La santé financière des hôpitaux belges préoccupante avant l'épidémie de Coronavirus

Alors que la deuxième vague de l’épidémie de coronavirus déferle dans notre pays et que les hôpitaux sont débordés, le personnel soignant lui continue son travail sans relâche pour soigner, sauver un maximum de patients atteints du coronavirus. Mais un autre problème se pose, celui des finances. Le rappel des chiffres clés de 2018 présentés à la conférence de presse Belfius démontre que 20% des hôpitaux génèrent un cash-flow insuffisant pour faire face au remboursement de leurs dettes. Pratiquement, un hôpital sur trois était déficitaire en 2018.

Cette fragilité financière empêche les hôpitaux de faire face aux conséquences budgétaires de la Covid-19

La situation du secteur hospitalier était déjà préoccupante. Et ce bien avant la pandémie. L’analyse approfondie des comptes annuels 2019 des hôpitaux belges le montre à nouveau : leur santé financière est précaire, en dépit d’une très légère amélioration par rapport aux années précédentes.

L’an dernier, les hôpitaux généraux ont enregistré une légère amélioration de leurs résultats financiers. Sur un chiffre d’affaires total de 16,1 milliards d’euros, ils ont réalisé un résultat courant de 76,7 millions d’euros, soit 0,48% de leur chiffre d’affaires. Un bénéfice très maigre qui ne pourrait pas compenser une perturbation mineure. Alors qu’en est-il d’une crise majeur comme le coronavirus ?

Sur 87 hôpitaux généraux étudiés, 30 sont déficitaires

Sur ces 87 hôpitaux, 17 seulement ont un résultat courant de plus de 2% du chiffre d’affaires, niveau qui est considéré comme un critère de santé financière.

On remarque également que l’endettement augmente à 7,52 milliards en 2019, une hausse de 3% (+219 millions d’euros). Dans ce contexte, il est absolument nécessaire que les hôpitaux génèrent suffisamment de cash-flows pour pouvoir rembourser ces dettes.

En 2019, 16 hôpitaux n’ont pas assez de cash-flows pour rembourser la dette qui arrive à échéance au cours de l’exercice. L’un d’entre eux a même un cash-flow négatif. Ceci reste donc assez stable : en 2018, 18 hôpitaux avaient trop peu de cash-flows, dont 2 un cash-flow négatif.


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Même si de manière générale, les bilans financiers des hôpitaux peuvent être qualifiés de sains, avec des fonds propres, hors subsides d’investissement, de 23,6% et que le chiffre d’affaires a augmenté presque autant qu’en 2018, soit 5%, à 16,13 milliards grâce, notamment à la contribution des produits pharmaceutiques, une réforme structurelle paraît essentielle.

"La santé est la pierre angulaire d’une économie prospère. Mais pour faire en sorte que les hôpitaux puissent continuer à assurer une offre de soins solide, une réforme structurelle de leur financement paraît essentielle. C’est le seul moyen pour eux de garder une force de frappe suffisante. Car d’énormes défis les attendent", déclare Dirk Gyselinck, membre du comité de direction de Belfius Banque.

Quel est l’impact de la crise sanitaire sur les hôpitaux belges ?

Pour les hôpitaux belges, si la pandémie impose un combat difficile sur le plan humain et mental, elle est aussi un coup dur sur le plan financier.

Les plans d’urgence activés dans les hôpitaux ont un impact considérable sur leur activité habituelle et entraînent la disparition de nombreux revenus. Le nombre de consultations a chuté à 43% de l’activité habituelle pendant le premier plan d’urgence hospitalier (du 16 mars au 5 mai). Durant cette période, le nombre d’admissions est tombé à 59%. Le nombre de jours d’hospitalisation diminue moins fort, car les patients Covid-19 restent hospitalisés plus longtemps.


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Sans oublier que la seconde vague est désormais plus lourde à encaisser pour les hôpitaux.

L’étude démontre que les hôpitaux ont fait face à des surcoûts substantiels comme l’achat du matériel de protection, faire appel à du personnel intérimaire ou encore ils ont dû adapter leur infrastructure pour séparer les patients atteints de la Covid-19 des autres. Du côté des recettes, les médecins ont facturé moins d’honoraires d’opérations ou de consultations.

Ces différents surcoûts et la baisse des recettes liée à la diminution de l’activité habituelle ont entraîné une contraction du chiffre d’affaires de 8,1% en moyenne au premier semestre 2020. Il en ressort qu’au vu de cette deuxième vague qui est nettement plus lourde et généralisée, son impact financier sera probablement plus lourd.

Les soins de santé à l’avenir

L’impact de la crise Covid-19 est particulièrement lourd dans un contexte où les hôpitaux belges doivent procéder à d’importants investissements. Le secteur doit investir dans des solutions digitales et l’informatisation pour gérer les données des patients, de façon sécurisée. Le vieillissement croissant de la population va engendrer de nouveaux besoins. Le nombre de polypathologies et de malades chroniques augmente. Les hôpitaux devront aussi intégrer diverses innovations médicales. Et ils sont aussi censés devenir neutres en CO2.

La constitution de réseaux interhospitaliers devra déjà permettre d’améliorer la collaboration et de créer une offre commune. Ces réseaux constituent sans doute une pièce du puzzle de la solution future.

Hôpitaux: crise sanitaire et financière (JT du 25/06/2020)

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