"La question du racisme et de l'intégration sont deux choses différentes"

"La question du racisme et de l'intégration sont deux choses différentes"
"La question du racisme et de l'intégration sont deux choses différentes" - © Tous droits réservés

Le président de la N-VA, Bart De Wever, a tenu lundi des propos flirtant avec la xénophobie, pointant notamment du doigt la communauté berbère anversoise, responsable selon lui de favoriser le communautarisme, la fermeture et la radicalisation. Il a également souligné que le racisme était une notion relative, trop souvent invoquée comme excuse pour un échec personnel. Ces propos sont-ils racistes? "Non au sens de la loi", affirme Patrick Charlier, président du centre interfédéral de l'égalité des chances et de lutte contre le racisme.

"Non, ce ne sont pas des propos d’incitation à la haine." Et de rappeler l’importance de la loi : "La loi vise à réprimer certains actes inspirés par le racisme." Elle parle donc d’actes, pas de propos. Les propos de Bart De Wever sont "couverts par la liberté d’expression. Des propos deviennent des actes lorsqu’ils incitent des tiers à commettre des actes vis-à-vis de groupes de personnes en fonction de leur origine, leur handicap ou de leur orientation sexuelle."

Amalgames et stigmatisations

Bart De Wever a par contre recours "à une forme de généralisation, d’amalgame. Il vise un groupe de manière non nuancée. Il renforce un stéréotype négatif sur ce que nous appelons les stigmates des trois ‘m’ : des personnes maghrébines, marocaines, musulmanes et migrantes." Patrick Charlier estime que cela ne correspond pas à la réalité : "Dans son discours, il y a ‘nous’ d’un côté et eux de l’autre. Ce n’est pas un discours qui participe à l’inclusion. C’est politiquement et moralement condamnable."

Sur la question du racisme à proprement parler, Patrick Charlier reste prudent : "Si nous l’affirmons, alors on va nous demander de porter plainte." Patrick Charlier préfère donc dire que "Bart De Wever renforce les stéréotypes racistes."

Il ne donne cependant pas tort à ceux qui condamnent ces propos de racistes, mais il rappelle l’importance de la liberté d’expression : "Il a dit ce qu’il avait à dire, nous pouvons donc contester ses opinions, se manifester, dire que nous ne sommes pas d’accord et répondre autrement que par des procédures judiciaires."

"Toute personne est susceptible d’être victime de racisme"

Concernant les propos du président de la N-VA visant la communauté asiatique, qui, selon lui, ne pose jamais problème, Patrick Charlier affirme que "le racisme est une réalité. Il y a des gens issus de différentes communautés avec des problématiques spécifiques (…) Les représentations ne sont donc pas forcément les mêmes mais toute personne est susceptible d’être victime de racisme."

Racisme et intégration : deux choses bien différentes

Pour Bart De Wever, ces problèmes de racisme ne sont que la conséquence d’un manque d’intégration d’une communauté bien spécifique. Alors le racisme est-il la réponse sociale d’un problème d’intégration ou l’origine d’un problème d’intégration ? "La question du racisme et de l’intégration sont deux choses différentes. Quand on parle d’intégration, on ne parle pas d’intégration pour les personnes de la deuxième ou troisième génération. C’est donc un faux débat."

Pour Patrick Charlier, ici, "on ne peut pas parler d’intégration mais de participation inégale." Les propos de Bart De Wever concernant les personnes d’origines berbères sont "assez injurieux pour les personnes qui sont de cette origine et que l’on retrouve dans les médias, dans le secteur social, le sport et qui réussissent."

Patrick Charlier pointe du doigt ces personnes qui se "frottent" à cette diversité et qui à un certain moment, rencontrent des problèmes de discrimination parce qu’elles "sortent plus" du lot. Il se réfère d’ailleurs à une enquête auprès de candidats locataires : "Il y a des stratégies d’évitement de lieux où les personnes d’origine étrangère ne vont même pas chercher un logement car elles savent qu’elles seront discriminés."

Une réalité qui selon lui participe au confinement des personnes dans certains quartiers.

RTBF

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