La Wallonie (di)gère progressivement ses nouvelles compétences

Le Service public de Wallonie, une administration en pleine croissance
Le Service public de Wallonie, une administration en pleine croissance - © SISKA GREMMELPREZ - BELGA

Entre discours officiels et lampées de peket, la période d’autocélébration des Fêtes de Wallonie est aussi l’occasion de faire le point sur les transferts de compétences, dans le cadre de la 6e réforme de l’État. Un processus en plusieurs étapes, avec une montée en puissance progressive.

Quelques chiffres pour planter le décor, rafraîchir les mémoires et comprendre l’ampleur de la tâche: pour la Wallonie, ce "basculement du centre de gravité" de l’État fédéral vers les entités fédérées représente environ 6,2 milliards d’euros complémentaires à gérer, plus de 70 nouvelles matières à assimiler, près de 1200 travailleurs à intégrer, de nouvelles structures publiques à créer. Colossal.

Quatre grandes étapes

Impossible de tout avaler en une fois. Ce menu copieux a donc été échelonné:

  • 1e juillet 2014 A cette date, les Communautés et Régions deviennent officiellement compétentes pour l’ensemble des matières visées par la dernière réforme de l’Etat, mais dans les faits le Fédéral continue à les gérer pour leur compte. Belgique, quand tu nous tiens…
  • 1e janvier 2015 De très nombreuses nouvelles compétences basculent réellement au sein de l'administration régionale, en matière d’économie, de mobilité, d’emploi, de santé, d’environnement, d’agriculture, de logement, d’énergie… La liste est longue. La Wallonie détient désormais de nouveaux leviers qui complètent son arsenal, et des moyens humains et financiers qui les accompagnent.
  • Du 1e janvier 2016 au 31 décembre 2018 Arrivée programmée de nouveaux gros paquets dans les politiques de l’emploi (vers le Forem surtout) et de la santé (vers un nouvel organisme d’intérêt public encore à créer).
  • 31 décembre 2019 au plus tard last but not least, la Wallonie gère les allocations familiales.

Travail en coulisses

Les transferts de compétences sont donc vraiment une réalité depuis cette année, et les neuf derniers mois ont surtout été mis à profit pour intégrer les matières et le personnel sans trop de heurts, hormis une administration fiscale régionale pas encore au top, en tout cas pas à la hauteur des enjeux en cette période de disette budgétaire.

Davantage de gestion administrative et de tuyauterie peu perceptible par le citoyen que d’actions politiques à ce stade, hormis quelques décisions gouvernementales relatives aux nouvelles attributions. C’est le cas notamment en matière de calamités publiques ou de bien-être animal.

"Notre objectif prioritaire était d’éviter toute rupture dans la continuité des services à la population", explique Sylvie Marique, la nouvelle secrétaire générale du Service public de Wallonie (SPW). "Il fallait accueillir les compétences et nos nouveaux collègues, adapter parfois notre organisation, notre système informatique, notre cadre juridique, et même créer une culture de travail commune. C’était un énorme chantier, et jusqu’ici il n’y a pas vraiment eu de couacs".

Un exemple: les compétences "voiture"

Les nouveaux "fonctionnaires wallons" venus de l’administration fédérale confirment en tout cas que de l’huile a bien été mise dans les rouages.

"Entre administrations, le fonctionnement est évidemment différent sous certains aspects. Mais notre accueil s’est très bien déroulé et je n’ai rencontré strictement aucun problème, au contraire", assure André Tourneur, responsable de la nouvelle cellule du SPW en charge des écoles de conduite automobile et des centres d’examen.

"C’est vrai que tout était prêt pour notre arrivée et notre intégration. La transition était bien organisée. Et nous sommes aujourd’hui parfaitement opérationnels", ajoute Dominique Corbaye, responsable du service d’homologation des radars routiers ou des systèmes de pesage de camions, maintenant du ressort régional.

La Wallonie est aussi maintenant responsable de la sensibilisation des automobilistes. La plupart des panneaux le long des routes du sud du pays étaient placés par l’IBSR (Institut belge pour la sécurité routière), ils le sont désormais par la nouvelle AWSR (Agence wallonne aux attributions semblables). "Nous avons mis cette structure en place en partant de rien", précise Patric Derweduwen, administrateur délégué de l’AWSR, installé dans les locaux de cet outil régional tout neuf. "Mais ici aussi, nous avons tout mis en œuvre pour assurer la continuité. Nous pouvons heureusement nous baser sur l’expérience parfois longue de certains collaborateurs dans le secteur, notamment à l’IBSR".

Pour l’"automobile" (comme dans d’autres domaines), la Wallonie assimile progressivement ses nouvelles compétences. Mais dans cette matière (comme dans d’autres donc), le gouvernement régional dispose encore d’une énorme marge de manœuvre. Dès aujourd’hui, il pourrait par exemple décider de limiter la vitesse en agglomération à 30 km/h, ou la pousser à 70 km/h. La 6e réforme de l’État lui a accordé ce genre de prérogative…

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