La note De Wever, "une occasion unique" manquée selon la FEB

La note de Bart De Wever posait les fondations d'une "belle maison" selon Peter Timmermans.
La note de Bart De Wever posait les fondations d'une "belle maison" selon Peter Timmermans. - © Tous droits réservés

Invité de Matin Première ce lundi, le président de la FEB, Peter Timmermans, a livré le point de vue des patrons d’entreprises de Belgique sur les négociations gouvernementales en cours. Pour lui, la note De Wever était "le plan d’une belle maison" pour les entreprises, le "non" du cdH une déception et la tâche de Charles Michel s’annonce difficile, même s’il ne croit pas à une longue crise pour autant.

Dans un article paru ce lundi matin dans De Standaard, les patrons du nord du pays annoncent un boycott économique dans le cas d’une tripartite. Un entrepreneur flamand sur deux renoncerait ainsi à des investissements et à des embauches, si une tripartite était confirmée au fédéral. Les patrons puniraient-ils un futur gouvernement sans la N-VA ?

"Dès l’instant où l’on crée une tripartite, cela veut dire qu’il faut déjà trouver "des compromis de compris", commente Peter Timmermans, en rappelant qu’une tripartite belge est un accord entre six partis, et non trois. Et, au moment de la réalisation des mesures, il faut encore trouver un arrangement. Ce dont on a besoin pour le moment, ce sont des mesures structurelles, un projet d’avenir, qui peut préserver la sécurité sociale..."

Plutôt un projet de centre-droit ?

"Pour moi, peu importe le couleur du chat du moment qu’il attrape des souris." Même avec un chat rouge ? Le président de la FEB ne le cite pas textuellement : "Les défis sont la compétitivité de nos entreprises, l’énergie, l’efficacité de l’État, le vieillissement… Pour ces thèmes, il faut un plan d’avenir, et je crains qu’avec certains types de gouvernement on n’obtienne que le compromis du compris. Jusqu’à présent, la richesse a toujours été répartie avant même d'être créée."

Pour Peter Timmermans, l’éventuelle réaction des patrons belges au résultat des négociations "ne dépend pas de la coalition, mais du programme". Et "si le programme en question ne convient pas, car il ne donne pas d’oxygène aux entreprises, n’annonce davantage de taxation et ne présente pas un projet d’avenir", alors le président de la FEB s’attend à un "Mais qu’est-ce que c’est que ça ?" de la part des patrons du pays.

"Nous avons besoin d’un renforcement de notre tissu économique, car, qui dit tissu économique dit investissements, qui entraînent de l’emploi, ce qui dit pouvoir d’achat. Il faut le faire dans cet ordre-là. Si ce n’était pas le cas, ils seront obligés de tirer leurs conclusions."

Trois pactes discutés avec Charles Michel

Invité par l’informateur ce samedi, Peter Timmermans a pu faire valoir le point de vue des patrons d’entreprises. "Nous avons vu Charles Michel et il nous a bien écouté, confirme-t-il. Nous avons proposé trois pactes : un pacte de compétitivité, un pacte énergétique et un pacte de gouvernance."

À cette vision s’ajoutent "des mesures concernant le marché de l’emploi", du "chômage des jeunes" jusqu’au "vieillissement" de la population. "Avec cela, nous avons vraiment un projet qui donne de l’espoir aux gens et aux entreprises."

Les patrons wallons aussi favorables à la N-VA au pouvoir

Du côté de l’Union wallonne des entreprises, un gouvernement avec la N-VA ne paraît pas impossible, et pourrait même s’avérer souhaitable à entendre Vincent Reuter, Administrateur Délégué de l’UWE. La majorité des patrons souhaiterait-elle donc un gouvernement avec la formation de Bart De Wever ?

"On a raté une occasion unique la semaine passée, répond à demi-mot Peter Timmermans. Il y avait un projet sur la table. Un parti a dit "non", mais ce n’est pas parce qu’il y a ce "non" que les défis ont changé. Nous avons aujourd’hui les mêmes problèmes, les mêmes défis, et donc les mêmes pistes, les mêmes solutions à trouver. Mais, avec cette première note d’un informateur, tous les éléments pour construire une belle maison étaient là, il ne restait qu’à les assembler."

"Je suis un peu déçu, dans le sens où je ne comprends pas pourquoi le cdH a refusé cette note. Il y avait une méfiance un peu chez tout le monde, la tâche de Monsieur Michel s’annonce donc difficile aujourd’hui. Tout le monde a exprimé son véto contre quelqu’un. Nous aurons certainement besoin de quelques semaines pour effacer cette méfiance, mais, quoi qu’il en soit, il faudra présenter des perspectives aux entreprises."

Une longue crise : un coût important pour la Belgique ?

Et si c’était le blocage complet des négociations ? Le spectre d’une nouvelle longue crise de plusieurs mois pourrait peut-être coûter cher à la Belgique, même si Peter Timmermans n’y croit pas.

"Aujourd’hui, non, car tout le monde pense qu’il y aura une solution d’ici quelques semaines. En tout cas, le 15 octobre est une date butoir importante. Car, si on en arrive là, il faut déposer un plan budgétaire à la Commission européenne."

"Je lance tout de même un appel : il ne faut pas perdre trop de temps, mais, vu la situation, avec toute cette méfiance, on aura peut-être sûrement besoin de plus de temps que prévu initialement."

Vers un gel des salaires ?

Dans les négociations, le patron des patrons tient en tout cas à faire entendre sa voix. Dans les trois pactes qu'il propose, celui de la compétitivité aborde la problématique des coûts salariaux. Et là, Peter Timmermans est très clair : il faut réduire ces coûts pour l'employeur et ne surtout pas toucher à l'inflation.

"Il faut faire plusieurs choses concernant les salaires. Diminuer tout d'abord les coûts sur le travail, et je ne parle pas là du salaire net, mais du coût pour l'employeur. Et il faut le faire de façon linéaire, dans tous les secteurs, car ils souffrent tous cet handicap. Cela ne doit pas non plus seulement se faire uniquement pour les bas salaires, mais pour tous les salaires."

"Quand on voit ce qu'il se passe à l'étranger, quand on analyse les prévisions de croissance économique et si on ne veut pas augmenter le handicap au niveau des coûts salariaux par rapport aux pays voisins, nous n'avons pas de marge au-delà de l'indexation. D'où notre proposition de valoriser cette marge d'indexation, d'avoir un débat à ce sujet, et donc de ne pas toucher à cette indexation."

Comme il y a très peu d'inflation, l'indexation est pourtant quasiment nulle. Cela voudrait dire un gel des salaires. "Si vous augmentez les salaires au-delà de ce qui est économiquement acceptable, vous perdez des emplois et donc du pouvoir d'achat. Il faut arrêter de dire qu'une modération salariale est mauvaise: elle est bonne pour l'emploi à l'avenir, ce qui veut dire du pouvoir d'achat."

En plus de cette modération salariale, la note de Bart De Wever voulait ouvrir le débat sur la TVA, en vue de peut-être l'augmenter pour financer le coût qu'aurait une réforme fiscale qui baisserait les coûts sur le travail. "Il faut faire très attention à cela, estime Peter Timmermans. Ouvrir ce débat, veut dire ouvrir le débat de l'inflation et de l'indexation des salaires. Cela ne sert à rien d'augmenter la TVA. Cela aurait un impact sur l'inflation qui va augmenter, et sur les coûts salariaux qui augmenteraient également. On ne résout rien si on ne traite pas les deux problèmes en même temps."

RTBF

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