La prévention comme arme contre le radicalisme au Québec

Rudy Demotte veut s'inspirer de l'exemple du Québec en matière de lutte contre la radicalisation
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Rudy Demotte veut s'inspirer de l'exemple du Québec en matière de lutte contre la radicalisation - © RTBF

La Fédération Wallonie-Bruxelles a annoncé son intention de créer un centre de prévention à la radicalisation. L’exemple nous vient du Québec où Rudy Demotte effectue actuellement une visite de travail.

Le ministre-président a notamment pu visiter les locaux du Centre de Prévention de la Radicalisation Menant à la Violence (CPRMV).

Le centre est discret: un plateau de bureau dans une des nombreuses tours du centre de Montréal. Et pourtant depuis quelques mois responsables étrangers et médias se pressent pour le visiter.

Il faut dire que le Centre de Prévention de la Radicalisation Menant à la Violence (CPRMV) est plutôt unique en son genre. "Notre but est d’inverser la tendance. Nous avons constaté que les politiques ultra-sécuritaires dans lesquelles beaucoup d’argent a été dépensé ne nous protègent plus. Alors nous avons décidé de renouer avec la tradition québécoise de la prévention", explique Herman Deparice-Okomba, directeur du centre.

Le centre existe depuis le mois de mars 2015 et emploie une quinzaine de personnes. Une série de départs récents de jeunes Québécois vers la Syrie a conforté la ville de Montréal dans son idée de mettre ce centre en place. Lorsqu’il évoque la création du centre, Herman Parice-Okomba rappelle que son but est d’éviter à tout prix la voie judiciaire pour les personnes qui présentent des signes de radicalisation violente. "Jusqu’alors, la seule possibilité offerte aux proches des personnes en voie de radicalisation était d’appeler la police, ce que beaucoup ne veulent pas faire."

Le principal outil du centre est une ligne téléphonique accessible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. L’appel est confidentiel. L’un des travailleurs spécialisé du centre écoute les craintes de l’appelant. Le tout est analysé à l’aide d’une grille. Elle classe les comportements décrits de "non significatif" à "alarmants".

Valérie De Saint-Louis répond aux appels qui entrent au centre. "Parfois, des gens sont très inquiets par rapport à des comportements d’un proche et en fait on se rend compte que ces comportements sont non-significatifs, à la lecture du baromètre. Un proche qui se convertit à l’islam et porte la barbe, n’est pas nécessairement en voie de radicalisation violente." Mais lorsque la combinaison des signaux est alarmante, le centre peut décider d’intervenir.

C’est alors l’équipe psycho-sociale qui prend le relais. Michael Arruda en est le responsable. "Nous prenons contact avec l’entourage et la personne concernée. Nous préconisons une approche sur-mesure, avec nos psychologues et travailleurs sociaux. Par exemple, il y a des personnes pour lesquelles résoudre un conflit familial peut suffire." Le travail du centre est de tenter de réorienter la vie des personnes radicalisées pour les faire passer de la violence à une construction positive. Dans certains cas, qui présentent un réel danger de sécurité, le centre peut alerter les services de police.

Le centre se base sur une définition large du radicalisme. "Beaucoup font l’erreur d’associer le phénomène de radicalisation à l’Islam", explique le directeur. "Cela conduit à une stigmatisation d’une partie de la population. Il existe aussi de la radicalisation d’extrême droite ou d’extrême gauche. Nous traitons ces cas-là également".

Une source d’inspiration pour la Fédération Wallonie-Bruxelles

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a dégagé 1,6 millions d’euros pour créer un centre similaire en Belgique. "Nous allons offrir une dotation pour effectuer de la recherche sur la radicalisation. Nous allons également mettre en place un call-center à destination des proches et organiser des formations pour les publics susceptibles de détecter du radicalisme", a déclaré Rudy Demotte en marge de la visite du centre de Montréal.

Mais la situation du Québec et de la Belgique n’est pas comparable en tout point. Le Québec a pris le mal à la racine. La province ne dénombre à ce jour qu’une trentaine de cas de départs vers la Syrie pour une population de 8 millions d’habitants. C’est nettement moins qu’en Belgique.

L’approche préventive reste cependant pertinente aux yeux de Rudy Demotte: "Le recrutement et les mécanismes de radicalisations ne sont pas arrêtés chez nous. Il faut donc continuer à les désamorcer".

Depuis le mois de mars 2015, les Québécois qui ont des questions ou des doutes sur le comportement d’un proche peuvent s’adresser au Centre de Prévention de la Radicalisation Menant à la Violence (CPRMV).

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