La concertation sociale va jouer les prolongations

La concertation sociale : les partenaires restent à table (archive de décembre 2014)
La concertation sociale : les partenaires restent à table (archive de décembre 2014) - © THIERRY ROGE - BELGA

Employeurs et syndicats se sont quittés sans accord en début de soirée et se reverront mercredi. C’est le début d'une semaine cruciale sur le plan social. Le gouvernement s'était engagé à laisser les partenaires sociaux tenter de dégager un accord interprofessionnel entre eux. Sur les salaires ou la répartition de l'enveloppe bien être, notamment. Ces discussions venaient à échéance ce lundi avec une ultime réunion, en principe, du groupe des 10, et avant une nouvelle rencontre avec le gouvernement fédéral vendredi.

Les partenaires sociaux, réunis au sein du Groupe des 10, ont interrompu leurs négociations lundi vers 20h30, sans avoir trouvé d'accord sur la formation des salaires, a annoncé la présidente du Groupe des 10 et présidente de la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), Michèle Sioen.

La réunion, qui faisait suite à deux précédentes réunions la semaine dernière, avait débuté à 15h. "Il y a encore beaucoup de boulot. Nous avons décidé d'arrêter les travaux" pour aujourd'hui, a déclaré Michèle Sioen, tout en soulignant que la volonté des parties autour de la table était toujours de trouver un accord.

Une nouvelle réunion du Groupe des 10 a été fixée à ce mercredi 28 janvier, à partir de 16h30. D'ici là, des experts se rencontreront pour effectuer de nouveaux calculs.

Trois dossiers figurent sur la table de la concertation sociale, au premier rang desquels la formation des salaires pour la période 2015-2016 et la question d'une éventuelle marge salariale. Selon le rapport technique du Conseil central de l'économie (CCE), l'écart salarial entre la Belgique et ses trois principaux voisins a été ramené à 2,9% fin 2014 contre 4,2% fin 2013 et 4% fin 2012. Les syndicats y voient de quoi permettre une augmentation des salaires là où le patronat demande de poursuivre les efforts visant au rétablissement de la compétitivité des entreprises.

Les partenaires sociaux doivent en outre s'entendre sur la répartition de l'enveloppe bien-être, dont le montant est fixé à 319,5 millions d'euros en 2015 et 627,2 millions d'euros en 2016, et couler en conventions collectives de travail (CCT) le "mini-compromis", comme d'aucuns l'ont surnommé, conclu mi-décembre au sujet, notamment, des mesures relatives aux fins de carrière et à l'harmonisation des statuts.

Avant la réunion de ce mercredi, plusieurs négociateurs avaient laissé entendre que les discussions seraient "très difficiles". "Quand il y a peu à donner, le partage est difficile", a confié un membre du Groupe des 10 à l'issue de la réunion.

L'échéance pour aboutir à un accord est fixée au vendredi 30 janvier. Ce jour-là, les partenaires sociaux ont en effet rendez-vous avec le gouvernement fédéral. En cas de désaccord, c'est à ce dernier qu'il reviendra de trancher, avec le risque de voir voler en éclats la fragile trêve sociale en vigueur depuis quelques semaines.

Une semaine cruciale

Cette période de négociation s'est accompagnée d'une trêve sociale, les syndicats mettant entre parenthèses leurs actions.

Mais les syndicats veulent des avancées : sur les salaires, tout d’abord, avec des augmentations pour les deux années à venir. Ils réclament aussi la suppression du saut d'index, prévu par le gouvernement et réclamé par les employeurs. C’est le nœud principal de ces négociations. Mais les constats divergent : les syndicats estiment qu’au vu des évolutions de salaires prévues dans les 3 pays voisins (France, Allemagne et Pays-Bas) dans les 2 ans, il y a une marge pour des augmentations aussi en Belgique. Les hausses prévues chez nos voisins sont estimées par le Conseil central de l’économie entre 3,9 et 5%. D’autant plus, disent les syndicats, que l’écart salarial avec ces 3 pays, s’est fortement réduit ces dernières années et s’établit aujourd’hui à 2,9%. Les employeurs, eux, estiment que la marge est nulle, que l’écart salarial accumulé reste important. Ils continuent à réclamer un saut d’index.

Autre point important de la négociation : la répartition de l'enveloppe Bien-être aussi (319 millions d’euros en 2015 et 627 millions en 2016), qui doit permettre d'augmenter les allocations sociales et les petites pensions.

Enfin, patrons et syndicats doivent aussi s'accorder sur des conventions collectives organisant par exemple une période de transition pour les mesures du gouvernement sur les prépensions. Conventions mettant en œuvre l’accord conclu fin décembre.

Arbitrage

Ces deux derniers points ont été négociés entre patrons et syndicats au sein du Conseil National du Travail. Les derniers arbitrages auront lieu en principe ce lundi au groupe des 10. Les négociateurs du groupe des 10 se sont eux centrés sur les salaires.

Alors, accord ou pas ce lundi? Les interlocuteurs sociaux restent très discrets. Rien n'a filtré en fin de semaine dernière à l'issue de la dernière réunion. Bon signe ou non? La CNE, la centrale employés de la CSC a en tout décidé de mettre la pression, en déposant un préavis pour janvier et février. En point de mire: le saut d'index.

La balle dans le camp du gouvernement

Semaine cruciale, donc, pour l’avenir de la concertation sociale. On verra si un accord interprofessionnel est possible. Si oui, l’accord pourrait alors être présenté au gouvernement vendredi. Si non, la balle reviendra dans les mains du gouvernement qui tranchera. La concertation sociale aura alors vécu. Mais, on peut aussi imaginer une solution médiane : les interlocuteurs sociaux pourraient demander un délai supplémentaire.

La trêve sociale, elle, reste en tout cas très fragile, y compris en ce qui concerne le secteur public. Ici, les syndicats en front commun réclament, à l’instar de ce qui se passe au sein du groupe des 10 pour le secteur privé, l’ouverture d’une vraie négociation avec le gouvernement. Premier test ce jeudi, lors d’un comité de concertation. La CGSP a déjà annoncé la poursuite des actions.

Marie-Paule Jeunehomme avec Belga

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK