La Belgique, nid d’espions ?

Bruxelles et ses institutions européennes sont-elles un aimant à espions, particulièrement pour la Chine ? Un ancien fonctionnaire de la Commission européenne et deux autres personnes représenteraient un danger en matière d’espionnage au profit des Chinois selon une enquête des services de sécurité belge et britannique. C’est ce que révèlent nos confrères de L’Avenir et De Standaard.

Le fonctionnaire visé s’appelle Fraser Cameron, c’est un Britannique de 73 ans vivant à Bruxelles, également de nationalité belge. Il est le directeur du lobby "EU-Asia Centre". Selon nos confrères, ce think-tank "vise à approfondir les relations entre l’Union européenne et l’Asie. Les services de renseignement belges (VSSE) et leurs homologues britanniques ont conclu sur base de leurs enquêtes qu’il posait un danger d’espionnage pour les institutions européennes." Cameron "transmettait de manière régulière et depuis plusieurs années des informations sur des décisions à venir au sein de l’Union européenne. Il ne s’agit pas de dossiers classifiés mais d’informations qualifiées de "sensibles" et difficilement accessibles à des personnes extérieures aux institutions européennes."

Grâce à ce type d’information, les autorités chinoises ont la possibilité d’anticiper ou ajuster leur stratégie et leurs décisions.

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Capture d’écran du compte Twitter de Fraser Cameron. 18 septembre 2020 © RTBF
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Capture d’écran d’une vidéo de la chaîne Youtube du think tank "EU-Asia Centre". © RTBF – 18 septembre 2020

L’ancien fonctionnaire européen aurait été en contact régulier avec deux faux journalistes chinois. Interrogé par Vers l’Avenir, Fraser Cameron nie les faits. "Bien sûr, j’ai des contacts avec un éventail de fonctionnaires et de journalistes asiatiques/chinois. Cela fait partie de mon travail de gestion du EU-Asia Centre. Tous les autres experts des think tanks bruxellois travaillant sur la Chine auraient des contacts similaires. Il se peut que certains des fonctionnaires/journalistes aient une double fonction."


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 Il confirme avoir été rémunéré par les chinois. Mais selon lui, il s’agit de subventions classiques dans le cadre de son think tank. Le parquet fédéral préfère ne pas faire de commentaires sur ce dossier mais concède qu’il est en contact avec la Grande-Bretagne.

Bruxelles particulièrement visée par les espions

Dans son dernier rapport de 2019, la Sureté de l’Etat Belge écrit que "Bruxelles, deuxième plus grand hub diplomatique au monde, est souvent en proie à des activités d’espionnage". 

L’ampleur de la menace est ainsi disproportionnellement grande pour un petit pays

Peter Lanssens, Directeur de l’Analyse au sein de la Sureté affirme qu'"À l’instar de la menace terroriste, la menace émanant de puissances étrangères dans le domaine de l’ingérence et l’espionnage a présenté de multiples facettes en 2019. Notre pays héberge une grande partie des institutions européennes ainsi que l’OTAN. L’ampleur de la menace est ainsi disproportionnellement grande pour un petit pays d’à peine 30.000 km2 et de 11,5 millions d’habitants."

L’espionnage en Belgique n’est pas un crime

La loi belge sur l’espionnage date des années 1930 et n’a pas été mise à jour jusqu’à présent. Cette activité n’est pas considérée comme un crime dans notre pays. Dès lors, le travail de la justice n’est pas aisé en la matière et il faut souvent lier ces faits à d’autres infractions pénales.


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Comme le relève le site Politico.eu, plusieurs acteurs dans le monde de la justice tentent de faire élargir la définition d’espionnage, invoquant "le rôle de la Belgique en tant que plaque tournante diplomatique, accueillant les institutions de l’UE et le siège de l’OTAN […] afin de faciliter les poursuites." Pour l’instant, l’impasse politique fédérale belge ne permet pas au dossier d’avancer en ce sens.

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Photo d'illustration au Centre de génétique humaine de l'Université catholique de Louvain, le mercredi 22 juin 2016. © BELGA

Les universités : également cibles d’espionnage

Selon la Sûreté belge, les universités belges, si elles n’y prêtent pas garde, risquent de perdre des propriétés intellectuelles. Plusieurs pays étrangers envoient chez nous des étudiants afin de capturer un maximum de savoirs et savoir-faire. "Cela ne se passe malheureusement pas toujours de manière très transparente : pour organiser ce brain gain, certains pays tels que la République populaire de Chine mettent en place des programmes de talents. La participation de chercheurs à ces programmes va souvent de pair avec un vol de propriété intellectuelle et des activités d’espionnage économique."


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 Les conséquences pour le financement de la recherche scientifique belge sont néfastes, puisque les innovations volées par les puissances étrangères ne peuvent plus être valorisées et les universités perdent ainsi de précieux revenus. La Sûreté a donc mis en place un programme de sensibilisation de nos institutions universitaires au sujet des différents risquent d’espionnage mais aussi d’ingérence d’autres pays.

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Les visiteurs à l'exposition "Espions" à la Cité des Sciences et de l'Industrie le plus grand musée des sciences en Europe le 14 octobre 2019 à Paris. © AFP

La 5G : nouvelle source d’espionnage possible

Cette nouvelle technologie déployée en Belgique et qui permet des avancées dans plusieurs domaines tels que la chirurgie à distance, les véhicules autonomes ou le téléchargement de données à haute vitesse, comporte également des risques en matière d’espionnage prévient la Sûreté. "L’espionnage technique par détournement de l’infrastructure 5G offrira des possibilités encore inégalées. Il s’agit d’un risque en ce qui concerne la protection des données gouvernementales et des secrets d’entreprise, de la vie privée des citoyens et de la protection de l’infrastructure critique." Notre pays doit donc être très vigilant en ce qui concerne les fournisseurs et les pays d’origine de la technologie.


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