La Flandre fustige l'Europe parce qu'elle veut octroyer des fonds à… la Wallonie

La répartition du Fonds européen pour une transition juste irrite Jan Jambon (N-VA)
La répartition du Fonds européen pour une transition juste irrite Jan Jambon (N-VA) - © POOL FREDERIC SIERAKOWSKI - BELGA

Pas content, Jan Jambon (N-VA), et il le fait savoir. Le ministre-président flamand a sorti sa plus belle plume pour écrire à la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Objet de son courroux : le projet de répartition du "Fonds pour une transition juste" qui prévoit de distribuer aux arrondissements de Tournai, Mons et Charleroi les 68 millions réservés à la Belgique. La totalité de la somme irait donc en Wallonie sans que la Flandre ne reçoive quoi que ce soit. Il ne s’agit pour l’heure que d’un projet de répartition, des négociations doivent encore avoir lieu, d’où la levée de boucliers rapide du premier flamand, qui espère pouvoir changer les choses.

Des critères économiques et sociaux

Ce "fonds pour une transition juste" fait partie du Pacte vert européen (Green Deal), un plan global de près de 1000 milliards d’euros d’investissements pour faire de l’Europe une économie climatiquement neutre en 2050. Le fonds au cœur de la polémique représente 7,5 milliards d’euros (de 2021 à 2027) et vise à assainir l’industrie lourde et à soutenir les travailleurs du secteur des énergies fossiles. Il s’agit d’atténuer l’impact socio-économique de la transition dans des régions très dépendantes des combustibles fossiles ou des activités industrielles polluantes. Sur son site, la Commission européenne explique : "Le Fonds […] aidera par exemple des travailleurs à acquérir les connaissances et compétences nécessaires au marché du travail de demain, et les PME, start-up et pépinières d’entreprises à créer de nouvelles perspectives économiques dans ces régions. Il soutiendra également les investissements dans la transition vers une énergie propre, par exemple en matière d’efficacité énergétique."

La Belgique s’est vue attribuer 0,9% de ce fonds, soit 68 millions d’euros au total. Un montant plutôt bas qui avait déjà fait grincer des dents certains. Avec 2 milliards prévus, la Pologne sera le principal bénéficiaire de l’argent européen, suivie de l’Allemagne (877 millions).

Pour ce qui est de la répartition de ce Fonds entre les régions des 27 États membres, la commission se base sur des indicateurs économiques et sociaux dont : les émissions de gaz à effet de serre des industries de la région (au-dessus de la moyenne européenne), le niveau d’emploi de l’industrie dans ces régions plus polluantes (le nombre de pertes d’emploi potentielles). La commission tient aussi compte du revenu par habitant, afin que l’argent aille vers les régions les moins développées.

"Les industries d’Anvers et de Gand représentent plus de 60% des émissions totales de la Belgique"

C’est la combinaison de ces critères, notamment le critère social, qui place le Hainaut en pole position pour cette aide européenne. La pollution y est plus importante que la moyenne européenne et surtout l’industrie emploi près de 18% des travailleurs de la province, principalement dans les industries métallurgiques, chimiques, énergétiques et extractives. La commission note que deux tiers du ciment belge est produit en Hainaut. Elle invite la province à "se concentrer sur la diversification économique et sur l’attrait de la région pour de nouveaux investisseurs modernes. Par exemple, dans le domaine du développement durable, de la mobilité et des TIC."

Jan Jambon (N-VA) ne partage pas cette analyse et l’a donc fait savoir à la présidente de la commission dans une lettre que détaille le journal De Morgen. Le ministre-président flamand écrit : " Je ne peux que conclure que votre proposition serait financièrement désavantageuse à la Flandre et ne tient pas compte des investissements conséquents que nous avons déjà consentis pour transformer notre économie et faire baisser nos émissions." Jan Jambon insiste, avec un argument qui ne manque pas de sel puisqu’il explique qu’à elles seules, les industries d’Anvers et de Gand représentent plus de 60% des émissions totales de la Belgique.

Avant lui, la ministre flamande du climat, Zuhal Demir (N-VA) avait déjà fait part des objections de la région, qualifiant d’inacceptable la répartition du Fonds. Selon elle, le Fonds pour une transition juste favorise les pays qui n’ont pas encore investi dans la transition écologique. Ce qui n’est pas le cas de la Flandre.

Ces objections flamandes peuvent-elles changer la donne ? On l’a dit, il s’agit d’un projet de répartition du Fonds européen qui doit encore être négocié avec les différents Etats membres. Cela dit, la question de la répartition de ces aides a déjà été discutée au sein du gouvernement fédéral belge, sans que les critiques flamandes ne trouvent d’échos. Or, la commission négocie avec l’État fédéral et non avec les régions. Ce n’est donc pas gagné pour Jan Jambon, mais qui sait, en période de formation gouvernementale, tout peut toujours arriver.

> > Le journal télévisé du 14 janvier 2020

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