerlandais, l’expression utilisée est "graaiers", autrement dit, ceux qui s’enrichissent sur le dos des autres.

À l’hypothèse "Vous allez faire partie de la bande de 'graaiers'…", il réplique : "Ce n’est absolument pas vrai. Je ne vais certainement pas devenir un 'graaier'. Tous les moyens qui seront mis à ma disposition en tant que parlementaire, que ce soit des moyens financiers ou en immunité parlementaire, seront mis au service d’un nouveau média et à Schild en Vrienden et aussi au Mouvement flamand dans son ensemble."

Avec l’argent de son éventuel mandat, il compte "continuer à professionnaliser l’organisation Schild en Vrienden" et "va plancher sur la création d’un nouveau canal médiatique pour contrer vos mensonges (ndlr: il désigne la VRT) et fake news à l’avenir".

Même si Dries Van Langenhove assure qu’il ne sera pas un profiteur et reversera de l’argent pour ses activités et son groupe, il recevra (s’il est élu) un salaire de parlementaire qui viendra de facto de l’argent des contribuables.

Fake news à la VRT?

Pendant l’interview, l’étudiant gantois répète à plusieurs reprises que la chaîne publique flamande propage des mensonges et des fake news. "Ce n’est pas le premier mensonge aujourd’hui: vous dites que j’aurais appelé mes membres et sympathisants à voter pour tout le monde sauf le Vlaams Belang ou la N-VA pour qu’ils puissent apprendre à leurs dépens à quel point ils ont besoin de nous. Vous vous êtes basé sur un faux compte pour me porter discrédit."

Un des journalistes de la VRT a effectivement commis une faute en reprenant un tweet d’un faux compte de Schild en Vrienden dans un article.

Kathleen Cools reconnaît qu’il s’agissait d’une erreur et le passage de l’article en question a été supprimé par la suite. Aucun commentaire n’a cependant été ajouté par la rédaction à la suite de la modification.

L’étudiant en droit exige que la VRT présente ses excuses. La journaliste de la VRT va demander en interne si des excuses sont à l’ordre du jour avant d’ajouter: "Vous êtes quand même en studio pour développer votre avis. Cela fait quelques minutes que vous en parlez."

Protection grâce à l’Immunité parlementaire?

Une autre raison qui inciterait Dries Van Langenhove à se présenter est l’obtention de l’immunité parlementaire. Dans une vidéo publiée mercredi sur Facebook, il explique: "En tant que porte-voix, ma liberté d’expression ne sera plus limitée, car tout ce que je vais dire ou faire en tant que parlementaire sera protégé par l’immunité parlementaire. De cette manière, nous serons dans notre lutte contre l’establishment qui essaie de nous faire taire avec des des procès."

Imaginons que Dries Van Langenhove soit élu et qu’il soit par la suite jugé coupable, son immunité parlementaire le protégerait-il? Contactée par la RTBF, la porte-parole du parquet de Flandre orientale, a indiqué qu’il ne relevait pas de ses compétences de s’exprimer sur des questions hypothétiques.

Appels aux dons ou pas ?

En décembre, le leader de Schild en Vrienden a publié une opinion sur le site flamingant ‘t Pallieterke intitulée "Que peux-tu faire pour continuer à faire vivre la lutte ?".  Kathleen Cools commente : "Vous dites que vous n’avez plus de moyens financiers et que vous devez être aidé.  Il y a un appel à l’aide pour envoyer de l’argent."

Ce à quoi le leader de Schild en Vrienden rétorque : "Ce que vous dites est manifestement incorrect. J’invite tous les téléspectateurs à aller lire l’article sur le ‘t Pallieterke."

En consultant l’article, il est vrai que Dries van Langenhove n’a pas écrit que Schild en Vrienden n’avait plus d’argent. Par contre, il est faux de dire qu’il n’a pas lancé un appel aux dons. On peut par exemple lire à la fin de l’article: "Le procès qui plane au-dessus de nos têtes concerne l'ensemble de la Flandre. Donnez-nous les moyens pour gagner ce procès pour sécuriser l’avenir de la liberté d’expression et l’activisme flamand." Pour finalement indiquer "Soutenir Schild & Vrienden" accompagné du numéro de compte de l’organisation.

Est-ce bien lui qui a publié dans le groupe secret ?

Selon la VRT, Dries Van Langenhove a publié une vidéo du politique britannique fasciste Oswald Mosley dans le groupe secret de Schild en Vrienden avec le commentaire : "Pour les gens qui me demandent comment être plus productif: regardez ce film le matin."

Même si l’on voit sa photo sur le profil, Dries Van Langenhove répète à plusieurs reprises qu’il n’est pas à l’origine du partage de cette publication : "Je n’ai rien à voir."

Dans la vidéo en anglais, on entend : "Évidemment, nous croyons en notre propre race. Chaque homme ou femme qui en vaut la peine croit en sa propre race comme il croit également en sa propre famille. Ce n’est pas parce que vous croyez en votre propre race ou famille que vous voulez blesser les autres races ou familles."

Lors de la marche contre Marrakech, le leader de Schild en Vrienden a déclaré en néerlandais : "Nous savons que ce n’est pas parce que vous aimez votre propre peuple que vous haïriez alors les autres peuples. Pas plus que si vous aimez votre propre famille voudrait dire que vous haïriez les autres familles."

Selon Kathleen Cools, cette comparaison montre que Dries Van Langenhove était actif sur le groupe Discord. Il réfute alors : "Ce n’est pas parce que j’exprime une idée qui a déjà été soulevée au cours de l’histoire que cela vient directement de ce point. Il ne s’agit pas d’une traduction littérale."

Pure coïncidence ? Ce qui est sûr, c’est que les deux citations se ressemblent fortement, à part que que le terme "race" a été remplacé par "peuple". Est-ce une preuve concrète que Dries Van Langenhove était bien la personne qui a publié la vidéo sur le groupe ? L’enquête judiciaire en cours apportera plus de clarté sur la question.

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