La discrimination à l'embauche sur base du sexe: une réalité sous-estimée?

Un candidat à l'emploi de gestionnaire des stocks dans un magasin de vêtements n'a pas obtenu ce travail parce qu'il était un homme. La société a justifié son refus de cette façon par écrit et elle a été condamnée en application de la loi Genre du 10 mai 2017, tendant à lutter contre certaines formes de discriminations.

Selon cette loi, refuser une candidature en raison du sexe est de la discrimination. Cette loi s’applique à l’ensemble du processus de recrutement, de l’offre d’emploi à la sélection. Toute candidature doit être évaluée sur base de critères objectifs en lien avec le poste à pourvoir. L’employeur est libre de choisir la personne la plus compétente, selon elle/lui, mais sa liberté est limitée par le principe de non-discrimination, rappelle l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes.

Aucune exception n'est prévue dans cette loi. Pourtant il y a encore de nombreux employeurs qui veulent embaucher spécifiquement un homme ou une femme. Marie-Cécile Jacques, directrice d'Exaris Interim, une agence spécialisée dans l'insertion des jeunes non qualifiés, témoigne que les clichés ont la vie dure chez certains employeurs: "On a régulièrement des clients qui nous font des demandes discriminantes. On est outillé pour pouvoir répondre à ces demandes. Il y a des argumentaires qu'on peut utiliser face à ces demandes discriminantes. Par exemple face à un client qui nous demanderait spécifiquement un homme pour décharger un camion, en disant que c'est un travail assez physique, c'est à nous de démontrer que les compétences physiques d'une femme peuvent tout à fait être mises en évidence pour ce type de travail. Il n'y a pas que les hommes qui sont capables de décharger un camion et de remplir des rayons d'un supermarché".

La discrimination à l'embauche sur base du sexe est une réalité

En 2017, 46% des signalements auprès de l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes portaient sur des discriminations liées à la situation professionnelle. Et parmi ceux-ci, 42% sont liés au recrutement et à la sélection. Les femmes restent les principales victimes de discrimination dans le milieu professionnel, mais le recrutement semble être une phase où les hommes signalent être presque autant victimes de discrimination que les femmes, selon l'Institut. "Les hommes vont plutôt être refusés dans des emplois dits 'typiquement féminins' comme le secteur de la vente, celui de l'esthétique ou encore celui de la petite enfance. Ou pour certaines fonctions comme par exemple le secrétariat. Tandis que femmes, elles vont plutôt être refusées pour des emplois dits 'typiquement masculins' comme le transport routier ou encore la boucherie" explique Pauline Loeckx, juriste à l'Institut pour l'égalité des femmes et des hommes. Ces employeurs ne tiennent pas compte des compétences réelles, poursuit-elle : "Ils s'arrêtent à un stéréotype sans vérifier si la personne est effectivement capable d'exercer l'emploi".

En 2016, l’Institut a enregistré 549 dossiers, soit 231 demandes d’informations et 318 plaintes. Le nombre total de signalements a augmenté de 18% par rapport à 2015, et de 50% par rapport à 2014. Parmi les plaintes déposées pour des discriminations liées au recrutement, 60% sont déposées par des femmes et 40% par des hommes. Pour autant, l’Institut précise que, même si le nombre de plaintes augmente constamment, ces faits sont encore amplement sous-rapportés. Ils ne représentent que la partie émergée de l’iceberg.

Une personne qui estime avoir fait l’objet d’une discrimination (à l'embauche ou autre), elle peut contacter l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes via le numéro vert 0800/12.800, via email (egalite.hommesfemmes@iefh.belgique.be) ou via le site internet.

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