Sécurité nucléaire: "On a dû hausser le ton avec Electrabel", admet Jan Bens

La sécurité nucléaire est à nouveau au cœur des débats ce mardi en Commission à la Chambre. Cette antienne, dont le quatuor Marghem-AFCN-Electrabel-Engie ne parvient pas à écrire la note finale, est repartie crescendo ces derniers jours.

Samedi d'abord, avec la publication de deux courriers envoyé par le patron de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN), Jan Bens, aux CEO d'Electrabel et d'Engie, pointant notamment la "désinvolture" du fournisseur d'électricité en matière de sécurité. Et ce mardi, c'est un rapport de la même agence de contrôle qui venait pointer la vulnérabilité des centrales nucléaires en matière informatique en raison de leurs connexions avec l'extérieur, mais aussi l'absence d'expert en cybercriminalité au sein de l'AFCN elle-même.

6 mois de sursis pour obtenir l'agrément de sécurité des centrales

En sous-Commission de Sécurité nucléaire ce mardi, on apprend qu'Electrabel a reçu un sursis de 6 mois pour obtenir l'agrément de l'AFCN concernant la sécurité de ses centrales nucléaires. L'agence souhaite recevoir davantage de garanties dans différents domaines.

Jan Bens reconnaît que la procédure est longue, mais cela n'a rien d'anormal, assure-t-il. "Il y a un très grand malentendu : ce n'est pas un agrément qui a été refusé ou qui a été retardé, mais c'est une loi de 2011 qui a imposé certaines mesures de protection physique des installations nucléaires, avec un plan d'étapes pour les mettre en œuvre."

"Le 1er novembre de cette année-ci, il y avait une étape à franchir, mais on a constaté que ce n'était pas tout à fait ficelé. Il faut encore du temps pour que nous puissions donner l'agrément. Les modifications physiques sur les sites – les cloisons, des gardes supplémentaires... –, tout ce système-là n'est pas encore fini, donc nous ne pouvons pas donner notre agrément là-dessus."

Une "approche graduelle" où l'AFCN "hausse le ton"

Dans les lettres révélées samedi, Jan Bens pointait pourtant des "résultats effrayants" d'une étude sur la sécurité des centrales et laisse entendre que le fournisseur d'électricité et gestionnaire des centrales nucléaires du pays semble bien s'asseoir sur cette question. "Electrabel semble peu concerné par cette question", écrivait-il plus diplomatiquement.

Des "résultats pour le moins alarmants" – les études révèlent des probabilités de fusion de cœur – et "la grande désinvolture" d'Electrabel inquiètent et agacent le patron du contrôleur nucléaire belge.

La situation Tihange est particulièrement préoccupante et démontre "l'incapacité, depuis maintenant un peu plus d'un an, d'Electrabel à réagir structurellement, rapidement et efficacement pour augmenter de manière significative le niveau de sûreté", expliquait encore Jan Bens dans ces lettres.

"Dans la sécurité, nous avons pris l'approche graduelle : quand on constate un défaut, on adresse un courrier, et si la réaction n'est pas bonne, on hausse le ton envers les destinataires, a simplement répondu Jan Bens ce mardi. Et dans le cas de la sécurité du côté d'Electrabel, on a dû hausser le ton jusqu'au conseil d'administration d'Electrabel."

Electrabel, conforme en termes de cybersécurité ?

Quant au rapport publié ce mardi matin, il contredisait le beau tableau dépeint par les ministres de l'Intérieur, Jan Jambon (N-VA), et de l'Énergie, Marie-Christine Marghem (MR). Ils avaient tout d'abord assuré que les centrales nucléaires n'étaient aucunement connectées à internet, et qu'elles n'étaient dès lors pas exposées à d'éventuelles attaques informatiques. Faux, dit le gendarme du nucléaire belge dans ce document.

Jan Jambon avait également indiqué à la Chambre que l'AFCN disposait de "plusieurs agents compétents en matière de cybercriminalité" depuis 2010. Et, cela aussi, l'agence le nie elle-même dans ce rapport.

Ce mardi en sous-Commission sur la Sécurité nucléaire, ce domaine a été largement abordé, et l'AFCN a finalement assuré qu'elle estimait Electrabel conforme en matière de cybersécurité.

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