La mesure "fenêtre" qui fait bouillonner la SNCB et les syndicats ira-t-elle de pair avec des arrêts de travail ?

Les principaux syndicats des cheminots rejoignent les arguments de l’administratrice déléguée de la SNCB Sophie Dutordoir à propos de la mesure "fenêtre", qui limite le nombre de voyageurs dans les trains vers la côte aux places disponibles près des fenêtres. Ils redoutent un afflux ingérable de voyageurs et demandent au gouvernement de revoir sa copie.

Les syndicats appellent à l’apaisement. Que se passera-t-il si rien ne bouge ? Des arrêts de travail ne sont pas à exclure.

Direction et syndicat du rail parlent d’une même voix

Dans une lettre adressée au Premier ministre Alexander De Croo, au ministre de la mobilité Georges Gilkinet et à la ministre de l’intérieur Annelies Verlinden, la CEO du rail n’y va pas par quatre chemins : elle menace de stopper le trafic ferroviaire si la SNCB n’est pas en mesure "d’exécuter sa mission de service public dans des conditions sûres." Elle ajoute, "Les risques à l’égard des voyageurs et de notre personnel seraient alors inacceptables."

Dans ce contexte, Sophie Dutordoir demande au gouvernement soit d’annuler la mesure fenêtre pour assurer au mieux l’afflux de voyageurs vers la côte, soit de prendre une mesure d’ordre public pour limiter les déplacements en train vers la côte. Une réaction qui trouve un écho auprès des syndicats, notamment de la CGSP Cheminots et de la CSC Transcom.

Les agents du rail ne sont pas des videurs de boîte de nuit

"Le personnel du chemin de fer ne peut pas assumer seul les mesures prises par le Comité de concertation (Codeco)", explique le président national de la CGSP Cheminots, Pierre Lejeune. "Ce n’est pas au personnel de la SNCB de vérifier que les voyageurs respectent les conditions de sécurité, de contrôler les flux de voyageurs dans les gares et sur les quais. Il nous faut plus de moyens pour que tout se déroule dans les meilleures conditions de sécurité possible."

Autrement dit, pour reprendre l’expression de Marianne Lerouge de la CSC Transcom, "Les agents de la SNCB ne sont pas des videurs de boîte de nuit. Ils ne peuvent pas être tenus pour responsables", poursuit-elle, "de mesures qui en pratique ne tiennent pas la route."

Une responsabilité politique ?

Or force est de constater que l’afflux de voyageurs est bien réel, la cohue sur certains quais ces derniers jours l’a montré. Pour Marianne Lerouge de la CSC Transcom, "Il est légitime que la population, fatiguée par un an de pandémie, veuille passer une journée à la mer. Le problème, c’est que les cheminots vont devoir faire le tri entre qui a droit et qui n’aurait pas droit à cette bouffée d’oxygène puisque tout le monde veut partir en même temps. La responsabilité est ici dans le camp politique qui doit prendre des mesures cohérentes." 

Les deux syndicats dénoncent également des mesures prises pour satisfaire les bourgmestres de la côte, au détriment du personnel de la SNCB.

Fenêtre sur cour

Le gouvernement De Croo va-t-il maintenir la mesure "fenêtre" telle quelle ou va-t-il la supprimer comme le demandent la SNCB et les syndicats du rail, voire l’amender ? Le ministre de la mobilité Georges Gilkinet ne laisse pas planer beaucoup de doute à ce stade. Pour le ministre, la mesure sera bien appliquée. "Les mesures sont certes difficiles à gérer par le personnel de la SNCB mais elles sont nécessaires. " Et du personnel supplémentaire serait requis pour assurer le trafic vers la mer. "On aidera la SNCB à mettre en œuvre la mesure, avec l'aide de la police. Et chaque citoyen peut aider la SNCB en choisissant d'autres destinations que la côte", conclut le ministre fédéral de la mobilité. 

La mesure "fenêtre" n’a probablement pas encore dit son dernier mot. On s’attend à des questions sur le sujet cet après-midi à la Chambre, dans le cadre de l’exercice hebdomadaire des questions orales.

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