La taxe soda n'est pas dans les cartons de Maggie De Block

A priori, le timing serait bien choisi. Aujourd'hui, les premiers résultats du volet belge de l'étude NutriNet Santé sont dévoilés. 5000 Belges ont été consultés sur Internet et les résultats montrent que leur assiette n'est pas très équilibrée. Les Belges mangent encore trop peu de fruits, de produits laitiers et de fibres.

Par ailleurs, on sait que le gouvernement fédéral doit faire des économies et trouver de nouvelles sources de revenus dans le cadre de son tax shift, son virage fiscal. Théoriquement, une taxe sur les soda ou plus globalement sur la malbouffe permettrait donc de rapporter de l'argent aux pouvoirs publics. Et théoriquement toujours, elle pourrait aboutir à une diminution de la consommation de soda par la population belge.

Une taxe qui ne sert à rien ?

Sauf que dans les faits, la taxe soda est loin de faire l'unanimité. "Ce n'est pas une taxe qui va détourner les gens des choses qui leur plaisent. Le cerveau qui est gourmand, qui donne envie de boire un soda, est un cerveau primitif et non pas un cerveau malin. Donc si on augmente les sodas de quelques cents ou euros, le cerveau gourmand aura toujours envie d'en boire", explique le docteur Patrick Van Alphen, médecin-nutritionniste à la Clinique du Poids idéal du CHU Saint-Pierre.

Selon lui, cette taxe ne résoudra pas le problème de l'obésité. Mieux vaut se concentrer sur la prévention, par exemple en offrant un repas sain aux écoliers ou en offrant aux Belges des modèles qui mangent sain et font du sport. "Plutôt que de s'attaquer aux plaisirs des gens, donnons leur des incitants."

Une taxe qui touche les plus modestes ?

Récemment, la mutualité Solidaris présentait ses recommandations pour une alimentation de qualité. "Pour nous, une taxe sur la malbouffe a un sens mais uniquement si elle est compensée par une baisse de la TVA sur les produits sains, les fruits et légumes", explique Claire Huysegoms, porte-parole de Solidaris. Sinon, la taxe soda risquerait de ne toucher que les Belges les plus modestes sans leur offrir d'alternative en terme d'alimentation saine.

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La taxe soda n'est pas dans les cartons de Maggie De Block © JOEL SAGET - AFP

Et à l'étranger ?

Plusieurs pays ont déjà mis en place une taxation supplémentaire sur les produits gras.
 

  • En France, la taxe soda est de 2 centimes sur les cannettes et de 20 centimes sur les bouteilles d'un litre et demi. L'Etat français semble satisfait et remarquerait une légère baisse de la consommation.
  • Par contre, au Danemark, la fat-tax (taxe sur les produits contenant trop de graisses saturées) n'a pas fait long feu. Instaurée en 2011, elle a été abandonnée en 2012 avec cette confidence du ministre de l'agriculture et de la pêche danois : "La fat-tax est l'un des impôts les plus nuisibles que nous ayons mis en place depuis très longtemps." Elle aurait fait souffrir les producteurs et distributeurs de produits alimentaires, minés notamment par les lourdeurs administratives, sans parvenir à changer la courbe de l'obésité.

"Au Danemark, ils n'ont pas accompagné la taxe de pédagogie et d'explications, les Danois ont reçu cette mesure comme quelque chose de contraignant et n'ont pas vu les produits sains devenir plus accessibles. Résultat : ils sont allés chercher leur malbouffe dans les pays voisins. Ce n'est pas du tout ce que l'on propose", indique Claire Huysegoms, porte-parole de la mutualité Solidaris.

Une taxe enterrée en Belgique ?

Laurette Onkelinx (PS), précédente ministre de la Santé, avait déjà étudié la possibilité d'une taxe soda avant d'abandonner la piste. Aujourd'hui, Maggie De Block (OpenVLD) n'est pas du tout convaincue de l'efficacité d'une telle taxe. Une réflexion sur la présence de sucre dans nos aliments est par contre en cours au SPF Santé publique. Mais le cabinet de la ministre rappelle que la prévention des maladies est du ressort des entités fédérées. Et pour beaucoup d'acteurs, c'est là qu'est la priorité. "Il faut agir vite car on estime qu'il faut trois générations avant de redresser la barre en matière de comportements alimentaires. Si on ne fait rien maintenant, ce sont trois générations qui en pâtiront", estime le docteur Patrick Van Alphen.

F. Collienne

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