La réforme des pensions au point mort? "Non, on veut arriver à un accord", répond le ministre Bacquelaine

Lancée dès le début de la législature du gouvernement Michel, la réforme des pensions a du mal à passer du côté des partenaires sociaux. Ça coince du côté des critères de pénibilité, où les négociations pour le secteur privé n’ont pas abouti, alors qu’un accord a été trouvé dans le secteur public. Mais si l’on n'a pas d’accord sur tout, on n’a d’accord sur rien. Les partenaires sociaux ont donc renvoyé la réforme vers le gouvernement, qui a désigné un conciliateur.


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Alors, la réforme est-elle au point mort ? Non, affirme le ministre des Pensions, sur le plateau de La Première ce mercredi. Et d'avancer les chiffres du taux d’emploi des 55-64 ans, qui sont passés de 42% en 2014 à 49% au quatrième trimestre 2017. "On a relevé les conditions d’âge et de carrière, et ce compris pour les retraites anticipées, et ça porte d’ailleurs ses résultats", affirme-t-il.

Un petit tour du côté des statistiques depuis 2000 (disponibles sur le site de l’OCDE) nous montre cependant que ce taux d’emploi des 55-64 ans est en augmentation constante depuis 2001. Par comparaison, de 2010 à 2014, ce taux d’emploi a augmenté de 5%... Une croissance similaire à celle de ces quatre dernières années (7%). On ne peut donc pas affirmer que cette augmentation du taux d’emploi est un effet de la réforme des pensions. La Belgique est d’ailleurs toujours dans le bas du classement des 55-64 ans actifs parmi les pays de l’OCDE, où le taux d’emploi moyen de cette classe d’âge est de 60% en 2017.

Donner sa chance à la concertation sociale

Pourtant, la réforme souffre de mois de blocage, l'aménagement des fins de carrière n'a toujours pas été voté, alors que ce volet de la réforme est perçu comme une contrepartie à l'allongement de l'âge de départ à la retraite. "Tout le monde sait que c’est un dossier difficile, il faut donner sa chance à la concertation sociale, et ne pas préjuger."

"Les négociations sont là pour affiner ces critères de pénibilité. Elles n’ont pas permis de trouver des convergences suffisantes entre le banc patronal et les syndicats, mais je pense que ces convergences sont possibles, et c’est pour cela que le gouvernement a nommé un conciliateur."


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Autre point de conflit dans cette réforme : la pension à temps partiel. "Elle intervient au moment où l’on est dans les conditions de la pension anticipée : à partir de 60 ans, et souvent vers 62-63 ans. A ce moment-là, nous avons constaté que beaucoup de personnes partaient à la pension anticipée : un tiers des salariés, et 90% dans le secteur public, parce qu’ils souhaitaient avoir du temps libre. Je pense donc que cette pension mi-temps sera une opportunité qui sera saisie par de nombreux travailleurs, car nettement plus avantageuse que le crédit-temps (la possibilité d’aménager son temps de travail à partir d’un certain âge, demander de passer en 4/5è temps, par exemple, NDLR). Mais ça ne remplace en rien le crédit-temps ou l’interruption de carrière, c’est une nouvelle option qui est proposée."

Mais, bien évidemment, en pension mi-temps, le travailleur ne cotise plus qu’à 50% pour sa pension, contrairement au crédit-temps. A cela, Daniel Bacquelaine répond que le travailleur gagne plus en ayant un salaire mi-temps et une pension mi-temps, qu’avec un crédit-temps aménagé en mi-temps, où là, le travailleur perçoit une allocation supplémentaire de l’ONEM, moins élevée que la pension mi-temps. Autrement dit, si le travailleur est lésé au niveau de sa prise de pension complète en passant par une pension mi-temps, il est avantagé lorsqu’il passe en pension mi-temps par rapport au crédit-temps. Une logique qui ne convainc guère ni les syndicats, ni les patronats : les deux s’opposent à ce système, estimant que le projet est trop rigide et ne tient pas compte des cas particuliers (carrières mixtes, par exemple).

Déjà un succès?

En tout cas, que le volet sur la pénibilité passe ou non durant cette législature, le ministre considère que la réforme des pensions est déjà un succès. "En Belgique, le problème est qu’on partait en moyenne à la retraite à 59,5 ans, et maintenant, on a déjà gagné un an et demi, en passant à 61 ans. On est en train d’assurer la garantie du paiement des pensions à l’avenir, pour les générations futures."

Du côté des chiffres de l’OCDE, on observe en effet une petite progression de l’âge effectif de départ à la retraite : stagnant autour de 59-60 ans depuis les années 2000, cet âge augmente constamment depuis 2005.

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