La cellule Art de la police férale supprimée, une aubaine pour les terroristes?

L'EI ne détruit pas seulement les sites archéologiques, elle les pille aussi (ici: Palmyre)
L'EI ne détruit pas seulement les sites archéologiques, elle les pille aussi (ici: Palmyre) - © JOSEPH EID - AFP

Alors que la cellule terrorisme de la police fédérale est sur les dents depuis des mois, une autre cellule, chargée de combattre le trafic illégal d'œuvres d'art, est tout simplement supprimée. Une opération réalisée en toute discrétion dans le cadre de l'optimalisation des ressources de la police. Dans le monde de l'art, c'est la consternation car depuis plusieurs années, la Belgique est une plaque tournante du trafic illicite des œuvres d’art qui alimentent justement les fonds des terroristes.

L'EI exploite des oeuvres d'art

Le site archéologique de Palmyre occupé par l’Etat islamique (EI) depuis mai 2015  et libéré depuis quelques jours par l'armée syrienne avec l'aide des Russes offre aujourd’hui un paysage de désolation : des statues réduites en miettes, des temples à l’état de gravats. Mais l’Etat islamique n’a pas seulement joué un rôle destructeur, elle a aussi exploité les nombreux sites archéologiques situés entre le Tigre et l’Euphrate, un peu à la manière de puits de pétrole.

Pour beaucoup d’experts internationaux, l’Etat islamique tire des revenus substantiels du trafic illégal des pièces archéologiques. Ces pièces transitent bien souvent par l’Europe et atterrissent fréquemment en Belgique.

La cellule Art de la police fédérale est chargée en collaboration avec les douanes d’endiguer ce trafic. Jusqu’en 2006, ils étaient cinq inspecteurs actifs dans cette cellule. Aujourd’hui, ils ne sont plus que deux. Pourtant, le trafic illégal d’œuvres d’art en provenance du Proche-Orient a pourtant poussé nos voisins, la France et les Pays-Bas à renforcer leur service Art et les pays des blocs de l’est, comme la Pologne et la Roumanie, à en créer un.  

Mais en Belgique, c'est tout le contraire : au lieu d'être renforcée , la cellule Art va être supprimée comme l'atteste une lettre de Jan Jambon, le ministre de l'intérieur, dont voici un extrait: "Les autorités et la direction de la police ont opté pour maximaliser les ressources humaines en les décentralisant et garder une capacité minimale au niveau central. Etant donné que la criminalité relative à l’art et aux antiquités n’est pas jugée prioritaire, sa prise en charge est intégrée au travail régulier de la police".

Autrement dit, c'est la police locale qui devra faire le boulot à l'avenir. Pour le Bouclier bleu,  une association belge de protection des œuvres d’art, cette stratégie est tout simplement impossible. La police locale n’a pas le temps ni les outils pour mettre à jour une base de données et confronter ses informations avec Interpol.

Des vols en Belgique aussi

La secrétaire de l’association et ancienne directrice de l’Irpa, Myriam Serck-Dewaide s’inquiète également des vols d’œuvres d’art belges.

Récemment, la cellule art de la police fédérale a récupéré deux tableaux volés il y a plus de 50 ans dans une église à Bouvignes près de Dinant et retrouvés il y a quelques semaines chez un antiquaire brugeois.

C’est grâce à une vieille photo noir et blanc de 1943 préservée dans la photothèque de l'Irpa que la cellule Art de la police fédérale a pu authentifier les tableaux. Marie-Christine Claes, la responsable de cette photothèque riche de plus d’un million de photos de notre patrimoine belge, s’inquiète également. Pour elle, la disparition de la cellule est tout simplement un appel au vol pour les trafiquants d’art en Belgique.

 

  

 

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