Laurette Onkelinx: "Les médecins généralistes sont trop peu nombreux, le numerus clausus n'a aucun sens"

Laurette Onkelinx (PS) était ministre de la Santé en 2009 lors de l'épidémie de grippe A(H1N1). Actuellement elle est présidente de l'hôpital Brugmann, à Bruxelles. Comme dans les autres établissements hospitaliers, "le personnel s'adapte progressivement puisque, jour après jour il y a une nouvelle situation: on doit gérer le manque d'équipements de protection individuelle qui produit des psychoses, on doit gérer le manque de personnel, et le nombre de malades. On se dit que cette semaine sera cruciale: on va certainement dépasser le nombre de lits disponibles en soins intensifs, il va falloir s'adapter et créer avec l'aide de la solidarité des autres hôpitaux, mais aussi en réquisitionnant d'autres profils de personnel et en voulant absolument maintenir la même qualité de soins. A Brugmann nous avons bien sûr beaucoup de cas covid-19 confirmés, et d'autres suspectés. L'unité de soins intensifs contient 21 lits (et trois en réserve), hier (dimanche) étaient occupés par des personnes covid-19, dont 16 intubés. Donc au vu de la progression régulière, on se dit que ce sera prochainement dépassé", explique-t-elle, interrogée par la RTBF.


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"Quand la pandémie de H1N1 s'est déclarée, on savait que cela pouvait être très grave et que le virus se propageait très rapidement. Nous avons s'abord mis en œuvre le Commissariat Influenza et nous avons regardé le stock de masques. Il y avait 32 millions de masques chirurgicaux et 6 millions de masques FFP2 et on en a immédiatement recommandé 6 millions". C'est ce stock de masques qui étaient périmés et qui n'ont pas été remplacés. Selon Laurette Onkelinx, "la leçon à tirer de cette crise, que ce soit pour les masques, les blouses, les charlottes ou les gants, c'est qu'il faut avoir des entreprises capables de produire près de chez nous des équipements de protection individuelle. Et il faut absolument en avoir des stocks, non seulement au niveau national mais aussi dans les communes, auprès des médecins, des infirmières à domicile, des aides-soignantes. Ces personnes prennent des risques inconsidérés, donc on va devoir gérer autrement".

Cette histoire de numerus clausus n'a aucun sens

Pour Laurette Onkelinx, "le monde d'après coronavirus ne sera plus le même: il faudra interroger l'Europe sur ce qu'elle fait actuellement dans le cadre de cette crise. On va interroger notre économie : il faut pouvoir relocaliser pour les biens de première nécessité. Il faut travailler avec le terrain: les médecins généralistes sont trop peu nombreux, cette histoire de numerus clausus n'a aucun sens. Il faut vraiment pouvoir compter avec un réseau de médecins généralistes, qui soient nos vigiles sur le terrain, et qui puissent véritablement être en première ligne pour aider".

Concernant la gestion actuelle de la crise par le gouvernement fédéral, Laurette Onkelinx estime qu'on "a bien fait de lancer le confinement. J'aime bien le ton, qui n'est pas guerrier, ni gnan-gnan. C'est un ton ferme, empathique et solidaire. C'est cela dont on a besoin", conclut-elle.