"Safe room": le monde de l'école dubitatif, tensions entre Mayeur et Milquet

La "safe room" dans les écoles suscite des tensions entre Yvan Mayeur et Joëlle Milquet
La "safe room" dans les écoles suscite des tensions entre Yvan Mayeur et Joëlle Milquet - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Comment assurer la sécurité des élèves dans les écoles bruxelloises alors que la menace reste élevée ? C'est la question posée ce mardi matin dans sur La Première au bourgmestre de Bruxelles Yvan Mayeur (PS). 

Une tâche difficile, vu que "la ville de Bruxelles c'est 35 000 élèves et étudiants". Un chiffre auquel il faut ajouter 5200 membres du personnel enseignant, selon Yvan Mayeur qui précise que pour assurer leur sécurité, "ce n'est possible que si on a un soutien du Fédéral". Mais il y travaille depuis une semaine, dit-il. 

Quand on lui demande s'il compte concrétiser l'idée de la ministre francophone de l'Education, Joëlle Milquet (cdH), proposant la création de plusieurs "safe rooms", on sent tout de suite que le sujet est sensible : "Non pas du tout, mais je ne vais pas commenter les mesures proposées par Mme Milquet".

Mais avec beaucoup d'insistance, Yvan Mayeur finira par répondre ceci : "Nous travaillons sérieusement avec nos équipes à Bruxelles. Je pense qu'il faut éviter 'l'hystérisation', il faut rester raisonnable et il faut travailler avec les gens dont c'est le métier, qui sont les professionnels de tout cela et ne pas improviser des mesures dont on ne peut évidemment pas imaginer la première seconde qu'on puisse les appliquer. Nous n'allons pas construire des bunkers dans les écoles. Nous n'avons pas le premier cent pour ça. Donc il ne faut pas venir avec des propositions qui n'ont pas de sens".

La "safe room" n'est pas une recommandation de sa zone de police

A sa sortie du studio, Yvan Mayeur a également démenti officiellement, au micro de nos collègues de Vivacité Bruxelles, que quelqu'un de sa zone de police ait écrit dans un document "safe room" ou "panic room".

Si une demande a été faite à la zone de police Bruxelles Capitale Ixelles pour fournir des éléments et des infos pour sécuriser les écoles, "nulle part n’apparaît le concept de 'safe room'".

Et d'ajouter : "Si Joëlle Milquet prend l'initiative de contacter un membre de ma zone, ce n’est pas la zone de police qui s’exprime. Il faudrait qu’elle se rende compte enfin qu’elle n’est plus ministre de l’Intérieur".

Un document de travail "interne à la police"

Nous avons en notre possession ce document officiel de la zone de police Bruxelles Capitales Ixelles. Dans ce courrier, adressé à la Ville de Bruxelles (et non à Joëlle Milquet), il est pourtant clairement inscrit ceci : "Nous conseillons la création de "SAFE ROOM" pièce où tant les professeurs que les élèves pourraient se protéger en cas d'incident".  

Dans un communiqué, Yvan Mayeur souligne qu'il s'agit-là d'un "document de travail" à la police qui n'avait jamais été validé par la ville. "Après avoir fait sienne l'idée de créer des "Safe Rooms", madame Milquet tente maintenant de se défausser en mettant en cause la police de Bruxelles", selon Yvan Mayeur. "La ministre Milquet a usé d'un document de travail qui n'a fait l'objet d'aucune validation par les autorités de la Ville. Il ne s'agit donc nullement d'un document officiel".

Dans ce communiqué, Yvan Mayeur dit d'ailleurs "s'étonner" que Joëlle Milquet soit en possession "d'un document de travail interne à la police".

Autoflagellation

Et dernier carat de cette histoire, la lettre d'excuses en mode "mea culpa, mea maxima culpa" que ce fonctionnaire du CEPEONS, le pouvoir organisateur des écoles publiques francophones de Bruxelles, diffusée à ses contacts presse.

L'idée avait d'ailleurs suscité les critiques... de la CPEONS qui l'a jugée infinançable et relevant d'une "spirale loufoque".

La lettre nous est parvenue et ressemble à ceci : "Par la présente, je souhaite présenter mes excuses les plus sincères à Monsieur Yvan Mayeur, Bourgmestre de Bruxelles, d’avoir diffusé un courrier de conseils de techno-prévention de la Police de la Zone de Bruxelles Capitale – Ixelles qui n’aurait pas dû être adressé aux écoles des territoires de Bruxelles – Ixelles et qui n’avait pas l’aval de la ligne hiérarchique et surtout pas de Monsieur Yvan Mayeur (...) Je présente également mes excuses les plus sincères à Madame Joelle Milquet, Ministre de l’Enseignement obligatoire, d’avoir favorisé l’utilisation de la lettre de conseils dans une circulaire adressée par la Ministre aux écoles, de l’avoir induit en erreur et par là même d’avoir alimenté inutilement la polémique. Je reconnais donc avoir inutilement alimenté la polémique entre la Ville et la Ministre." Signé Roberto Galluccio, administrateur du CPEONS.

Si ce n'est pas de l'excuse...

Le monde de l'école assez critique face à la création des "safe rooms"

Les acteurs de l'école ont exprimé mardi leurs doutes, voire leurs critiques sévères, envers la proposition de créer des locaux sécurisés ("safe rooms") dans les écoles, comme évoqué lundi dans une circulaire envoyée par la ministre de l'Education, Joëlle Milquet, vers les écoles.

Dans le contexte de menace terroriste actuel, pareille proposition est "infinançable" et relève de la "spirale loufoque", selon Roberto Galluccio, administrateur-délégué du CPEONS, la fédération des pouvoirs organisateurs des écoles secondaires communales et provinciales. "Pareille proposition ne fait qu'alimenter le climat de peur, et le fait monter dans les écoles. On pousse le climat de peur à l'extrême!", fusille-t-il. Or, "l'école doit être un lieu de sérénité et d'apprentissage, et pas d'hyperprotection. Il ne faut pas en rajouter une couche! Pourquoi ne pas construire des abris anti-atomiques dans les écoles tant qu'on y est!". Pour le CPEONS, vu le contexte financier actuel, cette idée est en réalité "impraticable". "Le gouvernement mène une politique d'économies en tout sens, on essaie partout de gagner le moindre centime. On n'a donc pas l'argent pour construire (pareils locaux sécurisés)". 

Moins critique, le Secrétariat général de l'enseignement catholique estime toutefois que la création de "safe rooms" dans les écoles ne constitue pas une priorité. "Nous ne mettons pas particulièrement l'accent sur ce sujet", commente Conrad Vande Werve, directeur communication du Segec. "Les 'safe rooms' est un concept de sécurité qui peut être utile, mais dans des cas très très spécifiques", fait-il valoir. "Mais il faut que l'alerte puisse être donnée à temps". Pour le Segec, construire des locaux sécurisés dans les écoles n'est en outre, dans beaucoup de cas, pas vraiment nécessaire, certains locaux déjà existants, tels que des salles de gyms ou des réfectoires, pouvant servir d'abris en cas d'agression extérieure.

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