La Wallonie n’est pas en vert sur la carte de l’ECDC, alors qu’elle en a les critères : la faute à Covidsafe ?

La Wallonie n’est pas en vert sur la carte de l’ECDC à cause d’un incroyable imbroglio dans les données. Un paradoxe bien belge : les Wallons vont ainsi devoir continuer à présenter un certificat Covid pour aller en Espagne et en Croatie, à cause des Wallons qui téléchargent Covidsafe.be. Et un peu aussi à cause d’un laboratoire qui n’avait pas transmis ses résultats à Sciensano, et à l’ECDC qui a de drôles façons de calculer. Explications.

C’était attendu : ce jeudi, lors de la mise à jour de la carte de l’ECDC (le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies), la Wallonie devait "passer en vert", c’est-à-dire être reprise dans les pays à très faible risque de contamination par le Covid-19. Une distinction qui est loin d’être uniquement honorifique puisqu’elle change les conditions pour entrer en Espagne ou en Croatie par exemple. Ainsi, les voyageurs en provenance de Flandre, en vert, ne doivent même pas présenter de certificat européen pour entrer dans ces pays, et donc n’ont pas l’obligation d’effectuer de test.

Cette distinction devait être effacée au vu des chiffres wallons, et de la classification retenue par l’ECDC. Mais stupeur lors de la mise à jour vers 13h30 : non seulement la Wallonie et Bruxelles restaient en orange, mais la Flandre quittait le vert pour repasser à l’orange aussi, comme toute la France !

Une coloration qui ne correspondait absolument pas aux données recueillies dans les pays… Et aux propres données de l’ECDC, téléchargeables sur son site. La carte était même tweetée par le Conseil de l’Europe… Avant un rétropédalage de l’ECDC, qui a supprimé sa mise à jour et avoué des "erreurs de traitement".

Vers 15 heures, l’ECDC republiait une carte actualisée, avec des couleurs qui respectaient cette fois son jeu de données. La Flandre repassait ainsi bien en vert, comme la France… Mais toujours pas Bruxelles ou la Wallonie.

Ce n’était pas une surprise pour Bruxelles, dont l’incidence reste légèrement au-dessus de 75, alors qu’il faut impérativement passer sous ce seuil pour verdir. Mais selon les chiffres de Sciensano, la Wallonie était à une incidence de 42, et un taux de positivité de 1% ! Or, les critères pour être en vert sont :

- une incidence de moins de 50 cas/100.000 habitants sur 14 jours et un taux de positivité de moins de 4%

OU

- une incidence de moins de 74 cas/100.000 habitants sur 14 jours et un taux de positivité de moins de 1%

Le hic, c’est que les chiffres de l’ECDC en ce qui concerne la Wallonie étaient très différents : ils reprenaient pour la Wallonie une incidence de 78,96 et un taux de positivité de 2,4%. Comment expliquer une telle différence ? Dans la façon pour l’ECDC de faire ses calculs. Explication :

  • Pour le taux d’incidence, on divise en principe le nombre de cas enregistrés sur deux semaines par le nombre d’habitants. Dans ses données, Sciensano reprend ainsi le nombre total de cas enregistrés, mais aussi la date de diagnostic, ce qui permet de calculer le nombre de cas enregistrés sur un jour précis, ou sur une période donnée. Pour calculer l’incidence, Sciensano additionne donc le nombre de cas attribués à chacun des 14 jours de la période visée, puis divise. Mais ce n’est pas ce que fait l’ECDC, qui ne regardera pas la date du test et réalise ses calculs simplement sur le nombre de nouvelles contaminations introduites dans la base de données belge. Quelle différence cela fait-il ? C’est que les cas ajoutés au jour J datent parfois de bien avant. Or, de nombreux cas wallons ont été rajoutés ces derniers jours. Pourquoi ? A cause de Covidsafe.be, du certificat européen et d’un labo wallon. Une façon de l’obtenir est en effet de prouver que l’on a été contaminé et guéri dans les 6 derniers mois. Mais un certain nombre de Wallons dans ce cas ont eu la mauvaise surprise de voir que ça n’apparaissait pas dans leur application. Renseignement pris, le labo n’avait pas transmis tous les résultats à Sciensano. De nombreux cas datant de plusieurs mois ont ainsi été rajoutés au total wallon ces derniers jours. Mais ça ne correspond donc aucunement à des contaminations actuelles, ce que l’ECDC veut pourtant mesurer dans sa carte ! Objectif raté, donc.
  • Pour le taux de positivité, il y a deux différences. Sciensano fait un ratio entre le nombre de tests positifs, et le nombre total de tests effectués. L’ECDC fait un ratio entre le nombre de tests effectués… Et le nombre de cas ajoutés durant la période. Ce qui n’est déjà pas la même chose car un même "cas" Sciensano peut (et doit même) être testé plusieurs fois. Mais surtout ce ne sont à nouveau pas les cas détectés, mais ajoutés. Avec donc le même problème que ci-dessus : alors que 1595 cas ont été comptabilisés pour la Wallonie entre le 12 et le 26 juin, l’ECDC utilise le chiffre de 2890, différence entre le nombre total de cas à ces deux dates. Il calcule donc un taux sur des résultats de tests effectués bien avant les tests dont le nombre est pris en compte…

Cela pourrait apparaître pour des coquetteries de statisticien, sauf que ça a une influence importante sur toutes les familles qui partent en vacances, et qui ne parviennent pas à trouver un rendez-vous dans des centres de tests surchargés. Or, on le répète, ça ne reflète pas la réalité de la circulation du virus dans notre pays.


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Une situation que connaît bien et que regrette Sciensano : "Malheureusement, ce n’est pas une surprise pour nous. Nous avons souvent ces discussions avec l’ECDC, Eurostat, l’OMS, l’OCDE", notait Brecht Devleesschauwer l’un des statisticiens de l’Institut dès la semaine dernière.
 

Selon lui, il y a bien des contacts avec les organes centraux, mais c’est un autre service qui s’occupe de la mise à jour des cartes, et va piocher directement dans l'"open data" de Sciensano, et applique sa propre méthodologie.

L’Institut de Santé Publique est allé un pas plus loin cette fois : "Nous les avons contactés pour dire que leurs calculs ne sont pas justes, et nous leur avons demandé de corriger ça, mais on attend leur réponse…".

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