La loi sur l'euthanasie: "Il faut adapter les procédures et revisser certains boulons"

Philosophe et membre du comité consultatif de bioéthique, Michel Dupuis contribuera à l’avis remis prochainement aux politiques à propos de l’opportunité -ou pas- de modifier la loi sur l’euthanasie. Il craint la surenchère émotionnelle et appelle à "dépassionnaliser les choses".

Au hasard de cas individuels cités dans la presse, l’euthanasie s’invite régulièrement dans les débats. Cette fois, c’est le cas d’une dame de 38 ans, Tine Nys, atteinte d’une maladie psychique dont l’euthanasie ("une mort bâclée" selon ses sœurs) est remise en cause. Ce qui repose une nouvelle fois la question essentielle : une maladie mentale est-elle incurable? Et dans la foulée, faut-il modifier la loi? La réflexion est (re)lancée aujourd'hui par un groupe d’experts réunis dans une commission du comité consultatif de bioéthique.

Michel Dupuis émet un avis de prudence: "A partir de quand peut-on dire qu’une maladie est incurable? Il faut dépassionnaliser les choses. Il y a une surenchère émotionnelle. Mais il est heureux que l’euthanasie ne soit pas banalisée et reste problématique."

Les maladies physiques, "moins compliquées"

Pour le philosophe, c’est la nature de la maladie qui rend certaines situations plus compliquées. "Si un patient est conscient, émet clairement son désir de mourir et que la maladie dont il souffre est connue, c’est moins compliqué. Mais lorsque la situation est confuse, avec des patient déments, voire mineurs, c’est plus complexe."

"Non" à une liste des maladies autorisées

Aux yeux du philosophe, clarifier la loi ne veut pourtant pas dire la modifier. "Il ne faut pas limiter la loi en y intégrant une liste des affections autorisées ou non. On a intérêt à revenir sur la loi et modifier certains éléments en se donnant le temps politique et éthique." Michel Dupuis souligne les "résultats problématiques" de la commission de contrôle. Avec notamment une forte différence entre le nombre des dossiers francophones et néerlandophones. "La commission n’a pas les moyens de sa mission. Il faut revoir les procédures d’encadrement" et singulièrement, les procédures qui amènent à la décision finale du médecin. Ce sont ces procédures qui doivent être "rediscutées calmement."

Les médecins aux mains sales

Dans les cas des maladies psychiques ou non terminales, l’intervention de trois médecins est requise: celui qui fera l’euthanasie, un médecin extérieur, et un troisième qui devrait être une psychiatre chargé de fournir un avis complémentaire. Dans la réalité, explique le philosophe, cela ne marche pas efficacement: "Il faut vérifier s’il n’y a pas de conflit d’intérêts entre les médecins. Et être plus clair sur le choix du médecin chargé de pratiquer l’euthanasie. Je comprends que des praticiens proches des maladies physiques éprouvent le sentiment d’avoir le sale boulot alors que les psys ne toucheraient jamais à la seringue."

La commission manque de moyens

Le problème de la loi viendrait de ce que la commissions actuelle manque de moyens: "L’euthanasie n’est pas banale. Elle reste une transgression. Il faut mieux organiser la communication avec les proches. Les tristesses et les chagrins doivent s’exprimer. Une éthique de la compassion et de la charité permet de faire des actes de transgression mais les choses doivent être claires. Il faut améliorer certaines procédures et revisser certains boulons "

Le refus d’hôpitaux confessionnels de pratiquer l’euthanasie

Se définissant comme un penseur catholique, Michel Dupuis constate que le monde chrétien a des traditions qui n’accordent par toujours la confiance nécessaire aux personnes: "La loi fait allusion à la conscience individuelle du médecin. Des institutions associées à une tradition religieuses ont tout intérêt à miser sur la conscience des personnes qui travaillent dans leurs murs. Il ne faut pas manquer le rendez-vous avec la conscience des médecins qui est essentielle. " Une position qui le met en désaccord, sur ce point, avec le primat de Belgique.

Ce que fera la commission…

Aujourd’hui, c’est bien une commission d’experts du Comité consultation de bioéthique qui se réunit. Le but est d’aider le Comité à se prononcer sur ces situations particulières de patients qui ne sont pas dans un état terminal. Dans son rôle consultatif, le Comité rendra ensuite un avis, mais ce sera, in fine, au politique à prendre des arbitrages : "Le moment venu et ce sont des majorités politiques qui doivent faire la différence."

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