La note Bouchez-Coens zappe la note Magnette

C’était inévitable. Les deux informateurs royaux ont beau ne pas avoir transmis aux négociateurs des différents partis qu’ils ont rencontré de version écrite de leur note de travail, celle-ci est évoquée, discutée par celles et ceux qui ont pu y avoir accès. Les jugements, même à l’intérieur des partis des informateurs, sont divers : "c’est une note de départ", "c’est très faible", "le rouge a disparu", "il n’y a rien pour le VLD". Mais au fait, que retrouve-t-on réellement dans cette note ?

Une pension minimum après 20 ans de carrière

Cette note est, de l’aveu même des informateurs, un "work in progress". Le document fait moins de 30 pages – on se souviendra que la 2e note Magnette en faisait 75 – tout en alternant français et néerlandais, rendant le texte parfois peu lisible. Les priorités connues des deux informateurs s’y retrouvent : le budget, l’emploi, le climat/mobilité, le social et un dernier chapitre justice-migration.

Peu de chiffres, si ce n’est, dès la première page, un objectif clair et prioritaire : tendre, le plus vite possible, vers 1% de déficit budgétaire. Comment ? La manière de faire n’est pas abordée, ce qui a étonné certains qui se souviennent des demandes pressantes de tableaux budgétaires "du temps" de la mission Magnette.

Les deux informateurs souhaitent un marché du travail qui soit plus "inclusif" sans aborder une limitation dans le temps du chômage, mais une augmentation des allocations sociales, plus de pouvoir d’achat, etc. Surtout, concernant les pensions, les deux informateurs font une proposition originale selon plusieurs sources : la pension minimum serait octroyée à partir de 20 ans de carrière (il faut actuellement 30 années). Par ailleurs, comme dans tous les documents émanant des missionnés royaux depuis le lendemain des élections, il n’est pas question de revenir à une pension à 65 ans.

Et si on prolongeait tout de même le nucléaire  après 2025 ?

Au chapitre climat et mobilité, si la fermeture des centrales nucléaires pour 2025, telle que prévue par la loi, est confirmée, les deux informateurs ouvrent la porte à une prolongation si les objectifs climatiques, en matière de CO2, devaient être "revus à la hausse". C’est une première depuis le scrutin du mois de mai dernier. Les informateurs évoquent aussi un verdissement des voitures de société. Des propositions qui semblent agréer les négociateurs qui l'ont rapportées.

Pour ce qui concerne la migration, il est question de la création de plus de places en centres fermés.

De l’institutionnel, mais pour 2024

A noter, autre originalité soulignée par certains négociateurs, que les informateurs proposent la nomination d’un ou deux (selon les sources) commissaires (ou commissariat) royaux, qui ne seraient pas membres du gouvernement fédéral, et qui seraient chargés d’un travail préparatoire pour viser une plus grande efficacité au niveau institutionnel. Le résultat de leur travail doit servir en 2024. Ainsi, le nouveau gouvernement pourrait se focaliser "pleinement" aux défis socio-économiques. On relèvera, tout de même, que les questions éthiques, habituellement réservées au pouvoir législatif, devraient d’abord faire l’objet d’un accord gouvernemental pour ne froisser aucun partenaire de la coalition.

Ce qui a disparu des notes Magnette

Les deux informateurs sont quasi partis d’une feuille blanche. Et ont donc zappé un grand nombre d’éléments des différentes notes Magnette : la réforme du Sénat, la circonscription fédérale, les éléments de parité homme/femme ou la création d’un ministère (et d’une administration) du Droit des femmes, l’individualisation des droits, la fin de l’enfermement des mineurs, la taxe sur les billets d’avion, une augmentation significative du salaire minimum, etc.

Succès ou échec de la mission ?

La note Bouchez-Coens n’a pas vraiment d’accent de gauche, mais pas nécessairement beaucoup plus d’accents de droite très marqués. Néanmoins, cette note semble beaucoup plus compatible avec la N-VA, comme semble l'indiquer les échos émanant de Bart De Wever. La note des deux informateurs est surtout – et certainement à dessein selon quelques interlocuteurs – peu précise et floue. C’est une note prudente si on la compare au travail de Paul Magnette qui avait très largement dépassé le périmètre habituel d’une mission d’information. La mission de Georges-Louis Bouchez et Joachim Coens ne pourra donc être jugée sur le fond, le contenu, mais plutôt sur la capacité à dégager, une bonne fois pour toutes (?), une coalition à même de se lancer dans une mission de (pré) formation. C’est à cet aune-là que la mission des deux nouveaux présidents du MR et du CD&V sera qualifiée, ou non, de succès.

Bouchez réagit

En tout cas, l'informateur royal Georges-Louis Bouchez a dénoncé la fuite de la note qu'il a rédigée avec Joachim Coens, ainsi que les commentaires politiques anonymes publiés jeudi dans les journaux. "Est-ce vraiment sérieux de commenter une note que l'on n'a pas lu? Est-ce responsable de faire circuler, de manière anonyme, des informations inexactes et des jugements lapidaires? L'urgence pour notre Pays requiert du calme, de la discrétion et du travail constructif", a réagi le président du MR sur son compte Twitter.

La FGTB appelle PS et Ecolo à la prudence

De son côté, le président de la FGTB Robert Vertenueil a exprimé son inquiétude à la lecture des éléments contenus dans la note , invitant le PS, Ecolo, voire le cdH à la plus grande prudence. Interrogé sur les ondes de Bel-RTL, le patron du syndicat socialiste a estimé que les éléments connus de la note préfiguraient la mise sur pied d'un gouvernement de centre-droit pas fort différent du précédent, alors que celui-ci a perdu sa majorité lors du dernier scrutin. "On est en train de dire au citoyen qui a voté contre (l'ancien gouvernement): nous nous foutons de ce que vous avez voté, nous allons continuer entre nous", a commenté M. Vertenueil. En suivant cette logique, "il ne faudra pas s'étonner que le fossé entre le citoyen et le politique continue à s'agrandir", a-t-il ajouté. M. Vertenueil invite en conséquence les partis de centre-gauche pressentis pour former un nouveau gouvernement fédéral à la prudence. A ses yeux, cette note ne répond en effet pas "aux aspirations de la population" et n'est nullement en ligne avec les axes de leurs programmes politiques respectifs.

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