La pratique des enseignants sondée en temps de pandémie : inégalités chez les élèves, adaptation des apprentissages, difficultés du respect de la distanciation sociale...

À l’occasion de la rentrée scolaire de septembre, l’UMons, Université de Mons, a interrogé les enseignants du secondaire, primaire et maternel sur la manière dont ils ont débuté l’année scolaire 2020-2021. Par rapport à l’année scolaire précédente, chamboulée par le Covid et le confinement, 57,6% des enseignants disent avoir opté pour un changement de pratiques.

C’est la deuxième que l’UMons réalise sur ce sujet. Elle est intitulée "Et cette rentrée, alors ? Enquête sur les pratiques enseignantes en temps de pandémie". Elle fait suite à une première étude sur la manière dont les enseignants avaient vécu la deuxième moitié de l’année scolaire 2019-2020, frappée par le Covid et le confinement après les vacances de Carnaval.

518 enseignants ont répondu de manière suffisante aux 95 questions posées. Il était question des priorités de rentrée concernant les apprentissages scolaires au regard de la situation sanitaire. Les enseignants ont-ils mis en place de la différenciation ? Ont-ils perçu des inégalités scolaires ? Quelle est la place du numérique dans l’apprentissage, surtout depuis que l’enseignement hybride est de mise à partir de la 3e secondaire ? Parmi les enseignants qui ont répondu à l’enquête, un peu plus de la moitié provenaient de l’enseignement secondaire, un tiers du primaire et le reste du maternel.

Priorités des enseignants depuis la rentrée scolaire

Parmi une série d’éléments auxquels les enseignants ont dû accorder de l’importance depuis la rentrée scolaire, une majorité des répondants (30,3%) classe en première position la motivation des élèves sur laquelle il a fallu travailler. Viennent ensuite la remise à niveau des élèves (22,4% des enseignants), la gestion du stress des élèves (15,4%) et la capacité d’attention (12,9%). Les enseignants ont aussi veillé à apporter aux élèves de l’aide pour mettre en place des méthodes de travail et d’étude plus efficaces. Seulement 7,3% des enseignants ont considéré comme une priorité la préparation à l’utilisation des outils d’apprentissage à distance. L’utilisation de ces outils a d’ailleurs été jugée comme l’élément le moins prioritaire par les enseignants ayant répondu à l’enquête. Cette statistique en rejoint une autre : 45,9% des enseignants sondés affirment avoir déjà préparé leurs élèves à l’enseignement à distance.

Les apprentissages scolaires et les évaluations

Les enseignants ont entrepris des actions pour gérer les éventuels retards d’apprentissage. 48,3% de ceux qui ont répondu à l’enquête de l’UMons ont choisi de mettre la priorité sur les apprentissages qu’ils jugent les plus importants et cela au détriment d’autres matières. Pour y parvenir, 24,9% des enseignants ont proposé à leurs élèves des dossiers spécifiques pour travailler, en classe, certaines matières en autonomie. Pour les élèves en difficultés, 19,1% des enseignants ont mis en place des ateliers permettant le travail spécifique de certains apprentissages. 17,8% ont proposé des exercices à réaliser en ligne. 17,4% ont organisé le tutorat entre pairs, un élève plus avancé donnant des explications à un élève moins avancé.

Pour tenter de récupérer du temps, 13,7% des enseignants sondés ont consacré moins de temps à certains apprentissages. D’autres options prises par les enseignants ont été la création de dossiers de révisions, l’adaptation du rythme et des méthodes d’apprentissage, l’organisation de remédiations en dehors des heures de cours et la création de groupes sur les réseaux sociaux, comme Facebook, afin de communiquer la révision des matières de l’année précédente.

10,1% des enseignants sondés n’ont pas mis en place d’activités spécifiques pour gérer les retards d’apprentissage provoqués par la crise sanitaire. Ils estiment que le retard s’estompera de lui-même au fur et à mesure du temps. 5,2% des enseignants affirment n’avoir remarqué aucun retard d’apprentissage et n’ont pas mis en place d’activités spécifiques pour la gestion des retards provoqués par la crise sanitaire.

Le dispositif "remédiation-consolidation-dépassement", proposé depuis la rentrée scolaire 2019-2020 dans le Pacte pour un enseignement d’excellence pour mieux adapter la remédiation aux élèves en ayant besoin semble convaincre de manière mitigée les enseignants depuis la dernière rentrée scolaire. 54,2% des enseignants sondés par l’UMons n’ont pas mis en place un tel dispositif depuis la rentrée scolaire de septembre 2020. 39,7% des enseignants y ont eu recours et le font principalement en classe (76,1% des cas) plutôt que via du travail à domicile (6,7%) ou durant le temps de midi (6,7%).

Les enseignants préféreraient majoritairement reprendre les cours en présentiel

77,3%, des enseignants plébiscitent l’enseignement en présentiel. Un enseignant sur cinq (19,4%) a une préférence pour l’enseignement hybride. 3,3% souhaitent uniquement une reprise de l’enseignement à distance.

A la rentrée de septembre, 83,9% des enseignants sondés étaient tout à fait enthousiastes à l’idée de retrouver leurs élèves. 14,6% étaient "en partie" enthousiastes. 1,5% des enseignants sondés n’étaient pas enthousiastes à l’idée de retrouver leurs élèves. Dans le même ordre d’idée, 92,2% des enseignants étaient enthousiastes à l’idée de retrouver le contexte de travail et les collègues en présentiel.

Port du masque et distanciation sociale sont jugés problématiques.

Parmi les enseignants qui ont répondu à l’enquête, 72,1% trouvent le port du masque très contraignant pour enseigner. C’est dans le primaire que la proportion d’enseignants dérangés par le port du masque est la plus grande : 81,7%.

58,2% des enseignants sont rassurés par le port du masque. 41,8% ne le sont pas.

77,4% des enseignants du secondaire estiment que le port du masque par leurs élèves est rassurant. 22,6% affirment le contraire.

48,8% des enseignants estiment cependant que le port du masque par les élèves est problématique. Certains évoquent des problèmes de fatigue liée au port du masque chez les élèves, des problèmes de compréhension lors des exercices oraux, une mauvaise manière de porter le masque ou encore une communication non verbale amoindrie lors des cours.

77,3% des enseignants interrogés pensent que leurs pratiques et comportements sont influencés par la crise sanitaire. Parmi les changements relevés, 62,5% des enseignants jugent que la distanciation sociale et le port du masque les contraignent à davantage d’enseignement magistral. 78,9% des enseignants estiment, par ailleurs, que le respect de la distanciation sociale n’est globalement pas possible au vu du nombre d’élèves et de la taille de leurs locaux.

52,4% des enseignants ressentent une pression due à un éventuel retard dans le programme.

 

Plus d’inégalités scolaires chez les élèves

92% des enseignants s’accordent pour dire que la période de confinement a amplifié les inégalités scolaires. 43,9% des enseignants ont remarqué davantage d’inégalités d’apprentissage en début d’année scolaire. Afin de gérer les différences de niveaux entre leurs élèves, les enseignants qui ont remarqué ces différences ont mis en place de la différenciation pédagogique (63,9%), une répartition des élèves en petits groupes ou en ateliers (36,5%), de la remédiation en dehors des temps de classe (22,8%), du tutorat (19,9%), des travaux supplémentaires à réaliser à la maison (14,1%).

Une majorité d’enseignants (53,4%) estiment que l’écart entre élèves plus faibles et plus forts s’est creusé et que cet écart a été visible dès la rentrée scolaire.

Enquête de l'UMons sur le ressenti des enseignants pendant le coronavirus: JT du 04/01/2021

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