Laurette Onkelinx: deux ans pour remettre le PS sur pied et éviter une guerre de succession

Simon Willocq, politologue au Cevipol à l’ULB
Simon Willocq, politologue au Cevipol à l’ULB - © Tous droits réservés

Départ avec préavis de deux ans pour Laurette Onkelinx qui quittera la politique en 2019. C’est une personnalité de premier plan de la politique belge qui s’efface. Aimée ou détestée, elle a reçu de nombreux messages mercredi soir, certains plus appuyés que d’autres. Mais que cache ce départ? Une lassitude de la politique, un appel d’air vers la nouvelle génération ou la peur d’éventuels échecs lors des scrutins communaux en 2018 et nationaux en 2019? Et quelle influence aura ce départ sur la position d'Elio Di Rupo?

Simon Willocq, politologue au Cevipol à l’ULB table sur un réel retrait de la vie politique. D'ici deux ans, elle devrait avoir brûlé tous ses bateaux, sans espoir de retour. "Je pense que la décision de Laurette Onkelinx est définitive, elle quittera plus que probablement la vie politique en 2019. Elle a précisé: 'au plus tard'. Ce qui indique bien qu’elle est déterminée à partir."

Quitter le navire

Mais pourquoi attendre deux ans? Pour le politologue, elle ne désire pas disparaître tout de suite et continuer à assurer la présidence de la Fédération bruxelloise du PS jusqu’aux prochaines échéances électorales. "Il est difficile, pour elle, de quitter le navire à seulement un an des prochaines élections communales et à seulement 20 mois des prochaines élections fédérales, régionales et européennes. On sait que durant ces derniers mois, la Fédération bruxelloise du Parti socialiste a été mise en grande difficulté à la suite de l’éclatement du scandale du Samu social. On sait également que dans les derniers sondages, le Parti socialiste n’est crédité que de 12 % des intentions de vote, en Région de Bruxelles-Capitale il n’arriverait qu’en quatrième position derrière le MR, DéFI et Écolo".

Toutes ces raisons auraient conduit Laurette Onkelinx à vouloir rester à la barre pour pouvoir organiser les prochaines campagnes électorales et remettre le PS en ordre de marche et surtout éviter d’ouvrir une guerre de succession pendant les prochaines campagnes.

De la pression sur Elio Di Rupo?

Le départ de Laurette Onkelinx accentue la pression sur le président du PS, Elio Di Rupo, notamment avec sa phrase "place aux jeunes". Pour Simon Willocq, la décision de Laurette Onkelinx accentue d’autant cette pression que ce retrait vient s’ajouter à celui de Paul Magnette désormais retiré sur ses terres du pays de Charleroi. "Elle vient aussi s’ajouter à la décision de Willy Demeyer qui a démissionné de la présidence de la Fédération liégeoise du PS et de son mandat de député fédéral pour se focaliser sur le mayorat de Liège. Elle vient encore s’ajouter à la décision prise par Philippe Close qui, lorsqu’il a été désigné nouveau bourgmestre de Bruxelles, a annoncé qu’il quittait ses fonctions de parlementaire bruxellois et de chef de groupe PS au Parlement bruxellois."

Autant de décisions qui contribuent à accentuer la pression sur Elio Di Rupo alors que les principaux cadres du PS s’appliquent le décumul à eux-mêmes et disent vouloir rompre avec les pratiques du passé.

Di Rupo, bientôt cumulard en chef du PS?

"Finalement, analyse le chercheur de l'ULB, parmi toutes ces figures de proue du PS, le seul qui continue à cumuler plusieurs mandats (bourgmestre d’une grande commune, parlementaire fédéral et président de parti), est bien Elio Di Rupo, alors même qu’il est plus âgé que toutes les personnalités que l’on vient de mentionner."

Les politiciens belges pas si vieux que cela

Va-t-on, pour autant assister à un grand renouvellement de la classe politique belge, comme celui qui s’est produit avec le mouvement d’Emmanuel Macron ? Le 'dégagisme' tel qu’on l’a vu s’exprimer en France pourrait alors se traduire dans les urnes lors des prochaines échéances électorales.

Pour Simon Willocq, ce scénario est possible, mais il est difficile à l’évaluer à l’avance. "Tout ce que l’on peut dire, c’est qu’il faut relativiser l’idée selon laquelle la classe politique belge serait particulièrement âgée. Lorsqu’on examine la moyenne d’âge des députés dans les différents parlements de notre pays, on constate qu’elle est moins élevée qu’elle ne l’était en France avant les élections de 2017. On sait également que lors des prochaines élections, il est fort probable qu’un important contingent de députés PTB entre dans les différentes assemblées et, cela induira un changement de politique puisque ces personnes n’avaient jamais été élues jusqu’à présent. Mais il est très difficile de mesurer et d’évaluer dans quelle mesure il y aura un mouvement dégagiste en Belgique."

PTB: le vote protestataire

Pour le politologue, le PTB capte une partie du vote protestataire qu’Écolo pouvait capter jadis. "Cela dit, il est très difficile d’estimer le poids des votes d’adhésion et le poids des votes protestataires dans le vote PTB. Il ne faut pas uniquement interpréter la percée du PTB et le recul des partis traditionnels comme étant le produit du dégagisme, du populisme ou de je ne sais quelle tendance de l’opinion publique."

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