La Wallonie s'apprête à se doter de la possibilité d'interdire l'usage du glyphosate

Le parlement de Wallonie s'apprêtait mercredi à approuver, en soirée, un décret autorisant le gouvernement à interdire l'utilisation de pesticides comme le glyphosate, même sur terrains privés, moyennant toutefois certaines exceptions.

La Wallonie rejoint ainsi la Flandre et Bruxelles qui disposaient déjà de cette possibilité, pour des pesticides contenant des substances actives "présentant un risque pour la protection de l'environnement, pour la santé humaine ou pour la conservation de la nature".

Une tolérance sera instaurée pour l'utilisation de ces produits contre certaines plantes invasives, "dans l'intérêt de la préservation de la nature". Une exception reste aussi possible pour les utilisateurs professionnels - les agriculteurs notamment - s'il n'existe pas d'alternative et s'ils sont parfaitement informés de l'impact visé, a nuancé le ministre de l'Environnement Carlo Di Antonio.

"C'est en effet bien souvent pour les particuliers que l'utilisation du produit phyto-pharmaceutique soulève énormément de questions. Ceux-ci l'utilisent sans précaution d'usage et largement en surdosage", selon le ministre cdH.

Une interdiction de vente - un temps envisagée - n'est quant à elle pas de compétence régionale mais fédérale. En l'absence de volonté fédérale pour ce faire, le décret vise aussi à décourager la vente de pesticides aux particuliers.

L'arrêté d'interdiction de l'usage du glyphosate en Wallonie par des non-professionnels ou pour le compte de ceux-ci est désormais attendu début 2017.

Le glyphosate est la substance herbicide la plus vendue en Europe. Elle est notamment présente dans le célèbre Roundup de Monsanto. Mais son effet sur la santé fait l'objet d'un intense débat, alimenté par plusieurs études scientifiques aux conclusions divergentes. En juin dernier, la Commission a prolongé de 18 mois l'autorisation du glyphosate afin de permettre à l'agence européenne des produits chimiques (ECHA) de mener une nouvelle évaluation de cette substance, soupçonnée d'être cancérigène.

En Wallonie, où le ministre Di Antonio avance le principe de précaution, des mesures visant les distributeurs seront prises pour les charger d'informer les particuliers de l'interdiction d'utilisation ainsi que des risques présentés. Les produits à base de glyphosate ou contenant du glyphosate devront être retirés des étalages des rayons ou mis sous clé derrière une vitrine.

Le ministre se dit partisan d'une Wallonie "zéro phyto". Même si, en commission, il a reconnu qu'une interdiction générale n'était pas envisageable car certaines substances restent utilisables au vu de leur impact mesuré, même en agriculture bio.

Dans l'opposition, Matthieu Daele (Ecolo) a déposé un amendement pour une interdiction de l'ensemble des pesticides pour les particuliers au 1er janvier 2019. Le ministre a rejeté l'idée, la réglementation de l'usage dont dispose la Région devant se traduire "au cas par cas, substance par substance".

Au MR, Philippe Dodrimont a réclamé une assise scientifique solide pour interdire certains produits, ainsi qu'une coordination avec le Fédéral, sans quoi l'interdiction de la seule utilisation risque de ne pas être efficace. Le ministre lui a répondu qu'il n'avait cessé de réclamer cette concertation. Il a ajouté que l'eurodéputée MR Frédérique Ries avait elle-même clairement pris position contre le glyphosate.

Christie Morreale (PS) a apporté son soutien au ministre et rappelé que les néonicotinoïdes étaient les prochaines substances auxquelles s'attaquer. Dans la ligne de mire du ministre se trouve aussi le sulfoxaflor, un insecticide systémique qui agirait sur le système nerveux central des insectes, notamment les abeilles.

 

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