La taxe kilométrique fait du surplace

C’était au temps où Bruxelles brusselait. L’époque où pour régler les problèmes de circulation, il suffisait, tout simplement, de donner plus de place à la voiture. 60 ans plus tard, Bruxelles étouffe dans ses embouteillages. 60 ans plus tard, la Belgique est devenue un Etat fédéral. Alors, 60 ans plus tard, Bruxelles veut se prendre en main. Et pour ce faire, la taxe kilométrique intelligente, ou "Smart Move", a été présentée en décembre 2020. Son objectif : changer la philosophie de la fiscalité automobile. Ne plus taxer le fait de disposer d’une voiture, mais bien son utilisation. Le prix dépend de la puissance de la voiture, de l’heure du déplacement : c’est cher en heures de pointe, c’est gratuit le soir ou le week-end.

Cette volonté bruxelloise, portée par la ministre Groen Elke Van Den Brandt, a été très mal accueillie en Wallonie, même par les écologistes. Et à peine moins fraîchement par la Flandre, qui pourtant n’était pas passée loin d’adopter un projet similaire il y a quelques années.

Depuis fin décembre, une concertation a débuté entre Bruxelles et ses partenaires. Le dossier doit revenir sur la table d’un comité de concertation avant la fin mars. Un rapport est en cours de rédaction, qui fait la synthèse des résultats des 4 groupes de travail (mobilité, emploi, environnement, fiscalité). Il nous revient que si l’ambiance de travail a été cordiale, le GT fiscalité n’a pas vraiment délivré de résultat : "ça tourne en rond" nous dit-on.

Outre les difficultés avec les Régions, la taxe ne suscite pas le plus débordant des enthousiasmes au sein du parti socialiste bruxellois, en raison du coût financier plus important que pourrait représenter cette taxe. Mathieu Strale, géographe de l’ULB, nous l’explique dans ce podcast : la réduction de la mobilité n’est pas neutre d’un point de vue social, alors qu’elle doit profiter, avant tout, aux habitants les plus modestes de la capitale.

On rajoutera enfin l’immense défi technique que représente la mise en place de cette taxe kilométrique. Au final, entre difficultés politique, social, ou technique, le chemin vers la mise en place de la taxe kilométrique est semé d’embûches. Celle-ci va continuer de faire du surplace. A moins d’une immense surprise, non, la taxe kilométrique ne verra pas le jour d’ici 2024.

PS : Ce débat provoquant régulièrement beaucoup d’émotions, nous préciserons que les deux auteurs de ce podcast habitent Bruxelles, sont chacun propriétaires d’une voiture, disposent tous les deux d’un abonnement aux transports en commun et roulent à vélo (pliable pour l’un, électrique pour l’autre).

Et parce que cette thématique est complexe, voici les 26 minutes d'interview intégrale avec Mathieu Strale, géographe à l'ULB

Un nouveau podcast

Vous raconter la politique belge à "l’ère" de la Vivaldi, c’est l’ambition et l’objectif du podcast "Les Quatre Saisons". Chaque semaine, hors congés scolaires, nous nous attacherons à déchiffrer la partition jouée par nos responsables politiques, tous niveaux de pouvoir confondus. Nous serons dans l’actu la plus chaude, comme l’épisode de cette semaine, mais aussi dans des dossiers plus intemporels. Avec toujours la même ambition : décoder la mélodie, traquer les désaccords des symphonies politiques belges.

Chaque épisode est composé de deux parties :

  • Un récit sonore d’une grande richesse, entre déclarations fortes, gimmicks, extraits de film, le tout habillé par "Les Quatre Saisons" d’Antonio Vivaldi, rejouée Jérémy Bocquet, responsable de la création sonore
  • Une partie "talk" éditorialisée où nous prendrons le temps de l’analyse des partitions politiques

Les épisodes ne dépassent pas les 15 minutes.

"Les Quatre Saisons", un podcast de la rédaction belge dirigée par Laurence Brecx, sur une idée de Thomas Gadisseux, Baptiste Hupin et Himad Messoudi. Création sonore : Jérémy Bocquet. Production : Hugues Lanneau.

Comment vous abonner au podcast "Les Quatre Saisons" ? On vous explique tout ici.

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