La Flandre envisage une pause "d'au moins deux ans" des adoptions internationales

Un "rapport d'experts" sur l'adoption internationale fait débat jeudi dans le nord du pays, où le ministre flamand compétent s'apprête à exposer une note à son gouvernement, recommandant une "pause des adoptions".

Le ministre flamand en charge de la famille, Wouter Beke, estime qu'il faudrait mettre les adoptions internationales sur "pause" durant au moins deux ans, le temps de réformer en profondeur le système flamand. La note qu'il va transmettre à ce sujet au gouvernement flamand ne vient pas de nulle part: elle s'appuie sur les recommandations d'un "panel d'experts" mis sur pied en Flandre en 2019.

A l'origine de la création de ce panel: le constat que les adoptions internationales ont donné lieu par le passé à de nombreuses fraudes et pratiques troubles. Les "experts" ont finalement dégagé 20 recommandations, qui tournent autour d'un changement de paradigme. L'objectif est aussi de maintenir l'adoption internationale comme solution en dernier ressort: mieux vaut investir dans les systèmes locaux de soins, et adopter une attitude "passive" par rapport à l'adoption internationale. 

Les experts, qui comprennent l'avocate en droit de la famille Veronique Van Asch, mais aussi des universitaires et chercheurs, dont des personnes adoptées, recommandent aussi de centraliser les services flamands en charge de l'adoption. 

Expliquant jeudi sa vision d'une "pause" des adoptions, M. Beke a insisté sur le fait qu'il ne s'agirait pas d'un arrêt complet et brutal. 


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Les réactions politiques

A plus long terme, les "listes d'attente" de parents potentiels seraient remplacées par un "pool" général de familles étant disposées à accueillir un enfant dans le besoin, comme ce qui existe dans le système des familles d'accueil pour enfants placés. Il s'agirait d'ailleurs d'un seul pool, avec la volonté de diriger aussi des candidats-adoptants vers l'accueil. 

Le ministre CD&V a indiqué qu'un nouveau panel serait instauré à court terme, pour définir des lignes de conduite concrètes en matière de collaboration avec les pays d'origine qui investissent eux-mêmes dans des soins qualitatifs.

L'annonce de jeudi a entraîné des réactions diverses, plus particulièrement l'idée d'une pause de deux ans, qui ne plait pas à tous. Depuis la majorité, l'élu N-VA Lorin Parys a ainsi estimé qu'avec une telle pause, on allait "laisser tomber les enfants les plus vulnérables". 

Côté Open Vld, l'élu Maurits Vande Reyde indique soutenir les conclusions des experts et être en faveur d'une réforme du système, mais se montre plus prudent quant à une "pause". 

Des pistes pour l'avenir

Un point qui est également abordé par les experts dans leur rapport est la reconnaissance des erreurs du passé. Il faudrait pouvoir reconnaitre publiquement comme victimes les personnes qui ont été adoptées via un processus frauduleux, avancent les auteurs. 

Cette piste est applaudie côté francophone par le député MR Michel De Maegd, qui souhaite faire monter cette question au fédéral. Le libéral avait déposé en juin une proposition de résolution à la Chambre, appelant le gouvernement fédéral à mener une enquête sur les adoptions illégales et proposant d'accorder un statut de victime aux personnes concernées, rappelle-t-il. Elle sera prochainement débattue.

Les trois services d'adoption reconnus au nord du pays, Ray of Hope, Het Kleine Mirakel et Fiac-Horizon, se montent pour leur part très critiques. Ils affirment ne pas avoir été impliqués ni entendus par les experts et demandent dès lors à pouvoir s'exprimer lors d'une audition. Ils craignent que la "pause adoption" proposée ne "paralyse" l'adoption internationale.

Processus d'adoption: JT 23/01/2020

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