La Wallonie est-elle la nouvelle colonie belge ?

La raison de la dispute, vous la connaissez. Une note de 750 millions d'euros envoyée par le gouvernement fédéral aux Régions pour le budget 2015. Selon les derniers chiffres du Conseil supérieur des Finances, les recettes fiscales doivent être calculées sur la base de l'année 2013 et non de 2012. Conséquence: les recettes fiscales des Régions sont beaucoup plus basses qu'annoncé dans un premier temps. 

C'est la raison pour laquelle les trois Régions étaient fort mécontentes, lorsque leurs ministres-présidents sont arrivés au Lambermont, mercredi dernier. Mais pourquoi l'incident s'est-il focalisé sur Magnette et Michel ?

Le fédéral reste le patron

Les raisons sont de nature politique, psychologie et émotionnelle. Le PS n'a pas encore accepté le fait de ne plus être au pouvoir. Il a participé à la mise en place de la 6e réforme de l'Etat, y compris la loi de financement. Mais voici qu'arrivent l'addition et la mauvaise surprise: le gouvernement fédéral reste bien le patron. C'est lui qui fait les comptes, qui dresse les montants à rétrocéder aux Régions. Il se base pour cela sur les chiffres de grandes institutions comme le Bureau fédéral du Plan et le Comité de monitoring. 

Sentiment de supériorité

La deuxième raison relève plus de la psychologie. Depuis la 6e réforme de l'Etat, les Belges sont censés vivre dans un Etat fédéral à maturité. Mais dans les faits, c'est bien différent. 

La concertation entre les Régions et le gouvernement fédéral n'est pas une rencontre d'égal à égal. Elle a toujours lieu à Bruxelles, au Lambermont. Ce sont les entités fédérées qui sont reçues par le gouvernement fédéral. Elles ont donc - et en particulier Paul Magnette - le sentiment que le gouvernement fédéral les aborde avec un sentiment de supériorité. 

Paul Magnette l'a même décrit au journal Le Soir : "Le comité de concertation, c'est le ministre des Colonies qui reçoit les Dom Tom"

Qui défend les intérêts francophones ?

La bataille entre le MR et le PS est aussi un combat pour la place de meilleur défenseur des Francophones. Le MR, comme seul parti francophone de la coalition fédérale, a du mal à se départir de sa réputation d' "ombre de la N-VA". Le PS, au pouvoir pendant 25 ans, a des difficultés à cacher sa frustration. De telle sorte qu'aucun des deux partis ne semble pouvoir défendre l'intérêt général des francophones. Si le PS et le MR ne s'érigent pas au-dessus de la mêlée, les partis qui crient "que la Belgique disparaisse !" gagneront en crédibilité. Ainsi, la N-VA, parti démocratique, pourra à nouveau plaider pour le confédéralisme, car "ce pays ne fonctionne pas". 

J. Montay

Cet article a été rédigé en néerlandais pour la VRT. La version originale est à lire sur deredactie.be

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