Le CD&V aura finalement les clefs au lendemain des élections

Le CD&V aura finalement les clefs au lendemain des élections
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Le CD&V aura finalement les clefs au lendemain des élections - © Tous droits réservés

Il reste cinq semaines avant les élections du 25 mai prochain. Baudouin Remy a réuni des journalistes et politologues dans le studio de Mise au point. L'occasion de faire le point sur une campagne compliquée et relativement technique.

Qui sont pour l'instant les gagnants de cette campagne électorale ? "Ce qui est très clair en Flandre, c'est qu'on parle de la N-VA et de la position des autres partis par rapport à la N-VA. On parle un peu du CD&V... mais pour le reste, c'est très difficile", relève Liesbeth Van Impe, journaliste au Nieuwsblad. Bref, au nord du pays ce serait la N-VA qui donnerait le tempo des débats de la campagne.

Martine Dubuisson, journaliste au journal Le Soir estime pour sa part que la campagne n'avait pas si mal commencé: "On s'intéressait à des thèmes qui touchent les citoyens et non plus des symboles comme lors de la campagne précédente". Mais elle relève néanmoins deux bémols: une guerre des chiffres "dont on ne comprend plus rien" et une bipolarisation gauche-droite très présente du côté francophone, "avec d'autres partis qui peinent à exister", citant le cdH, Ecolo et les FDF "qui peinent à apporter des idées ou des propositions qui permettent de détourner l'attention des deux grands".

Des débats chiffrés, une bonne idée ?

Certains, comme Frédéric Chardon, journaliste à La Libre Belgique regrettent qu'on ne parle pas assez du fond, des vrais enjeux: "Qui parle aujourd'hui des 13 milliards d'euros qu'il va falloir trouver dans les prochaines semaines pour satisfaire les exigences européennes ? Personne".

Jan Segers, journaliste au "Het Laatste Nieuws" n'est quant à lui pas d'accord avec l'analyse de son confrère de La Libre. "Il y a pour moi beaucoup de contenus dont on parle. Seulement je crains que personne ne retienne quoi que ce soit. Et surtout pas toute cette avalanche de chiffres", dit-il en avouant n'être "pas trop fan de ces programmes entièrement chiffrés qui par miracle sont toujours bien équilibrés". Pour Dave Sinardet, politologue à la VUB, ces chiffres sont intéressants car ils permettent d'objectiver le débat, de présenter les aspects moins populaires du programme ou de les rendre comparables. "Cela ajoute de la crédibilité", admet Jan Segers, "mais aussi de la fausse crédibilité. Comme si tout était chiffrable dans la vie !".

Des programmes pour des experts

À un mois et quelques jours des élections, on n'a pas encore tous les programmes relève Régis Dandoy, membre du Département de science politique de l'ULB: il en manque plusieurs, alors que "les programmes sortent en général deux à trois mois avant les élections". "Les programmes sortent plus tard... et sont plus longs qu'avant -400 à 600 pages par parti !-", fait-il remarquer. "Qui va lire les programmes ? Les experts. Le programme n'est donc plus pour l'electeur mais pour les spécialistes. Voilà pourquoi les partis ont un peu peur de sortir leurs programmes parce qu'ils savent que les autres partis vont les lire et les critiquer".

"Quand on regarde les programmes du PS et du MR qui s'attaquent violemment, les différences sont-elles radicalement différentes ? Je n'ai pas l'impression", estime Frédéric Chardon. En effet, "les partis doivent défendre ce qu'ils ont fait au gouvernement", réagit Régis Dandoy. D'autre part, "ils doivent parler de tout. Vous êtes sanctionné si vous ne parlez pas de telle ou de telle thématique".

N-VA vs PS

En Flandre, le grand duel attendu entre Bart De Wever et Kris Peeters n'est pas arrivé. "Bart De Wever a même refusé tous les débats avec Kris Peeters", relève Dave Sinardet. "Il préfère faire un débat avec Paul Magnette parce qu'il veut présenter la N-VA comme la grande alternative au 'modèle PS'. La campagne de la N-VA a été batie là-dessus". "L'Open VLD est aussi beaucoup attaqué par la N-VA comme 'allié du PS qui a choisi de faire un gouvernement avec le diable', le CD&V c'est beaucoup moins le cas...", fait remarquer le politologue.

