Laurent Minguet: "Le grand éolien c'est le charbon vert wallon "

Pour Laurent Minguet, le photovoltaïque doit être pensé à son niveau micro-économique
Pour Laurent Minguet, le photovoltaïque doit être pensé à son niveau micro-économique - © RTBF

Entrepreneur wallon et fondateur de plusieurs sociétés actives dans les énergies renouvelables, Laurent Minguet donne sa vision énergétique en Wallonie: photovoltaïque, poêles à pellets et grand éolien.

Pour celui qui fut aussi candidat Ecolo en 2003, baisser le prix des certificats verts de 65 à 40 euros serait une décision très lourde: "Une société comme Solinvest perdra 4,5 millions d’euros et devra sans doute mettre la clé sous la porte. Il est important de savoir ce qu’il se passera après le 1er avril ".

Les certificats verts : un mécanisme mal taillé

Pour Laurent Minguet, c’est le mécanisme même des certificats verts  qui, "mal taillé" aurait entraîné une dette de deux milliards d’euros, alors que c’est aujourd’hui qu’il est intéressant d’investir dans le photovoltaïque: "Les économies renouvelables ne sont pas chères. Il faut investir dans ces énergies lorsqu’elles permettent de gagner de l’argent par rapport au gaz ou au pétrole. Et aujourd’hui c’est clairement plus coûteux que d’importer des panneaux photovoltaïques chinois". Pour Laurent Minguet, le photovoltaïque doit être pensé à son niveau micro-économique.

"Le photovoltaïque est bon pour les petits consommateurs. Le Kw/h électrique coûte deux fois moins cher (12 cents le Kw/h au lieu de 22 cents). Mais  l’investissement dans une installation coûte 15 000 euros et beaucoup de familles ne les ont pas". 

L’erreur du gouvernement a été, selon lui, de fournir une aide à production plutôt qu’une aide à l'investissement. Et c’est cela qui aurait créé une dette intenable. La meilleure politique consisterait à donner un coup de main financier aux Wallons qui veulent investir dans le photovoltaïque ou les poêles à pellets: "Chauffer les 800 000 foyers wallons avec des poêles à pellets permettrait d’économiser un demi- milliard d’euros par an ".

Briser la confiance des consommateurs

Modifier les règles du jeux pour les certificats verts crée le risque de briser la confiance dans les énergies renouvelables, craint Laurent Minguet qui reconnaît que certaines familles ont bénéficié d’un effet d’aubaine qui leur a parfois permis de multiplier leur investissement par cinq, ce qui ne serait pas le cas pour tous les ménages: "Si on touche à la garantie d’Etat, il s’agira d’une mesure rétroactive et aucune banquier ne voudra plus financer des projets d’énergie renouvelable. Or, cette énergie est moins chère pour l’investissement, pour la Wallonie et pour l’environnement."

Défendre le grand éolien

Pas de doute pour Laurent Minguet, le gouvernement wallon a raison de favoriser le grand éolien: "C’est excellent, il ne coûte que 1 cent au Kw/h électrique, c’est le charbon vert de la Wallonie. Il faut en accepter les petites nuisances".  A l’inverse, argumente-t-il, lorsqu'Electrabel brûle des pellets dans une centrale, le rendement est très mauvais. Il vaut mieux les brûler dans des chaudières de particuliers.

La Wallonie 100% renouvelable

Laurent Minguet est persuadé que la Wallonie pourrait se chauffer entièrement via de l’énergie renouvelable: "Le soleil fournit à la planète 6000 fois notre consommation, mais il faut capter et distribuer cette énergie. Dans notre Région, ces investissements coûteront des dizaines de milliards, mais c’est de l’investissement. On importe déjà pour 4 milliards d’euros d’énergie par an, il vaudrait mieux l’investir dans autre chose. "

Le gaz de Schiste? Du court terme

Le Gaz de Schiste n’est qu’une solution momentanée, analyste l’entrepreneur: "Si le gaz est sous nos pieds, il ne coûte rien, mais au niveau environnemental. c’est désastreux. Et c’est du court terme, de 10 à 15 ans ".

Jean-Claude Verset

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK