Coronavirus en Belgique: la tension monte dans les prisons après un an de restrictions

La question des visites fait monter la tension dans les prisons
La question des visites fait monter la tension dans les prisons - © JOHN THYS - BELGA

Les syndicats ont déposé pour lundi prochain 8 février un préavis de grève pour toutes les prisons de Belgique. En cause : la décision de la direction pénitentiaire d’assouplir les règles de visite aux détenus. Les agents craignent d'être contaminés. Les détenus et leurs familles s’estiment, eux,  méprisés par une partie des surveillants, "qui établissent des restrictions sanitaires au-delà de celles imposées à l’extérieur, et qu’ils sont loin de respecter eux-mêmes". Après quasiment un an de covid, les détenus et leurs familles sont à bout.

Enfants admis mais interdiction de les embrasser

Depuis le 1er février, les enfants âgés de 12 à 15 ans peuvent de nouveau se rendre aux visites, dans le respect des mesures sanitaires en vigueur, précise la porte-parole de l'administration pénitentiaire, Valérie Callebaut, " à savoir derrière un écran en plexiglas et les contacts physiques sont interdits". Le régime des visites est adapté par l’administration pénitentiaire en raison du prolongement des mesures jusqu’au 1er mars.

"Il s’agit d’adaptations qui sont importantes pour le bien-être et les contacts familiaux des détenus", indique l’administration. Pour la Secrétaire permanente Justice de la CSC, Claudine Coupienne," les visites sont sources de propagation du virus et mettent en danger la santé du personnel pénitentiaire". Les syndicats reprochent à l’administration de "prendre des décisions unilatérales, sans nous donner le temps de consulter notre base"

Mesquinerie gratuite de la part de certains surveillants

Maryse Boulanger est la mère d’un détenu et porte-parole du Collectif des Proches de Détenus. Elle reçoit beaucoup de témoignages de femmes, de compagnes, de mères. "Pour certaines, une visite exige de longues heures sans boire ni manger. Le trajet est parfois long pour arriver à la prison, il n’y a ni cafés ni restaurants ouverts pour pouvoir prendre une collation, une boisson, ou simplement aller aux toilettes, et à la prison, elles n’ont pas accès aux commodités". 

Certaines ont renoncé à venir avec leurs enfants quand c’est permis. "Comment faire comprendre à un enfant de quelques mois qu’il ne peut pas toucher son père ?" A la mi-janvier, à Ittre, un surveillant a refusé à une mère de pouvoir chauffer le biberon de son bébé". Cet épisode expliquerait les échauffourées qui ont suivi. "Une autre fois, une mère et sa fille âgée de 12 ans le jour même de la visite, n’ont pas été autorisées à rentrer car les enfants à partir de 12 ans n’étaient pas admis". Maryse Boulanger parle de mesquinerie gratuite, et même de mépris de la part de certains agents pénitentiaires. D’autant plus que ces agents sont loin de respecter les consignes sanitaires pour eux-mêmes.

Le supplice de Tantale pour les couples

Cindy a 35 ans. Ex-détenue, elle rend visite dès qu’elle le peut à son compagnon, incarcéré à la prison de Leuze. La visite autorisée actuellement se déroule dans une grande salle, à table, face à face, et séparé par un plexiglas. "Il y a des gardiens qui ne portent pas de masque. Ils se donnent la main ou se font la bise mais nous empêchent le moindre contact, même avec les pieds sous la table." En cas de contact, même minime, le détenu est sanctionné par un isolement. Certains détenus préfèrent encore être punis mais pouvoir embrasser leur enfant ou enlacer furtivement leur compagne.

Il y a des mois que Cindy et son compagnon n’ont pu bénéficier d’une "HS", une visite hors surveillance, à deux dans une pièce. "Les gens s’imaginent que c’est pour le sexe, mais non, c’est avant tout pour se prendre dans les bras, s’embrasser, se caresser loin des regards, avoir simplement un peu d’intimité", raconte Cindy. Certaines prisons seraient plus compréhensives que d’autres, selon Maryse Boulanger. " A Jamioulx, par exemple, les couples peuvent s’embrasser".

La frustration des détenus isolés

Alain a 40 ans et a effectué 5 mois de préventive au printemps dernier à la prison d’Arlon, au début de la pandémie du covid, "une prison vétuste, pourrie, d’un autre siècle". Dès son arrivée, Alain a été mis en quatorzaine, seul 24h24, avec rien, même pas ses propres vêtements, uniquement la télévision. Ensuite, les visites ont été permises selon les règles sanitaires de l’administration pénitentiaire. Mais l’organisation dépendait de la prison.

"On avait aussi droit à des visites virtuelles, mais les rendez-vous étaient fixés par les agents", se souvient Vincent. "Et il y avait seulement deux ordinateurs, dépassés. Si la connexion ne fonctionnait pas, ou que la personne ne pas répondait directement, vous perdiez votre tour. C’était très frustrant". Selon l’évolution de l’épidémie et les restrictions sanitaires, les consignes pour les visites ont varié plusieurs fois. " Pendant une semaine, le cercle des personnes autorisées a été élargi à quatre personnes, cela m’a permis de voir mes parents une seule fois".

Une administration prise entre deux feux

L’administration pénitentiaire adapte donc les consignes en fonction des mesures gouvernementales et essaie d’assouplir la vie des détenus déjà privés de travail et des activités habituelles. Valérie Callebaut, sa porte-parole, souligne que "les questions liées au régime telles que les visites relèvent de la compétence directe des directeurs de prison, néanmoins l’avis des syndicats est tout de même demandé".

Mais pour Claudine Coupienne, secrétaire permanente Justice à la CSC, pour qui "annoncer un assouplissement des mesures le vendredi pour entrer en vigueur le lundi et donner 24 heures aux syndicats pour réagir, ne va pas du tout". La syndicaliste précise : "Nous sommes là pour défendre la sécurité et la santé des agents pénitentiaires, pas celles des détenus. Les adultes et les enfants à l’extérieur subissent aussi des restrictions de vie pour éviter toute contagion. Donc, ça doit être valable aussi pour les enfants en visite. ". Des réunions de concertation sont prévues.

Prisons: éviter les foyers sans trop impacter les prisonniers (JT 20/10/2021)

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