La N-VA en campagne à Bruxelles: compte-t-elle bloquer la région institutionnellement?

Theo Francken est en campagne à Jette ce dimanche. La N-VA est donc sur le terrain à Bruxelles et envoie son politicien le plus populaire en terres bruxelloises : l’ancien secrétaire d'Etat à l’Asile et à la Migration. Le choix de Jette n’est pas un hasard, c’est l’une des seules communes où la N-VA a progressé lors des élections communales de 2018 par rapport à celles de 2012. De plus, les trois communes du nord-ouest de Bruxelles (Berchem, Ganshoren, Jette) sont les communes où la N-VA est la plus populaire en réalisant des scores compris entre 4% et 6% au dernier scrutin communal. Elle était en dessous de 4%… voire totalement absente dans les autres communes bruxelloises.

Bref, la N-VA est à Bruxelles. Mais dans quel but ? Le parti nationaliste sera-t-il incontournable au lendemain des prochaines élections du 26 mai ? Si la question se pose à l’échelon fédéral, elle se pose d’autant plus à la région bruxelloise. Certains observateurs parlent d’un « blocage » de la région dans le cas où la N-VA réaliserait un score élevé. Quelle est la probabilité d’un tel scénario ? Explications.

La protection des Flamands de Bruxelles au gouvernement

D’abord, il faut parler un peu d’institutionnel. Pour se former, le gouvernement bruxellois doit, non seulement avoir la majorité au parlement (45 des 89 élus), mais aussi la majorité dans chacun des deux groupes linguistiques :

  • 37 des 72 élus francophones
  • 9 des 17 élus flamands

Pourquoi cette double obligation ? Historiquement, le but de cette règle est d’éviter qu’un gouvernement composé de 45 élus francophones ne décide sans aucun flamand au pouvoir. Autrement dit, que la minorité flamande de Bruxelles (on parle de 10 à 15% de la population) ne soit pas représentée par son gouvernement.

Mais aujourd’hui, cette protection flamande pourrait « se retourner » contre la région bruxelloise. Imaginons un scenario dans lequel la N-VA et le Vlaams Belang s’offrent 10 des 17 sièges du parlement bruxellois, il deviendrait impossible pour les quatre partis traditionnels (Open Vld, s.pa, CD & V et Groen) de participer à un gouvernement. La N-VA ou le Vlaams Belang devraient faire partie d’un gouvernement bruxellois dans lequel on pourrait retrouver aussi… le PS ou Ecolo côté francophone. Un scenario quasi-impossible qui pourrait amener à ce fameux « blocage » institutionnel.

Un scenario crédible ?

Grâce à notre baromètre politique d’avril dernier, des projections en siège donnaient le scenario suivant :

  • N-VA : 6 sièges
  • Groen : 4 sièges
  • Open VLD : 3 sièges
  • CD & V : 2 sièges
  • sp.a : 1 siège
  • Vlaams Belang : 1 siège

Autrement dit, les 4 partis traditionnels obtiendraient 10 sièges, contre 7 pour la N-VA et le Vlaams Belang, ce qui permet de former un gouvernement (il en faut 9 minimum). Mais la N-VA passerait tout de même de 3 à 6 élus par rapport aux élections régionales de 2014. La menace « N-VA » se rapproche donc.

Mais il y a un « mais », il y en a même trois.

D’abord, ce sondage semble très flatteur pour la N-VA par rapport au dernier scrutin communal. Il avait en effet montré que la N-VA avait perdu du terrain à Bruxelles. Si en 2012, elle recueillait 4,15% en moyenne dans les communes où elle se présentait, ce score passait à 3,8% en octobre dernier. Il y a donc une tendance à la baisse entre 2018 et 2012 ce qui semble peu compatible avec un doublement du nombre de sièges entre 2014 et 2019 au niveau régional.

Ensuite, le score attribué à la N-VA en mai prochain repose sur un sondage en interrogeant 759 Bruxellois dont 10% de Flamands, soit « seulement » 76 électeurs. Il devient hasardeux d’en tirer de grandes conclusions.

Enfin, la troisième réserve concerne la stratégie de la N-VA elle-même. On ne peut pas dire qu’elle ait envoyé un « gros poisson » pour gagner la campagne à Bruxelles. Aucun des 5 ministres et secrétaires d’Etat N-VA du gouvernement Michel n’est sur une liste bruxelloise et de même, aucun des quatre ministres N-VA du gouvernement flamand ne s’y trouve. La tête de liste pour la région bruxelloise est la députée, relativement peu connue, Cieltje Van Achter. Et sur la liste bruxelloise pour la Chambre, c’est Elias Kartout qui est en pôle… lui qui n’a jamais été élu lors d’un scrutin. Bref, la N-VA ne semble pas faire le forcing au niveau bruxellois et le scenario de blocage semble peu probable pour cette élection-ci.

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