Le dossier Dexia était "très compliqué" pour la Banque nationale

Les crises successives qui ont frappé le groupe ont coûté dix milliards d'euros aux contribuables belges, a rappelé le député Georges Gilkinet (Ecolo) au cours d'une audition de Luc Coene et Jean-Paul Servais devant la commission des finances et du budget de la Chambre.

Dexia a été un groupe "très compliqué" dès le début, a rappelé M. Coene, assurant que les autorités de contrôle n'avaient rien à dire sur les structures des banques, qui sont laissées à l'appréciation des actionnaires.

Le groupe était né en 1996 de la fusion entre le Crédit communal de Belgique, une banque de dépôt qui finançait notamment les collectivités locales, et le Crédit local de France (CLF), un émetteur sur les marchés obligataires internationaux.

Selon Luc Coene, Dexia a été notamment victime d'une "énorme expansion" avec des acquisitions qui se sont poursuivies en 2008, après le début de la crise financière.

En 2008, alors que la Commission européenne a ordonné une "restructuration lourde" de Dexia, la France a jugé le démantèlement du groupe "inacceptable", a souligné le directeur de la BNB.

Jean-Paul Servais a lui aussi expliqué que la Commission bancaire et financière et des Assurances (CBFA), l'ancêtre de la FSMA jusqu'au 1er avril dernier, s'était opposée à un projet de l'ancien patron de la banque, Axel Miller, à un projet de "tout rassembler à Paris", afin de défendre les intérêts belges.

Plusieurs élus ont demandé aux deux responsables s'ils avaient à un moment ou un autre prévenu le gouvernement belge des difficultés rencontrées par Dexia, victime de produits financiers hasardeux malgré un premier sauvetage en 2008.

Twin Peaks

Luc Coene a fait état d'une lettre adressée le 26 avril au gouvernement fédéral et aux Régions, ajoutant qu'il avait aussi pris contact en septembre avec le ministre des Finances, Didier Reynders, et le Premier ministre Yves Leterme pour les prévenir de la gravité de la situation du groupe.

Le contrôle prudentiel sur les institutions bancaires est exercé, depuis le 1er avril dernier, selon le modèle "Twin Peaks", un modèle bipolaire reposant sur ces deux autorités autonomes, que sont la BNB et la FSMA, chacune chargées de tâches spécifiques.

La banque franco-belge Dexia SA, créée en 1996, a été démantelée le 10 octobre, avec le rachat de la branche belge de banque de détail, Dexia Banque Belgique (DBB), par l'Etat belge pour quatre milliards d'euros, devenant la première banque européenne victime de la crise de la dette qui frappe la zone euro.

Les flux de liquidités vers la France se poursuivront en 2012 

Si Dexia Banque Belgique (DBB) acquise début octobre par l'Etat fédéral, mettait fin au flux de liquidités vers Dexia Crédit local (DCL), la branche française de l'ancienne banque franco-belge Dexia, cela entraînerait la faillite de DCL et ferait perdre 26 milliards d'euros à DBB, a affirmé mercredi le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, Luc Coene.

La règlement de la scission du groupe Dexia en deux branches et la réorganisation des deux entités devraient se poursuivre jusque fin 2012, a prédit Luc Coene devant la commission des finances et du budget de la Chambre.

Selon lui, DCL a besoin de ce délai pour trouver de nouvelles sources de financement, afin de permettre aux deux anciennes branches de Dexia, la belge et la française, d'opérer de manière indépendante.

Luc Coene a souligné que l'accord sur le démantèlement de Dexia n'avait pas été facile à obtenir des autorités françaises. "Vous devez bien comprendre que la sortie de Dexia Banque Belgique du groupe était tout sauf évident pour les Français", a-t-il dit.

Le gouverneur de la BNB a par ailleurs démenti que Paris ait "vidé" Dexia au profit de sa filiale française en s'emparant des fonds recueillis en Belgique par la branche belge.

Le modèle financier du groupe était bâti de telle sorte que les surplus obtenus en Belgique servaient à financer les déficits en France, a souligné M. Coene.


Belga
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