La grande mosquée du Cinquantenaire publie enfin ses comptes

La grande mosquée du Cinquantenaire à Bruxelles.
La grande mosquée du Cinquantenaire à Bruxelles. - © ERIC LALMAND - BELGA

Après moult débats et polémiques, le Centre islamique et culturel de Belgique qui gère la grande mosquée du Cinquantenaire a enfin déposé ses comptes auprès du greffe du tribunal de commerce de Bruxelles. Des comptes consultables sur le site de la Banque nationale de Belgique. Les tableaux déposés les 13 et 17 mai derniers portent uniquement sur les exercices 2012, 2013 et 2014. Rien encore pour 2015 ni pour les années avant 2012.

Dons, legs et subsides

Que nous apprennent en tout cas à ce stade les données financières de l'AISBL (association internationale sans but lucratif) aujourd'hui accessibles? A la fin 2014, l'actif de l'ASBL était de 280 773 euros et son résultat d'exploitation de 2 058 euros. Information intéressante: les cotisations, dons, legs et subsides étaient évalués à 1 074 579 euros (784 406 euros en 2013, 554 046 euros en 2012). La provenance de ces ressources n'est pas connue. Même si l'on sait que le centre dépend de l'Arabie saoudite via la Ligue mondiale islamique, le président du conseil général et du bureau de l'exécutif de l'AISBL étant l'ambassadeur d'Arabie Saoudite à Bruxelles. Le directeur du centre est depuis octobre 2012 le Saoudien Jamal Saleh Momenah. Rappelons que l'association a été constituée en 1968. L'année suivante, c'est le roi Baudouin qui confie officiellement les clés du lieu au royaume saoudien. 

Les frais de personnel du centre se chiffrent pour leur part à 719 725 euros en 2014 (711 561 en 2013, 354 876 en 2012 et 397 442 en 2011). Fin de l'exercice, le centre totalisait 15 équivalents temps-plein (contre 15,9 fin 2013 et 14 fin 2012) composés de deux tiers d'hommes et un tiers de femmes.

Islam wahhabite

Depuis plusieurs mois, la mosquée du Cinquantenaire est au centre d'une polémique. L'AISBL qui la gère n'a jamais déposé ses comptes, ce qui est pourtant une obligation. Plusieurs politiques voient dans cette institution un organe de diffusion du courant wahhabite (islam ultraconservateur) en Belgique. Reste que pour la majorité des fidèles, la mosquée du Cinquantenaire est d'abord considéré un espace de prière et de rassemblement des musulmans, le plus grand de la Région bruxelloise. C'est d'ailleurs là que se sont tenues les funérailles de l'une des victimes des attentats du 22 mars à la station Maelbeek.

Récemment, dans "Questions à la Une", le ministre-président de la Région de Bruxelles Rudi Vervoort (PS) demandait à l'Arabie saoudite de laisser "les musulmans bruxellois en paix" et de ne plus gérer la mosquée. Dans le même reportage, le ministre de tutelle des cultes Koen Geens (CD&V) refusait de répondre aux questions relatives à la non-publication des comptes de l'AISBL.

Plainte

Le mois dernier, un citoyen liégeois citait l'association gérant la mosquée devant le tribunal de première instance de Bruxelles. Marc Goffin, 64 ans, réclamait la dissolution pure et simple de celle-ci pour non-publication de ses comptes annuels. Une démarche qui avait peu de chances d'aboutir, le centre ayant annoncé dans la foulée son intention de publier rapidement ses données financières.

Pour Inès Wouters, avocate du centre islamique, "d'autres comptes seront déposés, les gestionnaires du centre ne vont pas s'arrêter en chemin. Et il est faux de croire que les comptes n'étaient jamais tenus. Chaque année, ceux-ci sont établis mais pas publiés." Une des raisons soufflées: le statut hybride de l'ASBL.

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