La Défense fait son mea culpa et détaille les mesures après l’affaire "Jürgen Conings"

La ministre de la Défense, Ludivide Dedonder (PS) et le Chef de la Défense, l’Amiral Michel Hofman ont fait le point après l’affaire "Jürgen Conings", ce militaire de 46 ans, en fuite dans le Limbourg depuis une semaine. Ils ont présenté les mesures prises depuis ces événements. C’était aussi l’occasion de reconnaître que des erreurs ont été commises au sein de la Défense qui n’ont pas permis d’éviter cet incident et d’autres, comme l’incendie à Brecht en avril.

Le SGRS a commis des erreurs, reconnaît le Chef de la Défense

Comment expliquer que le militaire Jürgen Conings ait eu accès encore récemment à des armes alors que depuis 2019 le SGRS, le Service Général du Renseignement et de la Sécurité (les renseignements militaires) avait repéré ses liens avec l’extrême droite et des propos tenus sur Facebook ?

Devant ce constat, le Chef de la Défense, l’Amiral Michel Hofman reconnaît que le SGRS a commis des erreurs dans le dossier "Jürgen Conings". "Le SGRS a commis des erreurs dans l’affaire qui nous occupe", a-t-il déclaré en pointant des problèmes dans le flux des informations, des "lacunes dans le respect des procédures et des règles", une "érosion" des connaissances, de l’expertise et des bonnes pratiques "qui ont fait que ce genre d’incident s’est produit".

Le Chef de la Défense annonce que les premières conclusions de l’enquête interne de l’inspection générale de la Défense, toujours en cours, seront communiquées ce mardi après-midi à la ministre de la Défense et demain/mercredi à la commission Défense de la Chambre.

Il confirme que la Défense prête appui à la police dans la traque du militaire par le biais d’un peloton d’intervention rapide, d’un drone et l’assistance de divers spécialistes.

Jürgen Conings n’est pas "un héros", selon le Chef de la Défense

L’Amiral Hofman, condamne les agissements du soldat Conings, "même s’il peut, selon son curriculum, montrer une carrière militaire avec 10 opérations, ce qui est impressionnant". Mais le Chef de la Défense rappelle que tout militaire a juré fidélité au Roi, obéissance à la constitution et aux lois du Peuple belge. Dès lors, le Chef de la Défense "partage l’indignation publique à propos de ce qui s’est passé" et "regrette aussi très profondément que certains à la Défense et dans la population dépeignent Conings comme une victime, un résistant ou, pire, un héros. Ce n’est certainement pas le cas".

L’Amiral Hofman affirme que la Défense fait tout ce qui est en son pouvoir pour trouver la solution à cette crise. Il espère "un dénouement proche et surtout, sans aucune victime".

"La robustesse de la Défense n’est plus ce qu’elle était…"

"Nous avons commis des erreurs, c’est indiscutable et nous le reconnaissons très humblement", a-t-il ajouté. Ces erreurs concernent non seulement la fuite du militaire Jürgen Conings, mais aussi d’autres affaires comme l’incendie qui a ravagé plusieurs hectares à Brecht, fin avril. "La succession de ces incidents visibles ou moins visibles ne sont que des indicateurs que la robustesse de notre organisation n’est plus ce qu’elle était", souligne le Chef de la Défense.

Pour le Chef de la Défense, ces incidents confirment que la réforme en cours au sein de l’armée est nécessaire, même si elle relève du défi. Pour l’Amiral Hofman, le département de la Défense "est en route pour redevenir ce qu’il doit être, une organisation efficiente, opérationnelle et transparente".

La ministre s’inquiète du soutien dont bénéficie Jürgen Conings

De son côté, la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS) a estimé "inquiétant", le soutien dont bénéficie actuellement Jürgen Conings. "Soutenir cet homme, c’est soutenir un homme qui menace de blesser et de tuer des innocents", estime la ministre de la Défense. "Le fait que cet individu soit ainsi soutenu sur les réseaux sociaux montre que les idées radicales et extrémistes sont tolérées, voire endossées par certains depuis trop longtemps", ajoute la ministre qui regrette aussi "que certains militaires ou anciens militaires aient affiché leur soutien au sein de ces groupes", nuisant ainsi "à réputation et à l’honneur des 25.000 femmes et hommes qui composent la Défense".

Notons que depuis ce mardi, Facebook a supprimé un groupe de soutien à Jürgen Conings qui comptait 50.000 membres. 

La ministre veut aussi modifier la loi sur les habilitations de sécurité

La ministre a de son côté annoncé qu’un audit avait été demandé à l’inspection générale avec des conclusions attendues pour ce mercredi. Une enquête du Comité R est aussi ouverte afin d’apporter un "éclairage sur les manquements". Jusqu’à présent, onze membres de la Défense ont été écartés en raison de liens avec des mouvements extrémistes violents et d’autres mesures pourraient suivre dans les prochains jours, a-t-elle annoncé.

Ludivine Dedonder a également fait part de son intention de modifier la loi concernant les habilitations de sécurité avec renforcement du mécanisme de contrôle de l’entrée des quartiers. Elle veut aussi finaliser la révision du statut disciplinaire. Des mesures au cas par cas pourront aussi être prises et, pour les cas les plus graves, des mesures disciplinaires statutaires et un retrait d’emploi sont envisagés. Selon elle, il existe un "besoin de screening du personnel tout au long de la carrière".

"Il n’y a pas de place à la Défense pour les idéologies extrémistes et violentes, de quelque bord que ce soit. L’extrémisme, le sexisme et le racisme n’ont pas leur place au sein de notre armée", a conclu Mme Dedonder.

 

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