"La sécurité est une valeur importante qui ne peut pas tout justifier "

Alexis Deswaef : "La sécurité est une valeur importante qui ne peut pas tout justifier "
Alexis Deswaef : "La sécurité est une valeur importante qui ne peut pas tout justifier " - © RTBF

Le président de la Ligue des Droits de l'Homme, invité de Matin Première ce lundi, se dit totalement opposé à l'idée de prélever l'ADN des nourrissons pour lutter contre la criminalité. Alexis Deswaef parle d'"un problème de proportionnalité" et estime que le procureur général d'Anvers ferait mieux de faire son travail plutôt que de faire de la politique.

"Une banque de données ADN c'est aussi la boite de Pandore", estime l'avocat pour qui "la technologie ne peut pas tout justifier car l'étape d'après on peut implanter une puce à tous les nouveaux-nés, on peut mettre un bracelet électronique pour suivre tout le monde". Et cela pourrait aller plus loin, dit-il, en faisant "des recherches en disant que votre grand-père ou votre arrière-grand-père était un criminel, on va vous surveiller davantage depuis la naissance parce qu'il y a peut-être un comportement criminel". Et d'ajouter : "Monsieur Sarkozy, à l'époque où il était président, avait dit qu'il fallait surveiller les enfants depuis la maternelle parce qu'il pouvait y avoir un comportement potentiellement criminel".

Autrement dit, "c'est une généralisation où finalement il y a un problème de proportionnalité, tout le monde est concerné".

Le risque d'erreurs

Alexis Deswaef souligne également un risque très important d'erreurs quand on gère une banque de données aussi importante que celle-là. Selon lui, des professeurs d'université, experts d'ADN, disent qu'il y a un risque de mélange et d'échange à la naissance.

Et puis, dit-il, "si dans la pratique on se dit que c'est peut-être pas une mauvaise idée, j'aimerais bien voir la tête de la maman à la maternité qui voit la police débarquer pour relever l'ADN de son enfant qui plus tard sera peut-être un criminel avec le risque aussi de voir le père demander que l'on vérifie en même temps s'il est bien le père de l'enfant".

"C'est une société où on n'arrête pas de parler du vivre ensemble et où finalement la sécurité et le sécuritaire prennent le dessus sur les libertés individuelles et c'est cela que nous dénonçons à la Ligue des Droits de l'Homme",dit-il.

Le procureur général d'Anvers "n'en est pas à son coup d'essai"

Le président de la Ligue des Droits de l'Homme parle d'"une provocation" de la part d'Yves Liégeois, le procureur général d'Anvers.

Selon lui, "il y a une intention politique derrière cela", "son mandat se termine au mois d'avril".

De plus, poursuit-il, cette idée n'est pas neuve, "c'est dans le programme du Vlaams Belang et je ne serais pas étonné qu'on la retrouve dans le programme de la N-VA".

Mais l'homme "n'en est pas à son coup d’essai", ajoute-t-il. "Il faut connaître le pedigree de Mr Liégeois, je crois qu'il rêve et qu'il fantasme d'un état policier alors que nous sommes en démocratie où la liberté individuelle est importante". "C'est lui qui appelait déjà à la délation entre voisins quand on voit une belle voiture garée devant la maison".

"Il ferait mieux de faire son travail comme procureur", conclut-il, "et finalement la question qu'il faut se poser derrière tout cela est : dans quelle société veut-on vivre ? Une société basée sur la méfiance où tout le monde devient suspect potentiel, où tout le monde est potentiellement criminel, et c'est finalement vers ça que l'on va se diriger alors que la sécurité qui est évidemment une valeur importante ne peut pas tout justifier et notamment au détriment de la liberté individuelle".

Maggie De Block ferait mieux de "s'occuper du problème des gens"

Autre dossier abordé, celui du statut des réfugiés afghans, récemment expulsés du Couvent de Gesù à Bruxelles. Selon Alexis Deswaef, "c'est le blocage total" avec le gouvernement "alors que le Haut Commissariat aux Réfugiés dit que la situation en Afghanistan s'est dégradée, qu'un retour n'est pas possible, que la situation s'est dégradée sur place. Mme De Block et le gouvernement ne veulent rien entendre".

"Ce sont des personnes qu'on ne peut pas renvoyer et à la fois, qui sont ici sans statut. Donc nous demandons un moratoire sur l'expulsion vers l'Afghanistan et que les familles avec enfants qui vont parfois depuis de longues années à l'école, qui sont bien intégrées, puissent être régularisées, qu'elles puissent avoir un titre de séjour", poursuit-il.

Selon le président de la Ligue des Droits de l'Homme, "le gouvernement devrait donner une réponse humaine à un vrai problème", ce qui n'est pas du tout le cas pour l'instant et de donner en exemple la manière dont la police réprime leurs manifestations. Elles sont "durement réprimées", dit-il, "la police fait mal pour faire mal, c'est très regrettable".

"Maggie De Block bloque tout en vue des élections parce qu'elle pense que la fermeté va payer", ajoute-t-il encore. "Elle dit toujours 'je suis ferme et humaine'. Or, sur le terrain, il n'y a que de la fermeté". Pour lui, "le gouvernement devrait prendre le relais".

Et de poursuivre : "On dit toujours qu'on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais il faut continuer la phrase et un pays comme le nôtre doit pouvoir accueillir fidèlement sa part et la Belgique ne fait ni plus ni moins".

Alexis Deswaef rappelle aussi que Maggie De Block "a rendu 90 millions d'euros fin décembre sur son budget, non pas asile, mais lutte contre la pauvreté alors qu'elle n'a rien éradiqué du tout. Ce n'est pas ça faire de la politique, il faut s'occuper du problème des gens et pour l'instant tout ce qu'elle fait a un côté démagogique, populiste".

 

C. Biourge

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