La police anversoise sous le feu des critiques après avoir tiré sur une ado syrienne

La scène se passe le 1er novembre dernier à Anvers, dans un établissement pour mineurs. Une Syrienne de 14 ans quitte l'établissement sans autorisation.

A son retour, le ton monte et la jeune fille, énervée, saisit un verre, le casse et commence à se blesser et à menacer de blesser ceux qui l'entourent.

Dans ce genre de cas, l'établissement a l'habitude d'appeler la police locale. Une première équipe arrive, puis une seconde d'un autre genre. Il s'agit de l’équipe d'intervention rapide (SRT).

L'adolescente est finalement neutralisée à l'aide d'une arme "non létale" qui ne doit ni tuer, ni blesser lourdement la personne visée. Une balle en plastique est tirée, elle atteint l'adolescente au ventre et se soldera par un hématome.

La jeune Syrienne est alors emmenée à l'hôpital pour ses blessures légères. Depuis, elle résiderait dans un autre établissement pour mineurs avec une aide psychologique. Un incident qui pose plusieurs questions.

Qu'est-ce que cette unité spéciale ?

L'équipe d'intervention rapide (SRT) de la police d'Anvers est opérationnelle depuis septembre 2015. Elle existe aussi dans quatre autres villes du pays, dont Liège et Bruxelles, et doit permettre à la police de mieux maîtriser des situations dangereuses dans le contexte des attaques terroristes du début de l'année.

Il s'agit d'une équipe mise en place et formée pour gérer des situations à risque, dangereuses, en particulier avec des individus armés. Un mois après sa mise en place, la SRT de la police d'Anvers avait déjà fait l'actualité en intervenant dans un bâtiment anversois sur base d'un tweet qui était en fait teinté d'humour.

Fallait-il tirer sur un enfant ?

Bernard De Vos, délégué général aux droits de l'enfant, s'est dit choqué par cette intervention armée. "Cette équipe a été mise en place pour faire face à des situations de grand banditisme, de terrorisme. Ici on a une gamine de 14 ans qui est abattue, même avec une arme non létale, comme un grand fauve dans la savane, c'est tout à fait insupportable à mes yeux et ça ne correspond pas à ce que je sais des situations que doivent gérer les équipes éducatives."

Il souligne aussi les traumatismes déjà subis par cette jeune Syrienne qui serait en Belgique depuis le début de l'année. Pour lui, l'intervention policière est parfois nécessaire dans ces centres mais faire appel à cette équipe là n'était pas adapté.

A la police locale d'Anvers, on estime qu'il n'y a pas eu d'erreur. "Nous avons mené une enquête interne et celle-ci a révélé que c'était la meilleure manière d'opérer. Il fallait trouver un équilibre entre la nécessité de résoudre le contentieux et la nécessité de le faire en évitant les dommages et blessures", indique son porte-parole Sven Lommaerts.

Celui-ci ajoute : "Ce n’est pas l’image qu’on a envie de donner de cette équipe d’intervention. Quand on a lancé cette équipe, c’était à nos yeux pour intervenir face à des hommes agressifs, armés, responsable d’un délit, d’un accident, d’une prise d’otage. Ici c’est un enfant mais les circonstances sont les mêmes, il y a une menace pour les autres et pour l’enfant même à ce moment là. On doit agir."

Des réactions politiques

En Flandre, certains hommes et femmes politiques ont rapidement réagi. Pour le président du sp.a, John Crombez, "tirer sur des enfants et normaliser cela, c'est inacceptable."

Il a réclamé une réaction du ministre du Bien-Etre Jo Vandeurzen (CD&V). De son côté, le chef de groupe anversois de Groen, Wouter Van Besien, a réclamé une réaction du bourgmestre d'Anvers, le président de la N-VA Bart De Wever. "Il doit établir que la SRT, créée pour combattre le terrorisme dans la ville, ne peut pas traiter tout un chacun comme un terroriste".

De Wever: "La police a fait du très bon boulot

Sur la base des informations disponibles, le bourgmestre anversois Bart De Wever (N-VA) ne voit "aucune raison pour dire que la police a fait du mauvais travail". "Je dirais même le contraire: ils ont fait du très bon boulot."

De Wever a pu prendre connaissance d'un premier rapport de l'incident, a-t-il fait savoir sur le plateau de Radio 1, et estime que la police a accompli sa tâche "de manière très professionnelle et efficace". "Lorsque la personne en question a commencé à se blesser et constitué un danger pour elle-même et toute personne qui voulait l'approcher, on a jugé que la meilleure manière de neutraliser la situation était d'utiliser une arme non létale".

Quant aux critiques formulées par le commissaire aux droits de l'enfants, Bart De Wever se demande "ce que tous ces hommes qui se trouvent derrière leur bureau à Bruxelles auraient fait, dans cette situation concrète, qui devait être résolue". "Et ce que les médias auraient dit si l'adolescente s'était elle-même mise en danger ou aurait blessé quelqu'un d'autre", a-t-il ajouté.

L'envoi d'une équipe d'intervention rapide (SRT) au lieu d'une équipe d'intervention ordinaire est "même une réponse responsable", estime Bart de Wever, car ils sont spécifiquement formés pour des situations délicates et constituant une menace.

 

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