La campagne électorale manque-t-elle de hauteur ?

La campagne électorale des législatives du 26 mai en Belgique se joue notamment sur les réseaux sociaux avec des échanges de vidéos, avec des échanges de photomontages parfois.

La vidéo du MR, qui accuse les écolos de vouloir taxer la viande, a beaucoup fait parler d’elle. On a aussi assisté à un montage des plus douteux d’un militant PTB qui déguise Charles Michel en Rabbi Jacob pour dénoncer les taxes. La Ligue belge contre l’antisémitisme a d’ailleurs dénoncé un antisémitisme primaire. L’auteur lui se défendait en parlant simplement d’humour.

Dès lors, une question s’impose : est-ce que la campagne électorale manque de hauteur ?

Pour François Gemenne, politologue à l’Université de Liège et chercheur à Sciences Po Paris, cela « devient un peu une question ritournelle, presqu’un marronnier à chaque campagne électorale, on se désole que ça manque de hauteur, que ça ne vole pas très haut, qu’on tombe dans l’attaque facile. J’ai presque envie de dire que c’est un peu un passage obligé d’une campagne électorale partout, dans tous les pays, il n’y a guère de campagne électorale sans son petit dérapage, son petit mensonge ou sa petite mesquinerie. Et c’est vrai que lorsque j’écoute les débats et lorsque je lis les programmes, en fait je ne trouve pas que cette campagne électorale manque particulièrement de hauteur. Je trouve qu’il y a des choses très intéressantes et des idées très intéressantes chez tous les partis, mais j’ai l’impression qu’elles ne sont pas suffisamment mises en avant. Et on a peu l’impression que pour le moment, chaque parti joue un peu sur ses fondamentaux et quelque part essaie surtout de ne pas faire de sorties de route. Et c’est vrai que ça manque un peu de grandes propositions innovantes qui auraient quelque part apporté une sorte de bouffée d’air frais, quitte à renverser la table, quitte effectivement à froisser certains électeurs. La bonne nouvelle quand même de cette affaire de vidéo du MR sur la pseudo-taxe sur la viande, c’est qu’il semble y avoir un effet boomerang et que la tentative d’attaquer écolo revient un peu dans la figure du MR comme si cette campagne produisait exactement l’effet inverse de celui recherché. On a, au fond, l’impression presque que les acteurs, les cameramans et les scénaristes de cette vidéo avaient en fait secrètement une carte de membre d’écolo. Et là évidemment, si c’était le cas, on atteindrait à summum de perversité électoral. En tout cas, la bonne nouvelle, c’est que tout le monde est au courant que Sabine Laruelle est de retour en politique ! ».

Casser une image plutôt que d’analyser les programmes ?

Alain Gerlache, chroniqueur RTBF, estime-lui qu'« il faut replacer les choses dans le contexte, c’est vrai que les campagnes ne votent pas toujours très haut. Mais il y a aussi le fait que nos élites sont sans doute un peu fatiguées. On a eu une législature qui était quand même très longue, inédite, un parti seul contre tout, changement de coalition, de gouvernement qui perdent leur majorité, etc. On a deux campagnes qui se suivent de près, ça fait pratiquement un an qu’ils sont sur le terrain, et avec cette particularité qui les rend nerveux que comme les trois scrutins ont lieu en même temps : fédéral, régional, européen, eh bien, une défaite, ça se paye cash et on en prend pour 5 ans. Et puis, il y a aussi cette opposition que l’on sent de plus en plus forte entre les Verts et le MR à cause sans doute d’une partie de leur électorat qui est similaire et qui se regroupe. On pourrait dire, en gros, que c’est celui qui va faire ses courses chez Bio planète avec sa BM électrique pour faire simple. Ce n’est pas étonnant que les libéraux aient choisi le choc frontal avec aussi la contamination des réseaux sociaux, etc… C’est peut-être aussi le signe que comme les citoyens ne croient plus aux promesses, il ne reste que les attaques envers les autres partis. C’est inquiétant, mais c’est un phénomène qu’on connaît depuis longtemps aux Etats-Unis : le Negative campaigning, la campagne dénigrante. Mais c’est un jeu risqué parce que nous ne sommes pas aux Etats-Unis et qu’il n’y a pas seulement deux grands partis. C’est vrai que ça met les écolos un peu sur la défensive. Ça place aussi le MR en position de challenger, ce qui n’est pas bon pour lui non plus. Et puis surtout, il devrait quand même s’en souvenir : ça peut bénéficier à un troisième larron – celui qui reste au balcon, qui compte les points et qui espère ramasser la mise. À mon avis, on suit ça avec beaucoup d’intérêt voire d’amusement au Boulevard de l’Empereur ».

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