La communication, défi de Charles Michel pour "asseoir sa légitimité"

Didier Reynders observe de près la première réception pour Charles Michel d'un invité étranger, le Premier ministre vietnamien Nguyen Tan Dung
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Didier Reynders observe de près la première réception pour Charles Michel d'un invité étranger, le Premier ministre vietnamien Nguyen Tan Dung - © NICOLAS MAETERLINCK

Ce week-end a été marqué par les sorties de plusieurs nouveaux ministres et secrétaires d'Etat du gouvernement Michel. Les déclarations sont essentiellement venues du nord du pays, et des rangs de la N-VA. Rien d'anormal pour des ministres tout frais qui "veulent faire leurs preuves", explique le politologue flamand Dave Sinardet. Mais selon le francophone Pierre Vercauteren, Charles Michel doit dès lors mettre les bouchées doubles pour montrer qu'il "assure le leadership": "Il est responsable de la cohérence du message du gouvernement", dit ce dernier.

C'est à une véritable razzia médiatique flamande que l'on a assisté ce week-end. Alexander De Croo s'est exprimé sur les pensions, Maggie De Block sur les hôpitaux, le N-VA Theo Francken a exprimé son souhait d'augmenter les expulsions des clandestins en ouvrant des places dans les centres fermés, quand Jan Jambon a évoqué les départs de combattants belges à l'étranger et Johan Van Overtveldt la privatisation de Belfius.

Il n’aura pas fallu longtemps avant que les fraîchement nommés ministres et secrétaires d’Etat communiquent sur leurs projets. Et si l'on peut penser à un flop en matière de communication un peu "brouillon" pour le nouveau gouvernement Michel, le politologue à la VUB (Vrije Universiteit Brussel) Dave Sinardet tempère : "La communication peut en effet être ici considérée comme forte, reconnaît-il, mais les nouveaux ministres veulent faire leurs preuves".

Les premiers jours sont stratégiques

Le politologue à l'UCL (Université catholique de Louvain) Pierre Vercauteren partage cet avis, et insiste même : "Les premiers jours de la vie d’un nouvel exécutif forment un moment stratégique", dit-il, puisque "tous les regards sont tournés vers le nouveau gouvernement", ce dernier cristallisant tantôt "l'espoir", tantôt "les craintes" de la population. Un moment où les ministres peuvent faire valoir leurs compétences, donc, "dire ce qu’ils vont faire et établir leurs priorités", ajoute son homologue de la VUB Dave Sinardet.

Mais les professeurs de science politique précisent aussi tous deux que de telles déclarations doivent toutefois refléter - ou en tout cas ne pas dépasser - ce que les ministres ont acté, ensemble, dans l'accord de gouvernement.

Et si aucune règle n'impose directement un certain modèle de communication, c'est "en principe" sur les épaules du Premier ministre que repose la responsabilité "d'assurer la cohérence du message de son gouvernement", relève Pierre Vercauteren.

"Le Premier ministre doit garder la régie"

Car le risque, si le Premier ministre ne maîtrise pas la communication, est d'avoir un "gouvernement de personnalités", dans lequel son rôle s'efface au profit de tel autre ministre, continue le professeur UCL. Pour lui, "le défi pour Charles Michel est d’asseoir très rapidement sa légitimité en tant que Premier". "Et c'est d'ailleurs un défi qui se pose à tout chef de gouvernement qui doit montrer la cohésion de son équipe", continue-t-il.

Et d'ajouter que "lors de l'entrée en fonction de son gouvernement, Elio Di Rupo avait pris conscience de la nécessité de communiquer avec cohérence". Le prédécesseur de Charles Michel avait, très vite, "pris des mesures pour que cette communication soit maîtrisée", estime Pierre Vercauteren.

La fonction fera-t-elle l'homme ?

Et alors que des premiers sondages révèlent une confiance en Charles Michel très mitigée au lendemain de sa prise de fonction, et plus importante au nord qu'au sud du pays, le politologue VUB Dave Sinardet met en garde vis-à-vis des conclusions trop hâtives. "C'est souvent la fonction qui fait l'homme", dit-il en prenant l'exemple du roi Philippe : "On avait annoncé un désastre, puis il est devenu Roi et après un an et demi, tout le monde est assez d’accord pour dire qu’il assume bien son rôle". Et avec ses 47% d'intentions favorables récoltées dans le sondage RTL/Ipsos/Le Soir, Charles Michel fait un peu mieux qu'un Elio Di Rupo (45%) finalement assez populaire.

Reste que Dave Sinardet insiste aussi : le Premier ministre "doit garder la régie, donner l’impression qu’il y a une cohérence dans le tout", dit-il.

Les multiples déclarations de ce week-end auraient-elles pris - ou pu prendre - Charles Michel de vitesse ? Pas nécessairement, donc, mais "il dispose d’une fenêtre d’opportunité de quelques jours" pour passer au devant de la scène, déclare Pierre Vercauteren. "Après cela, ce sera beaucoup plus difficile de rassembler ses troupes pour créer une véritable cohésion".

G. Renier

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