"La souffrance des mineurs en fin de vie mérite toute notre humanité"

Christine Defraigne
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Christine Defraigne - © Archive RTBF

Un accord est trouvé au Sénat sur un texte élargissant la loi sur l'euthanasie aux mineurs. Ce texte pourrait être voté par une majorité alternative à celle de la coalition gouvernementale. Mais cela ne met pas en péril le gouvernement Di Rupo, explique la sénatrice MR Christine Defraigne à la RTBF.

Un compromis a été trouvé mardi en commission du Sénat au sujet de l’élargissement de l’euthanasie aux mineurs. Il s’agit d’un accord entre socialistes, libéraux et la N-VA, soit une majorité alternative de celle du gouvernement fédéral, puisque ni le cdH, ni le CD&V ne devraient approuver le texte proposé. Interrogée par Bertrand Henne, la sénatrice MR Christine Defraigne rappelle que "sur les questions éthiques, ce n’est pas une question de particratie, mais une question de philosophie personnelle, de l’idée que chacun peut avoir de la fin de vie". Il n’y a pas de consigne de vote au MR, indique-t-elle.

L’hypothèse d’une majorité alternative ne constitue pas un danger pour la cohésion gouvernementale, selon Christine Defraigne: "Il ne serait vraiment pas approprié d’en faire une sorte de chantage affectif gouvernemental. J’espère que des gens du CD&V nous rejoindront. Il pourrait y avoir des nuances au sein d’un groupe". "La souffrance des mineurs qui sont en fin de vie mérite toute notre attention et toute notre humanité. J’espère que le texte passera" ajoute-t-elle.

Souffrance psychique

Selon le texte qui pourrait être voté la semaine prochaine en commission au Sénat, "les conditions de base pour demander une euthanasie sont celles de la loi de 2002 : il faut faire état d’une souffrance physique intolérable, inapaisable, et dans le cadre d’un mal qui n’a pas d’issue. Ce qui a été modifié, c’est la question de la souffrance psychique : nous avons décidé de nous ‘limiter’ à la souffrance physique intolérable parce que nous pensons que dans le cadre de mineurs dotés de la capacité de discernement, il faut évacuer les questions qui tiennent par exemple à la dépression de l’adolescent. On a affaire à des mineurs, pas à des adultes ; je trouve que c’est de bonne tenue législative d’avoir des conditions plus restrictives" explique encore Christine Defraigne.

L'aval des parents sera aussi indispensable, "parce qu’il n’y aura jamais aucun médecin qui pratiquera une euthanasie sur un enfant si un de ses représentants légaux dit ’non’. Ce qui ne signifie pas que les parents portent le poids de la responsabilité. Je rappelle que cette loi s’inscrit comme la loi de 2002 dans une restauration de la liberté de parole entre le médecin et le patient, dans un dialogue permanent avec le médecin, l’équipe médicale, les psychologues. Et j’ajoute que ce ne sont pas les parents qui prennent la responsabilité puisque la demande émane du mineur dont on apprécie la capacité de discernement. Et il y a un élément sur lequel j’ai beaucoup insisté dans le texte, c’est l’accompagnement psychologique des parents avant, pendant et bien sûr après. Parce qu’il ne faut pas leur faire porter la responsabilité" dit aussi la sénatrice.

Mais "l’euthanasie reste punissable si l’on ne respecte pas les conditions strictement limitées et énoncées dans la loi de 2002" rappelle pour conclure Christine Defraigne : "On a 11 ans de recul par rapport à cette loi et cette question de l’euthanasie des mineurs, c’est une réalité. Il y a des médecins qui y sont confrontés tous les jours. Je pense qu’il faut répondre à cette souffrance terrible des enfants".

A.L. avec B. Henne

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