La modernisation des blindés Pandur un fiasco ? Pas vraiment selon l'expert Joseph Henrotin

L'armée belge a investi 30 millions dans la modernisation de véhicules blindés devenus inutilisables.
L'armée belge a investi 30 millions dans la modernisation de véhicules blindés devenus inutilisables. - © ROBERT VANDEN BRUGGE - BELGA

Hier, Ecolo Groen lançait un pavé dans la mare de la Défense, en affirmant que les véhicules blindés en cours de modernisation ne pouvaient plus être utilisés en toute sécurité. Ce que révèlent, disaient les verts, des documents internes de la Défense. Parmi les anomalies constatées, des difficultés de freinage ou de direction dans les véhicules blindés modifiés. La Défense reconnaît les problèmes, mais affirme que les changements actuels ne sont pas définitifs.

Des véhicules blindés Pandur

En 1996, la Défense a acheté divers véhicules blindés de type Pandur utilisés pour le commandement, le service médical ou la reconnaissance. Après plus de 20 ans de service, ces véhicules Midlife Update (MLU), réalisés par le constructeur suisse Mowag, devaient être rénovés et adaptés en profondeur. Blindage et air conditionné font partie des modifications qui étaient nécessaires pour pouvoir continuer à utiliser les véhicules en toute sécurité lors des missions à l’étranger.

Le hic, c’est que ces modernisations réduisent l’habitacle du véhicule blindé. Un groupe test a constaté que les modifications entraînaient "un risque très élevé (à l’usage)" et rendaient la vie à bord très inconfortable. Les membres de ce groupe ont des difficultés à appuyer sur les pédales et à s’introduire dans le véhicule ou à en sortir.


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La conclusion de ce groupe est claire : les véhicules ne sont pas opérationnels et peu pratiques. L’une solution serait de sélectionner uniquement des militaires chauffeurs et tireurs de moins d’1m70. La Défense examine la situation avec le constructeur suisse. Les véhicules devaient être exploités en 2021 au Mali, mais une telle échéance semble aujourd’hui irréalisable. Ces véhicules blindés Pandur ne sont pas attendus avant 2022.

Dépense inutile de 30 millions d’euros ?

Ecolo réagit avec indignation à l’information. Julie Chanson, membre Ecolo de la Commission de la Défense, explique : "Manifestement, cette décision du Ministre de la Défense de l’époque, Steven Vandeput (N-VA), de moderniser le Pandur plutôt, par exemple, de le remplacer par d’autres véhicules de reconnaissance, était une ineptie. Elle a conduit à une dépense inutile de 30 millions d’euros. A l’heure où les dépenses publiques sont compressées et où la Défense se plaint d’un manque d’investissement, il importe pourtant que chaque dépense soit bien pensée, plutôt que de voir l’argent jeté par les fenêtres !"

Une transformation qui n’est pas catastrophique, selon l’expert Joseph Henrotin

Pour Joseph Henrotin, "effectivement ces véhicules sont un tout petit peu plus lourds, ce qui de fait pose quelques problèmes au niveau du freinage, mais n’empêche pas le freinage. Ils restent parfaitement utilisables dans leur fonction première qui est celle de la reconnaissance".

Quant à sélectionner des militaires d’un mètre 70, "dans toutes les armées européennes, ce n’est pas du tout exceptionnel, on demande effectivement aux pilotes de blindés, aux chefs de pièces, aux chargeurs éventuellement, d’être relativement petits par rapport aux standards européens contemporains, simplement parce que la plupart des véhicules blindés sont relativement compactsCette transformation n’est absolument pas catastrophique, c’est une adaptation qui s’est faite un petit peu dans une logique de bricolage, mais qui, au final, produit des résultats qui sont malgré tout assez intéressants, une solution qui fonctionne même si elle n’est pas optimale, c’est une polémique qui devrait être fortement relativisée".

La Défense, elle, devrait donner plus d’explications cet après-midi.

Journal télévisé 13H

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