La commission dioxine n'a pas vraiment analysé les risques sur la santé

Jean-Luc Dehaene, Premier ministre à l'époque, interrogé par la commission dioxine
Jean-Luc Dehaene, Premier ministre à l'époque, interrogé par la commission dioxine - © 053 2801200003 - BELGA

La commission parlementaire dioxine, en place de juillet 1999 à mars 2000, n'avait pas pour objet spécifique de se pencher sur les conséquences en terme de santé de la crise de la dioxine. Elle devait plutôt examiner les faits ayant entraîné la contamination de la chaîne alimentaire, la mauvaise communication entre les services de contrôle, les rivalités entre Agriculture et Santé publique, les responsabilités politiques et autres.

Quelles sont les vraies conséquences de la crise de la dioxine qui a éclaté chez nous en mai 1999, l'une des plus graves contaminations de la chaine alimentaire qu'ait connu notre pays ? Selon un professeur de l’université de Gand et de la VUB, la crise aurait provoqué 20 000 cancers chez les femmes, mais aussi une augmentation de 24 000 cas de diabète et un peu plus de 20 000 cas d'hypertension. Une étude parmi d'autres, souvent contradictoires.

Reste que depuis la crise, les études épidémiologiques non contestées manquent et que du côté politique, on a souvent minimisé les éventuelles conséquences sanitaires de la dioxine.

Et si lors des travaux de la commission d'enquête parlementaire dioxine lancée dès juillet 1999, certains experts avaient bien défilé au début des travaux pour tenter de jeter des hypothèses sur l'impact en terme de santé publique, les conclusions ont souvent été : "conséquences nulles", "aucune incidence statistiquement supérieure de cancers ou de décès", "pas de preuve formelle de risques", etc.

Seul un professeur de la VUB, Luc Hens, avait évoqué jusqu'à 8000 cas de cancers à venir. Une thèse jugée "trop catastrophiste" par certains commissaires, dont les MR Robert Denis et Charles Michel, alors jeune élu.

Bref, la commission devait surtout se muer en instance de règlements de comptes politiques, les libéraux ciblant les chrétiens du CVP (l'actuel CD&V) emportés par la crise et battus aux élections de mai 99. Le rapport final ne fit l'objet d'aucun consensus, le CVP votant contre, le PSC (l'actuel cdH) s'abstenant.

Seules les recommandations générales furent adoptées à l'unanimité. Des recommandations (9 pages sur 315) qui, sur l'aspect santé, incitaient les "pouvoirs publics à continuer à suivre l'évolution de l'état de santé des différents groupes auxquels la crise de la dioxine pourrait porter préjudice". Et c'est tout...

F. Van Eeckhaut

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