La commission des Relations extérieures vote le soutien au Pacte des migrations

La commission des Relations extérieures a approuvé mercredi une proposition de résolution par laquelle le parlement exprime son soutien au Pacte des Nations-Unies pour une migration sûre, ordonnée et régulière. Le texte a reçu le soutien d'une majorité de rechange qui a réuni, dans la majorité, le MR, le CD&V et l'Open Vld et, dans l'opposition, le cdH, les écologistes et le sp.a. La N-VA a voté contre. Le PS s'est abstenu. Le vote en séance plénière de la Chambre aura lieu jeudi.

Fort de ce texte, le Premier ministre, Charles Michel, se rendra lundi à Marrakech, au Maroc, où a lieu la conférence internationale qui marquera l'adoption du Pacte, pour y exprimer le point de vue du parlement, c'est-à-dire le soutien de la Belgique.

La N-VA est opposée au Pacte. Et cela faisait quelques semaines que la tension montait au sein de la majorité fédérale à ce sujet. L'étincelle qui a mis le feu aux poudres, mardi, c'est une campagne polémique du parti nationaliste flamand contre le pacte migratoire lancée sur les réseaux sociaux. Mardi soir, le Premier ministre organisait une conférence de presse et décidait de renvoyer la balle au Parlement.

10 voix pour, 4 contre, 3 abstentions

Et avant la Chambre, jeudi, c'était donc à la commission des Relations extérieures de se positionner, ce mercredi. Vers 17h, ses membres ont approuvé la résolution de soutien au Pacte des migrations avec 10 voix pour (MR, CD&V, Open Vld, sp.a, Ecolo-Groen, cdH), 4 contre (N-VA) et 3 abstentions (PS).

Le texte soumis au vote des membres de la commission des Relations extérieures était celui introduit par Georges Dallemagne (cdH). Ce matin, la séance a débuté à 10h45 au lieu de 10h pour permettre une première concertation au sujet d'un amendement à cette proposition de résolution sur le Pacte des migrations.

Une fois la séance ouverte, plusieurs parlementaires plaident pour une fin de crise rapide. Pour Olivier Maingain (DéFI), "la partie de poker menteur doit prendre fin. Le moment est venu de clarifier tout cela."

Georges Gilkinet (Ecolo) va dans le même sens: "Sortons du chaos, votons rapidement". En soutenant de la Pacte de l'ONU, "la Belgique va rejoindre les états les plus courageux et va tourner le dos aux pays rétrogrades. Il est temps de voter ce texte".

Ahmed Laaouej (PS) insiste sur le travail qui attend le gouvernement à côté de cette crise politique: "Il y a des urgences sociales. Il y a aussi des enjeux climatiques qui attendent de nous des décisions. Je ne voudrais pas qu’avec toute cette polémique, on en vienne à oublier ces urgences-là."

Raoul Hedebouw (PTB) demande plus de clarté : "Il serait temps de savoir sur quoi on veut nous faire débattre, de savoir le contenu de l’amendement. Donne-t-on mandat au gouvernement d’aller à Marrakech ?"

Georges Dallemagne (cdH) veut siffler la fin de la récréation : "On fustige parfois les petits jeux politiques entre majorité et opposition. Aujourd’hui, je vois des petits jeux politiques au sein de la majorité. La politique mérite mieux que ça."

Manifestement, le texte sur la table ne rassemble pas suffisamment de monde. Dirk Van der Maelen (sp.a), le président de la commission, décide alors d'accorder une longue pause de midi aux membres afin de trouver le "consensus le plus large possible".

Un temps de midi constructif

Cette pause inspirera visiblement Patrick Dewael (Open Vld), Servais Verherstraeten (CD&V) et David Clarinval (MR). Ils reviennent en séance, à 13h30, avec une nouvelle proposition de texte rassemblant une majorité alternative. On peut y lire notamment que "Le Parlement soutient le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et demande la concertation avec différents états européens afin d’arriver à une explication de position qui explique le soutien au pacte".

Lors de la reprise des débats, la discussion commence sur la question de la légitimité de cette prise de position au parlement. Pour Peter De Roover (N-VA), Hendrik Vuye (indépendant) et Filip Dewinter (Vlaams Belang), les relations extérieures sont une compétence du gouvernement. "Si le Premier Ministre va à Marrakech, il ne va pas représenter le parlement", déclare Hendrik Vuye.

Pour Patrick Dewael (Open Vld), "le parlement peut formuler certaines demandes au gouvernement sans sortir de son rôle". Kristof Calvo (Groen) estime également le parlement ne sort pas du cadre de ses missions en votant cette résolution.

Georges Dallemagne (cdH), auteur du texte de base de cette résolution, répète l'importance pour la Belgique de s'engager en faveur de ce fameux pacte. Il en va selon lui de la crédibilité de notre pays sur le plan diplomatique : "La Belgique est un pays qui croit au dialogue international. Si on devait ne pas aller à Marrakech, on aurait une rupture brutale et intolérable par rapport aux traditions de notre pays. Cela donnerait un signal extrêmement grave sur la manière dont notre pays interagit sur la scène internationale".

"Ni à Marrakech, ni à New York"

Le chef de groupe N-VA, Peter De Roover, défend, lui, le point de vue de son parti à propos du Pacte de l'ONU sur la migration. "Avec la N-VA au gouvernement, la Belgique n'approuvera pas le Pacte, ni à Marrakech, ni à New York", avertit-il. Il confirme que son parti votera contre le texte proposé.

Sans surprise, Filip Dewinter (Vlaams Belang) a également plaidé contre le Pacte de migration, contraire à la volonté populaire, selon lui. "70 à 80% des parlementaires voteront peut-être pour. Mais 70 à 80% de la population est contre".

Peu avant 17h, la proposition de résolution est votée. Elle obtient 10 voix pour (la majorité alternative MR - Open Vld - CD&V - Ecolo/Groen - sp.a et cdH), 4 voix contre (N-VA) et 3 abstentions (PS). Ce texte sera soumis en séance plénière de la Chambre ce jeudi. 

Découvrez ici quelques réactions politiques recueillies peu après le vote.

Le PS s'abstient

L'abstention du PS ne change rien aux résultats du vote. Ahmed Laaouej (PS) le justifie en disant qu'il refusait de signer un "chèque en blanc" et d'être "la béquille d'un gouvernement aux abois". Par ailleurs, la proposition du PS d'amender le texte en insistant sur "un soutien sans réserve" au Pacte des migrations n'a pas récolté de majorité en sa faveur.

L'attitude du PS a été accueillie avec froideur par Patrick Dewael (Open Vld): "Lors des débats sur le CETA (accords de libre-échange entre l'Union européenne et le Canada), Monsieur Magnette a remué ciel et terre pour obtenir une déclaration interprétative". Alors pourquoi refuser celle qui accompagnerait le soutien au Pacte des migrations s'interroge le libéral flamand. Pour lui, le PS souffre d'une "indignation sélective".


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