Au sud du pays, une dualisation PS-MR est fortement présente. "Ils se surveillent l'un-l'autre", fait remarquer Martine Dubuisson. "Les déclarations, présentations de programmes sont encodées et archivées, on a un debriefing du parti adverse quelques heures après chaque déclaration". Mais "cdH et Ecolo aussi se surveillent", explique la journaliste du Soir. "On a l'impression qu'ils n'existent pas, ces deux-là !", en tout cas au nord du pays, réagit Jan Segers. "Leur débat n'est pas audible, le débat PS-N-VA écrase tout", fait remarquer Frédéric Chardon.

Régis Dandoy l'affirme, "les politologues sont un peu surpris de la tournure de la campagne". Un parti au nord, une dualisation au sud, cela "préfigure peut-être une autre évolution du système de partis, qui va se polariser autour de deux partis. Est-ce que la coalition va être autour du PS ou autour de la N-VA ? C'est une nouvelle grille de lecture. C'est intéressant de voir cette évolution".

Que se passera-t-il dès le 26 mai ?

"La clef, c'est le score de la N-VA" précise d'emblée Frédéric Chardon. "S'ils sont incontournables pour aller au fédéral, que va-t-il se passer ?", demande-t-il. Pour lui, tout va partir du fédéral. Liesbeth Van Impe ne partage pas cet avis. Pour elle, "au fédéral on peut faire abstraction des majorités francophones ou flamandes. Au niveau régional, on ne le peut pas. On va d'abord regarder le score au parlement flamand et voir s'il y a une ou plusieurs options, avec ou sans la N-VA". Pour le politologue Régis Dandoy, "ça va simplement dépendre du premier gouvernement qui va être formé".

"Même si la N-VA fait un tabac, la clef ne sera pas dans les mains d'un homme ou d'une femme politique mais aux mains du chef du cabinet du Palais", estime Jan Segers. "Cela semble plus facile de former d'abord les gouvernement régionaux qui n'ont pas besoin du Palais. Mais qu'est-ce qu'on va faire au fédéral ?". "Pour la N-VA, c'est clair, ils veulent être aux deux niveaux. Pour le PS, ils veulent éviter un scénario où les partis de droite se retrouvent au fédéral et puis que cela se reflète sur le gouvernement wallon. Ils vont vouloir aller très vite", assure Liesbeth Van Impe.

Le CD&V aura finalement les clefs

"La politique belge, c'est un jeu très simple. Il y a 7,5 millions d'électeurs qui votent et finalement le CD&V se retrouve dans tous les gouvernement et choisit avec qui il veut être", lance Dave Sinardet pour qui le CD&V aura les clefs au lendemain des élections. "La N-VA ne va pas faire de coalition avec le s.pa. S'il y a un gouvernement avec la N-VA, ce sera probablement avec le CD&V. Si c'est sans la N-VA, le CD&V sera aussi nécessaire. Le CD&V sera donc incontournable".

Et Jan Seegers de pointer un problème: "Imaginez qu'en Flandre, on forme un gouvernement CD&V-N-VA et PS-MR du côté francophone. Comment faire un parti fédéral avec ces quatre partis qui n'ont rien en commun et dont les partis frères dans l'autre gouvernement devront faire l'opposition ?", demande-t-il.

541 jours pour la formation du gouvernement: plus ou moins ?

Selon les invités de Mise au point, la formation du gouvernement devrait prendre moins de temps que la dernière fois, "ne serait-ce parce que le communautaire est absent de la campagne", estime Frédéric Chardon. "Mais si la N-VA est vraiment incontournable, je crois qu'elle va remettre le communautaire sur la table après les élections", réagit Dave Sinardet.

RTBF

Baudouin Remy avait invité:

  • Liesbeth Van Impe, journaliste " Het Nieuwsblad "
  • Jan Segers, journaliste " Het Laatste Nieuws "
  • Martine Dubuisson, journaliste " Le Soir "
  • Frédéric Chardon, journaliste " La Libre Belgique "
  • Dave Sinardet, politologue à la VUB
  • Régis Dandoy, membre du Département de science politique de l'ULB
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