La N-VA, la peur et les francophones

Comme à chaque période de congés ces dernières années, la N-VA joue cavalier seul avec l’une ou l’autre sortie médiatique. Un rouleau-compresseur de communication encore plus présent en période électorale. Avec cette fois à l’avant-scène, Jan Jambon, ex-vice-Premier ministre N-VA et ex-ministre de l’Intérieur, actuelle tête de liste des nationalistes pour la province d’Anvers à la Chambre et – il ne cesse désormais de le répéter – candidat Premier Ministre pour peu que son parti soit bien le plus grand parti porté par l’électeur le 26 mai.

Jan Jambon en tournée média toute cette semaine, VRT, VTM, presse écrite… Et jeudi, conférence de presse sur le programme socio-économique du parti, avec notamment un nouveau taxshift au menu. Et aujourd’hui, le candidat Jambon est dans La Libre Belgique et en interview sur Bel-RTL et la RTBF.

Sans oublier une vidéo spécifiquement adressée aux francophones publiée ce matin sur la page Facebook de Jan Jambon ; la version pour la Flandre était déjà disponible depuis 2 jours. « Il y a encore beaucoup de choses à réaliser dans l’intérêt de chacun d’entre nous ». A noter que si, dans la version francophone, Jan Jambon conclut sur un « Je suis Jan Jambon. Et je suis candidat Premier Ministre », dans la version flamande, les électeurs ont droit, eux, à un « je suis votre candidat Premier Ministre »…  

L'éternel rengaine : « N’ayez pas peur »

Et le moins que l’on puisse dire, au regard de toute cette stratégie d’occupation du terrain – délaissé par les autres partis en période de vacances -, c’est que, du côté de la N-VA, on semble avoir ressorti les anciennes fiches de communication, les habituels trucs et ficelles, et une éternelle rengaine pour s’adresser aux Francophones : le « faites-moi confiance ! », qui parfois peut faire penser au serpent Kaa du Livre de la Jungle…

Ainsi dans La Libre Belgique, Jan Jambon, fort de son bilan au gouvernement fédéral, insiste : « J’espère avoir montré aux francophones que je suis un homme responsable, venant d’un parti responsable et qu’il ne faut pas avoir peur de nous ». Et de réexpliquer que si le confédéralisme reste son objectif, il entend plutôt se positionner comme futur chef d’un gouvernement de centre-droit qui ferait avant tout du socio-économique. Un message avant tout adressé aux francophones.

2010, 2014, 2019…

Sauf que cette rengaine sur la peur adressée aux francophones est une constante de la N-VA à chaque scrutin. Retour rapide sur quelques archives.

En 2010, le dimanche 13 juin, jour même des élections, alors que son parti vient de remporter haut la main les élections au nord du pays, le président de la N-VA Bart De Wever s’exprimait sur le plateau de la RTBF en « rassembleur » et « homme d’Etat », insistant sur la nécessité de « construire des ponts » avec les autres partis flamands mais aussi avec les francophones : « N’ayez pas peur. Ayez confiance ». Ce qui, à l’époque, ne rassurait pas forcément les présidents de partis francophones présents en studio…

Rebelote lors du scrutin de 2014 : le 21 mai, quatre jours avant les élections fédérales, européennes et régionales, Bart De Wever adresse un message aux francophones : « Nous avons les meilleures intentions à votre égard. Nos propositions n’ont pas pour objectif de vous compliquer les choses. Je veux que nous allions tous de l’avant, Francophones et Flamands ». Sans oublier le couplet sur la « réalité » de « deux démocraties qui existent en parallèle dans le pays ». Mais promis, on parlera d’abord socio-économique. Et de demander « le bénéfice du doute ».

Une vidéo de 2 minutes 50 qui, alors, était surtout un message pour lancer un appel à voter – non pour la N-VA – mais contre le PS et le Premier ministre sortant, Elio Di Rupo ; la N-VA se disant prête – déjà – à négocier et à former le prochain gouvernement. Rien de bien neuf finalement…

Rien de plus en tout cas que ce que Jan Jambon propose désormais dans son propre message, avec prompteur et cadré presque identiquement que celui de Bart De Wever en 2014, probablement tourné au siège même du parti à Bruxelles.

La seule nouveauté – sur le plan politique cette fois – réside dans le fait que la N-VA a cette fois pu entre 2014 et 2018, participer, au-delà du gouvernement flamand, à l’exercice du pouvoir et des responsabilités au niveau fédéral, au sein de l’équipe Michel, dans cette configuration inédite d’un gouvernement avec un seul parti côté francophone.

Qu’elle y a détenu, à l’exception du poste de Premier ministre, les plus importants portefeuilles : Intérieur (et Asile et Migration), Finances, Défense… Et que c’est fort de son « bilan » que la N-VA revient demander le soutien de son électorat du nord mais aussi la confiance des citoyens du sud même s’ils ne votent pas/peuvent pas voter directement (sauf à Bruxelles) pour les nationalistes. C’est toujours bon à prendre…

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK